Source: The Conversation – in French – By Riadh Mestiri, Coordonnateur à l’enseignement et la formation, Centre d’études et de recherches intersectorielles en économie circulaire, École de technologie supérieure, École de technologie supérieure (ÉTS)
Comment transformer les compétences en économie circulaire en action pour des non-spécialistes et intégrer les pratiques dans les métiers existants ?
Les événements climatiques extrêmes de l’été 2026 nous rappellent que nos sociétés font face à une transformation accélérée et qui dépasse la question climatique. Les ressources se raréfient, la biodiversité diminue, les tensions géopolitiques et commerciales augmentent, ce qui fragilise les chaînes d’approvisionnement et met en danger la résilience de nos territoires.
Pour relever ces défis, il faut non seulement changer les technologies, mais aussi développer de nouvelles compétences et les intégrer dans tous les métiers.
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En tant que responsable de la formation et de l’enseignement au Centre d’études et de recherches intersectorielles en économie circulaire (CERIEC) de l’ÉTS, je développe des outils et des contenus pour diffuser les connaissances en économie circulaire. Mon coauteur, directeur adjoint du CERIEC, supervise des projets de recherche et d’innovation collaboratifs en économie circulaire.
Nous avons tous deux coordonné le développement d’un Référentiel des compétences transversales liées à l’économie circulaire, destiné aux personnes chargées d’effectuer les transitions socioécologiques dans les organisations. La démarche s’appuie pour cela sur le modèle de l’économie circulaire, système économique qui vise à réduire le gaspillage des ressources en repensant nos modes de production et de consommation, pour prolonger la durée de vie de nos produits et matières.
Au sein des organisations, cet outil peut servir aux formateurs et aux enseignants, afin d’élaborer des programmes d’apprentissage, de même qu’aux équipes de ressources humaines, pour définir les compétences requises ou évaluer celles qui existent déjà dans la transformation des métiers. Il peut aider les dirigeants à planifier la stratégie relative à la transition socioécologique.
Intégrer aux pratiques : le maillon manquant
La recherche sur les compétences en économie circulaire s’est développée ces dernières années autour de plusieurs dimensions nécessaires à la transition socioécologique : tant la pensée systémique et l’analyse des ressources que les compétences requises pour l’évolution de la main-d’œuvre, et la conception circulaire de produits ou de modèles d’affaires circulaires.
Ces travaux éclairent les connaissances et les habiletés mobilisées dans la transition socioécologique. Mais comment transformer les compétences en action pour des non-spécialistes, et intégrer les pratiques circulaires dans les métiers existants ?
La transition socioécologique ne concerne pas seulement les spécialistes du développement durable. Elle mobilise plusieurs fonctions d’une organisation, notamment l’ingénierie, les achats, la gestion, les opérations, la formation et l’action publique. Par conséquent, il est nécessaire d’appliquer les pratiques circulaires de manière transversale à travers les différents métiers et fonctions.
Notre équipe a donc conçu un cadre de référence basé sur des situations en milieu de travail. Ce cadre part non pas d’un métier spécifique, mais de la situation d’action dans laquelle une personne ou une organisation peut se trouver, quel que soit son domaine d’activité ou sa fonction.
Six compétences pour organiser les actions
Le référentiel organise ces situations d’action autour de six compétences : comprendre, évaluer, concevoir, déployer, piloter et transformer.
Comprendre une situation consiste à collecter des données, à cartographier les flux et à mettre en évidence les interdépendances. Évaluer nécessite d’analyser les risques, les coûts, les bénéfices et la faisabilité. Concevoir transforme les objectifs de circularité en solutions et en plans d’action. Déployer signifie mettre en pratique. Piloter concerne le suivi des résultats et l’amélioration continue. Enfin, transformer englobe l’information, la formation, la concertation et la mise en place du changement.
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Cette approche change le point de départ pour les milieux de la formation en économie circulaire. Au lieu de centrer les formations sur la transmission de connaissances théoriques (principes, stratégies, modèles d’affaires), il est possible de partir des situations concrètes dans lesquelles les personnes devront agir. Les contenus, les activités d’apprentissage et leur progression pourront alors être adaptés aux besoins spécifiques de chaque profession.
(CERIEC Schema CycleActionCompetences), CC BY-NC-SA
Par exemple, une entreprise pourrait chercher à prolonger la durée d’utilisation de ses ordinateurs portables. Elle commencera par comprendre les besoins des employés, l’état du parc informatique et les raisons du remplacement. Elle pourra ensuite évaluer des solutions comme la réparation, la mise à niveau, la réaffectation des appareils à des usages moins exigeants ou l’achat d’équipements remis à neuf. C’est ce qui lui permettra de concevoir une politique de gestion du matériel fondée sur les usages, afin de piloter la gestion de parc informatique en prolongeant la durée de vie des appareils et en évitant des achats non nécessaires.
Appliquer dans les embauches et les formations
Cette approche vient aussi sous-tendre les modèles de formation. Par exemple, une entreprise qui agrandit son usine peut vouloir réutiliser des matériaux de bâtiments déconstruits ou réemployer des structures existantes. Un parcours de formation pourra d’abord amener les responsables du projet à identifier les matériaux susceptibles d’être réemployés (comprendre), puis à examiner leur conformité, leur coût et leur pertinence pour le projet (évaluer).
On pourra ensuite voir comment adapter le projet aux éléments récupérés (concevoir), mettre en place des procédures de déconstruction et de traçabilité (déployer), puis mettre au point des indicateurs pour suivre l’intégration des matériaux au chantier (piloter). Enfin, on pourra préparer les responsables à faire évoluer durablement les pratiques de conception et d’approvisionnement de l’entreprise (transformer).
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Le référentiel est organisé autour de ces situations communes pour recenser les connaissances, compétences et qualités requises pour chacune d’entre elles.
Pour les ressources humaines, cette approche permet d’éviter une exigence de fonction trop générale, et décrire, plutôt, ce que la personne devra réellement accomplir. Par exemple, la description de poste pour un responsable de projet en bâtiment pourra comprendre des éléments comme :
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Inventorier et caractériser les matériaux susceptibles d’être réemployés dans un projet de construction.
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Évaluer leur état, leur conformité, leur coût et les contraintes liées à leur réemploi.
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Collaborer avec les équipes de conception afin d’intégrer les matériaux récupérés aux plans et aux devis ; coordonner avec les entrepreneurs le démontage, l’entreposage, le transport et la traçabilité de ces matériaux.
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Suivre et comptabiliser la quantité de matériaux réemployés, les achats évités, les coûts et les effets sur l’échéancier du projet.
Les organisations, les formateurs ou les équipes de ressources humaines peuvent utiliser le référentiel comme guide dans leur démarche, à partir des situations auxquelles ils font face. Le référentiel aide ainsi les individus et les organisations à concrétiser les transitions, au-delà d’approches centrées uniquement sur les principes généraux ou sur les seules solutions technologiques.
Le développement du Référentiel des compétences transversales liées à l’économie circulaire a été rendu possible grâce au soutien financier du Conseil emploi métropole (CEM).
Benjamin Laplatte ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Économie circulaire : comment l’appliquer concrètement dans les organisations – https://theconversation.com/economie-circulaire-comment-lappliquer-concretement-dans-les-organisations-290012
