Source: United Nations – in French 2
Headline: Femmes et conflits : l’ONU dénonce des promesses sans lendemain
Devant le Conseil de sécurité, mardi, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé les États à traduire leurs engagements en actes, notamment par une présence accrue des femmes aux tables de négociation, des financements pérennes et une lutte sans concession contre les violences.
« Trop souvent, les déclarations n’ont pas été suivies d’effets concrets », a déploré le chef de l’ONU lors d’un débat public consacré aux femmes et à la paix et à la sécurité, organisé à l’occasion des 25 prochaines années de ce programme. Adoptée en 2000, la résolution 1325 du Conseil de sécurité reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la prévention des conflits, les processus de paix et la reconstruction des sociétés.
Pourtant, les progrès accomplis restent fragiles, alors que les conflits se multiplient et que les femmes et les filles en paient un lourd tribut.
« La participation des femmes n’est pas symbolique », a insisté M. Guterres. « Les processus de paix ont plus de chances de perdurer lorsque les femmes y participent de manière effective ».
UN Photo/Manuel Elias Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, présente son rapport sur les femmes et la paix et la sécurité lors d’un débat public du Conseil de sécurité.
Seulement 5 % des négociateurs sont des femmes
Les chiffres présentés devant le Conseil de sécurité illustrent l’ampleur du décalage entre les engagements internationaux et la réalité. En 2025, les femmes ne représentaient que 5 % des négociateurs dans 57 processus de paix examinés, selon le rapport annuel du Secrétaire général. Près de 80 % des négociations de paix en cours se sont déroulées sans aucune femme à la table.
Dans les trois processus dirigés ou codirigés par l’ONU, leur participation a atteint 22 %, un niveau encore inférieur à l’objectif minimal d’un tiers fixé par l’Organisation.
Les accords restent eux aussi largement muets sur leurs droits et leurs besoins. Moins d’un cinquième des accords de paix conclus en 2025 faisaient référence aux femmes, aux filles, aux questions de genre ou aux violences sexuelles. Aucun des 13 accords de cessez-le-feu conclus cette année-là ne comportait de référence substantielle aux femmes et aux filles ni n’interdisait les violences sexuelles, a souligné Sima Bahous, Directrice exécutive d’ONU Femmes.
Pour António Guterres, il est urgent de garantir la présence des femmes à toutes les négociations et de prendre en compte leurs besoins dans chaque accord. Il a notamment plaidé pour des objectifs et des quotas contraignants. Plus de 40 États et organisations ont déjà souscrit à son engagement commun visant à accroître la participation pleine, égale et véritable des femmes aux processus de paix.
Des violences en hausse, des moyens en baisse
L’exclusion politique s’accompagne d’une aggravation des risques auxquels les femmes et les filles sont exposées. Selon le rapport présenté au Conseil, le nombre de cas de violences sexuelles liées aux conflits confirmés par l’ONU a dépassé 9 700 en 2025, un chiffre qui ne reflète qu’une partie de la réalité.
Quelque 756 millions de femmes et de filles vivent désormais à moins de 50 kilomètres d’un conflit armé, un niveau record, selon ONU Femmes. Les attaques contre des zones densément peuplées, notamment au Myanmar, au Soudan et dans le Territoire palestinien occupé, aggravent les dangers. Dans les régions touchées par les conflits, les femmes sont également davantage exposées aux décès maternels évitables, tandis que les filles risquent plus souvent d’être privées d’éducation.
À ces menaces s’ajoutent les restrictions imposées aux travailleuses humanitaires et aux défenseuses des droits humains. Le Secrétaire général a réclamé la levée de toutes les entraves visant les employées de l’ONU et des organisations partenaires, ainsi que leur protection dans l’exercice de leurs fonctions.
La baisse des financements accentue encore cette vulnérabilité. Alors que les dépenses militaires mondiales ont atteint près de 2 900 milliards de dollars en 2025, l’aide internationale recule. Une enquête d’ONU Femmes révèle que 61 % des organisations de femmes travaillant dans des contextes de crise sont dans une situation financière plus difficile qu’un an auparavant. Près de la moitié disposent de moins de six mois de financement.
Trois priorités pour passer à l’action
Face à cette situation, M. Guterres a fixé trois priorités : renforcer la participation des femmes aux processus de paix, accroître les financements consacrés aux organisations qui les soutiennent et mettre fin à l’impunité pour les violences commises contre les femmes et les filles.
Il a appelé les pays à respecter leurs engagements en matière d’aide publique au développement et à rétablir d’urgence les financements destinés aux organisations de femmes dans les zones de conflit et de déplacement forcé.
ONU Femmes a, de son côté, demandé que les donateurs consacrent au moins 15 % de leur aide publique au développement destinée aux pays touchés par les conflits à la promotion de l’égalité de genre, dont au moins 1 % aux organisations de femmes.
Pour le chef de l’ONU, l’égalité entre les femmes et les hommes ne relève pas d’un idéal inaccessible. « L’égalité n’est pas un rêve. C’est une décision », a-t-il affirmé, appelant la communauté internationale à faire le même choix pour les négociations de paix, les décisions politiques et les budgets.
« Nous savons ce qu’il faut faire », a conclu Sima Bahous. « La question est maintenant de savoir si nous aurons le courage de partager le pouvoir, la détermination d’investir dans le leadership des femmes et la volonté politique de transformer nos engagements en actions ».
Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la Couverture des réunions des Nations Unies.
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