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Mexique : briser le silence sur les violences sexuelles dans l’armée

Mexique : briser le silence sur les violences sexuelles dans l’armée

Source: United Nations – in French 2
Headline: Mexique : briser le silence sur les violences sexuelles dans l’armée
2 novembre 2026
Par Nathalie Minard, à Genève
Droits de l’homme

Dans l’armée mexicaine, un ordre ne se discute pas. Même lorsqu’un officier demande à une femme sous ses ordres de le rejoindre dans sa chambre, révèle la journaliste d’investigation Zorayda Gallegos.

« Si un officier lui dit : “Entrez dans ma chambre”, elle doit entrer, sinon elle désobéit à un ordre de son supérieur », explique-t-elle à ONU Info.
Son enquête sur les violences sexuelles au sein de l’armée lui a valu le prix Breach/Valdez 2026 du journalisme et des droits humains. Mais aussi des menaces et des pressions, dans l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes.
À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, célébrée chaque année le 2 novembre, son parcours illustre le rôle essentiel d’une presse libre et les risques pris pour révéler des vérités qui dérangent.
Une radiographie de l’impunité
Plus de 520 femmes ont signalé des infractions sexuelles en douze ans : c’est le constat dressé par Zorayda Gallegos dans son enquête, Violences sexuelles dans les casernes : une radiographie de l’impunité.
Seuls 3 % des cas ont abouti à une condamnation. Les 97 % restants n’ont donné lieu à aucune sanction effective.
Pour la journaliste, le problème est structurel : il touche les casernes, mais aussi les écoles et les hôpitaux militaires.
Son enquête révèle comment de hauts responsables couvrent les abus et comment les inégalités entre les femmes et les hommes, conjuguées aux obstacles institutionnels, dissuadent les victimes de porter plainte.
L’obéissance, source de vulnérabilité
Le problème prend en partie racine dans la formation militaire, estime Zorayda Gallegos. Elle décrit « un système très hiérarchisé, vertical, où l’on apprend toujours aux femmes à obéir aux ordres de leurs supérieurs ».
Cette obligation d’obéissance rend les femmes militaires vulnérables face à leurs supérieurs.
À cela s’ajoute un sexisme profondément ancré, qui pèse sur l’attribution des postes et les promotions. Les femmes sont souvent affectées à des tâches liées « aux soins et au travail infirmier, alors qu’elles ont les qualifications requises pour occuper des postes de rang supérieur », explique-t-elle.
Pardonner, oublier, poursuivre sa carrière
Les femmes qui parviennent à porter leur affaire devant la justice risquent d’y subir de nouvelles violences. Zorayda Gallegos a également relevé des propos sexistes dans certaines décisions judiciaires, ainsi qu’une absence de prise en compte des enjeux liés au genre.
Au sein de l’institution militaire, poursuit-elle, le soutien psychologique proposé aux plaignantes vise à les amener à pardonner à leurs agresseurs, à oublier les faits et à poursuivre leur carrière.
Les hommes mis en cause, eux, reçoivent souvent de simples recommandations, au lieu de sanctions : « C’est le maximum », affirme-t-elle.
Pour briser ce cycle de silence et d’impunité, la journaliste estime qu’il faut davantage de femmes aux postes de commandement et de décision dans l’armée, mais aussi parmi les juges et les procureurs.
© Unsplash/Joppe Spaa La sécurité des journalistes et la libre circulation de l’info sont des piliers de la vie démocratique
Des vérités qui dérangent
Révéler ces abus a un coût personnel. Son travail a exposé Zorayda Gallegos à des propos intimidants, à des menaces voilées et à des pressions.
Elle continue pourtant de défendre le droit de publier des informations d’intérêt public et d’exercer son métier en toute indépendance et impartialité.
Au Mexique, cet engagement exige du courage. L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) souligne régulièrement que le pays figure parmi les plus meurtriers au monde pour la presse, alors même qu’il n’est pas officiellement en guerre.
La collusion entre le crime organisé et les autorités locales constitue une menace majeure pour les journalistes. Ses effets se font sentir à tous les niveaux du système judiciaire.
Les journalistes qui enquêtent sur la politique ou la criminalité s’exposent aux menaces, aux enlèvements, aux disparitions forcées et aux assassinats. Beaucoup sont contraints de fuir à l’étranger.
Un métier meurtrier
Selon l’UNESCO, qui recense les menaces contre les professionnels des médias dans le monde, 154 journalistes ont été assassinés au Mexique au cours des vingt dernières années.
L’agence a confirmé l’assassinat de huit journalistes dans le pays depuis le début de 2026.
Les organisations de défense de la liberté de la presse Article 19 et Reporters sans frontières (RSF) portent ce bilan à neuf, après le meurtre de Hamurabi Huesca Manzano, le 9 octobre, dans l’État d’Oaxaca.
Le prix reçu par Zorayda Gallegos porte les noms de deux journalistes assassinés en raison de leur travail : Miroslava Breach et Javier Valdez.
« Ils ont toujours défendu un journalisme courageux, ancré dans leurs communautés et attaché à révéler des vérités qui dérangent. Jusqu’à ce que cela leur coûte la vie. Cela n’aurait jamais dû arriver », souligne-t-elle.

MIL OSI