Source: African Press Organisation in French
Source: Africa Press Organisation – French
Missa*, 58 ans, est gérant d’un bar communément appelé « maquis » à Gaoua dans le Sud-ouest du Burkina Faso. Il se percevait comme étant un grand fumeur. « Pendant plus de vingt ans, le tabac a fait partie de mon quotidien, au point que je pouvais fumer deux paquets de cigarettes par jour », relate Missa, le visage amer.
L’idylle entre Missa et le tabac avait commencé à battre de l’aile après l’adoption et l’application du décret portant interdiction de fumer dans les lieux publics clos et dans les transports en commun au Burkina Faso en 2011. Ce texte traduisait déjà l’engagement du pays dans la lutte contre le tabac et de la mise en œuvre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), que le Burkina Faso a ratifié en 2006 dans le but ultime de protéger la santé des populations.
Avec l’entrée en vigueur de ce décret, Missa ne pouvait plus se donner le loisir de fumer dans son maquis. « Je passe plus de 90 % de mon temps sur mon lieu de travail, y compris la nuit. Je ne pouvais plus fumer dans le maquis car la loi l’interdit.», explique-t-il, évoquant les contraintes rencontrées sur son parcours de sevrage du tabac. « Au début cela n’a pas été facile d’arrêter complètement, je continuais à fumer, mais en dehors de mon maquis », poursuit-il.
L’engagement sans faille des autorités reste motivé par l’ampleur du fléau. En effet, selon les résultats de l’enquête STEPS réalisée en 2021, la prévalence du tabagisme au Burkina Faso est passée de 19,8 % en 2013 à 13,6 % en 2021 chez les personnes âgées de 18 à 69 ans. Cette diminution significative de plus de 6 points, est attribuée aux efforts des autorités publiques en matière de lutte antitabac. Cette même enquête a mis en exergue l’ampleur du tabagisme passif à domicile et sur le lieu de travail qui est respectivement de 28,3 % et 28,6 % pour les 18-69 ans.
Une nouvelle enquête menée en 2023 dans les trois grandes villes du pays, que sont Ouagadougou, Koudougou et Bobo-Dioulasso, révélait que 18 % des jeunes enquêtés avaient consommé une cigarette électronique contenant de la nicotine au cours des 30 derniers jours précédant l’enquête et 21,9 % avaient consommé de la chicha.
Il faut noter que la consommation du tabac ou l’exposition à sa fumée sont responsables de nombreuses conséquences notamment sur le plan sanitaire.
En effet, le tabac est l’un des facteurs de risque commun à diverses maladies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cancers et les bronchopneumopathies chroniques obstructives. Il est responsable de près de 4 800 décès par an au Burkina Faso, dont 1 300 à cause du tabagisme passif.
Pour plus de résultats en faveur de la lutte contre l’exposition à la fumée secondaire dans la protection des non-fumeurs notamment des enfants, le pays a renforcé son cadre règlementaire existant en révisant le décret de 2011.
Le décret révisé et adopté en avril 2025 est conforme aux recommandations internationales, intégrant notamment l’interdiction de fumer dans les lieux publics ouverts, la prise en compte des produits du tabac nouveaux et émergents, ainsi que le renforcement des obligations des responsables des lieux publics et des mécanismes de sanctions. « Avec ce nouveau décret, le responsable du lieu public ou du transport en commun a l’obligation d’afficher de façon apparente l’interdiction de fumer, de veiller au respect de cette disposition et d’interpeller toute personne fumant dans le lieu sous sa responsabilité », explique Éric Doyé, Coordonnateur du programme national de lutte contre le tabac et les autres addictions.
Dans le processus de révision, le ministère de la Santé a organisé des concertations inclusives avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Avec l’application progressive de cette règlementation, la tendance de fumer dans les lieux publics clos ou ouverts et dans les transports en commun semble être à la baisse, même s’il est encore tôt pour avancer des chiffres. « Si j’ai pu arrêter le tabac c’est grâce à la loi. Parce que je ne peux pas fumer dans le maquis car la loi l’interdit. Je dois aussi donner l’exemple pour empêcher les clients de fumer dans le maquis afin de ne pas être verbalisé par la brigade de l’hygiène publique », confie Missa.
Le Burkina Faso a réalisé d’autres progrès importants dans la lutte contre le tabac avec notamment l’instauration de l’emballage neutre et la mise en place d’un système de marquage, d’authentification, de suivi et de traçabilité des produits du tabac. Quant à la taxe sur le tabac, elle est aujourd’hui à 55 %.
Pour Docteur Anta Zida, en charge de la promotion de la santé au Bureau de l’OMS au Burkina Faso, « accompagner le pays dans cette lutte est essentiel afin de contribuer à la création d’environnements plus sains, protéger les populations contre les effets néfastes du tabagisme passif, et promouvoir des comportements favorables à la santé notamment auprès des jeunes ».
Pour l’OMS et le ministère de la Santé, le renforcement des espaces publics sans fumée constitue un levier essentiel pour prévenir les maladies non transmissibles et protéger les générations présentes et futures. Le parcours de Missa illustre ainsi comment des politiques publiques efficaces peuvent contribuer à améliorer durablement la santé et le bien-être des populations.
« Depuis que j’ai arrêté de fumer, je me sens mieux. Finies les toux qui durent longtemps. En plus, je protège la santé de ma famille et j’économise mon argent », indique Missa avec un large sourire.
Distribué par APO Group pour WHO Regional Office for Africa.
