Source: The Conversation – in French – By Samuel Leduc-Frenette, Doctorant en sciences de la Terre, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
Parmi les sujets débattus dans la sphère publique en lien avec le télétravail, la question de l’impact environnemental reste très peu mentionnée. Devrait-elle être davantage mise de l’avant ?
À côté des aspects managériaux du télétravail, comme ceux liés à la productivité, à la conciliation travail-famille, ou encore aux perspectives de carrière, les enjeux environnementaux sont moins saillants dans l’actualité. Or, un télétravail géré intelligemment peut contribuer à la réduction de l’empreinte environnementale d’une organisation.
Cette absence de considération pour l’environnement s’est manifestée récemment lorsque le gouvernement du Canada a annoncé que les fonctionnaires fédéraux admissibles au travail hybride seraient, à partir du 6 juillet 2026, contraints de travailler au bureau un minimum de quatre jours par semaine. Comme l’explique le gouvernement :
L’augmentation de la présence sur place vise à renforcer notre rendement organisationnel, à consolider nos équipes et notre culture et à nous concentrer pleinement sur la réalisation de nos mandats et la prestation de services à la population canadienne.
Nulle considération environnementale n’est mise de l’avant.
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Cette nouvelle priorisation était déjà notable dans la version du 1er avril 2025 de la Directive sur le travail, du gouvernement fédéral, qui a fait table rase de son précédent objectif de « réduction des émissions dues au transport, à la congestion routière et à la pollution atmosphérique », énoncé en 2020.
Comme doctorant en sciences de la Terre à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), j’ai mené une série d’entrevues semi-dirigées au bénéfice d’un projet de recherche sur l’empreinte carbone du télétravail. Avec mon coauteur Benoît Genest, chercheur postdoctoral à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), je propose ici une brève analyse qualitative portant sur la perception environnementale du télétravail et sur l’influence possible de ce dernier sur les comportements durables.
Comme les personnes interrogées ont été recrutées par l’entremise d’un questionnaire en ligne portant sur l’empreinte carbone du télétravail, notons qu’il est possible que certaines réponses fournies en entrevue soient inspirées des thèmes abordés en ligne, dont le transport, l’énergie des bâtiments et le numérique. Les personnes participantes sont issues de l’INRS (n = 21) et de Loto-Québec (n = 13), et vivent principalement dans les régions de Montréal et de Québec. Les membres de l’INRS sont étudiants ou employés.
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Dans un article précédent, je citais une récente étude du CIRANO sur le télétravail. Bien que cette dernière porte sur les enjeux managériaux évoqués plus haut, elle indique que certaines personnes estiment que le télétravail est une « solution environnementale » ou qu’il « contribue à réduire les changements climatiques ». Aucun commentaire négatif n’est associé au thème environnemental.
Lorsque nous avons directement posé la question en entrevue, les personnes interrogées ont en moyenne accordé au télétravail une note de 7,7 sur 10. Autrement dit, elles considèrent que, sans être la solution miracle, le télétravail peut être bon pour l’environnement.
Bien que la littérature scientifique ne soit pas unanime à ce sujet, il est tout de même possible d’en conclure qu’un télétravail bien encadré peut réduire l’empreinte environnementale d’une organisation. Par exemple, dans une étude récente prenant en considération le transport, le numérique, le bureau et le domicile, des chercheurs aux États-Unis ont déterminé qu’il était possible de réduire l’empreinte carbone du travail de 58 % grâce au télétravail.
Parmi les bienfaits les plus souvent évoqués en entrevue, soulignons la baisse du transport en général et des gaz à effet de serre qui en résultent. Plus précisément, les personnes répondantes apprécient le télétravail pour sa capacité à réduire les besoins de déplacements, mais aussi parce qu’il facilite un mode de vie favorisant les trajets courts et actifs.
Cela déboucherait sur une fréquentation accrue des commerces de proximité et sur l’utilisation de modes alternatifs à l’automobile. Comme le dit une personne répondante :
On a tendance à plus dépenser, on va dire, à côté de chez nous, par la fréquentation des commerces de proximité. Et puis on ne prend plus les transports, donc évidemment on pollue moins aussi.
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En outre, on estime que le télétravail s’insère dans un bouquet de démarches individuelles contribuant à améliorer les activités du quotidien. Plusieurs présentent le télétravail comme un moyen utilitaire de limiter les dépenses liées à la présence au bureau, comme l’achat de vêtements professionnels, d’un repas à la cafétéria ou d’un café.
À l’échelle individuelle, le télétravail s’ajoute ainsi à d’autres pratiques durables ou liées à la capacitation (empowerment) comme la consommation responsable, le compostage, la réduction du gaspillage alimentaire ou la préparation des repas, entre autres exemples :
Mon véhicule peut rester dans l’entrée pendant plusieurs jours, relate une autre personne. Et moi, le gaspillage alimentaire, ça, je capote. J’haïs ça pour mourir, ça fait que c’est sûr que, dans tout ce que je fais, j’essaye d’optimiser.
Du côté des impacts négatifs ou neutres, certains évoquent l’augmentation de la consommation et de l’utilisation de biens et services numériques. Ou encore l’apparition de comportements délétères, comme l’augmentation des achats de biens mobiliers ou immobiliers… chez les autres, tient-on parfois à nous préciser. Comme ce répondant, qui rapporte ceci :
Chez notre voisin en arrière, la piscine est arrivée quand on a commencé à faire du télétravail. Il se baigne sur l’heure du dîner [rires].
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D’autres expriment carrément un scepticisme quant à la portée environnementale réelle de l’adoption de pratiques de télétravail. Certains répondants, par exemple, utilisaient déjà des modes de transports actifs ou collectifs pour se déplacer. Ils considèrent conséquemment que leur contribution marginale est très limitée.
En finir avec le laisser-faire
Nos recherches révèlent donc le caractère hétéroclite des perceptions relatives à la portée environnementale de l’adoption du télétravail. Pour l’heure, les répondants fondent leurs impressions sur leurs expériences personnelles. Même s’ils sont pour la plupart optimistes quant à la valeur du télétravail, ils demeurent prudents quant aux effets environnementaux de cette pratique.
L’analyse de nos données nous amène aussi à constater le besoin de recenser et de bien communiquer les effets réels du télétravail. Un tel effort permettrait d’accompagner les télétravailleurs afin de les informer de la portée utilitaire et environnementale de leurs changements comportementaux.
Diverses agences environnementales ont compilé des données permettant de dégager un portrait juste des effets du télétravail. De telles compilations pourraient éventuellement servir de fondement pour l’élaboration de guides et d’outils de communication à destination des employeurs et des télétravailleurs.
Samuel Leduc-Frenette a reçu des financements de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), du Partenariat Climat Montréal (PCM), de Mitacs (Mitacs Accélération) et de Loto-Québec.
Benoit Genest a reçu des financements du Fonds québécois de la recherche
– ref. L’environnement, angle mort des débats sur le télétravail – https://theconversation.com/lenvironnement-angle-mort-des-debats-sur-le-teletravail-289437
