Source: United Nations – in French 2
Headline: Dans les zones de conflit, les attaques contre les réseaux d’eau ont triplé en quatre ans
5 novembre 2026 Aide humanitaire
De Gaza à l’Ukraine, en passant par le Soudan et le Burkina Faso, les systèmes d’approvisionnement en eau sont de plus en plus touchées par les conflits armés. Selon un rapport de l’UNICEF, le nombre d’attaques signalées contre ces infrastructures a triplé entre 2021 et 2025, avec des conséquences particulièrement graves pour les enfants, exposés aux maladies, à la malnutrition et aux violences.
Stations de pompage bombardées, puits contaminés, réseaux électriques détruits. Dans les zones de conflit, les moyens de priver les populations d’eau potable se multiplient. Une étude publiée jeudi par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), portant sur 23 pays et territoires entre janvier 2021 et juin 2026, révèle l’ampleur croissante des dommages infligés aux infrastructures hydrauliques.
Le rapport distingue sept catégories d’attaques, des frappes contre les installations aux restrictions d’accès aux équipements indispensables à leur fonctionnement. Près de la moitié des incidents recensés entre 2021 et 2025 impliquent l’utilisation d’armes explosives, notamment dans la bande de Gaza, en Syrie et en Ukraine.
« Le personnel humanitaire fait de son mieux pour maintenir l’approvisionnement en eau malgré l’augmentation de ces attaques », a avertit Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF, dans un communiqué accompagnant la sortie du rapport. « Les travaux de réparation ne doivent toutefois pas se substituer à l’obligation de protéger ces installations ».
ONU Info En Ukraine, des habitants de Stakhanov, dans la région de Louhansk, collectent de l’eau potable (archives)
De Gaza au Soudan, des réseaux dévastés
Dans la bande de Gaza, les destructions illustrent l’ampleur du phénomène. Dès novembre 2023, un mois après le début du conflit, sept installations hydrauliques avaient été touchées par des frappes. Trois mois plus tard, une évaluation satellitaire révélait que la moitié des 239 installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement examinées avaient subi des dommages. En avril 2026, l’usine de dessalement du nord du territoire a été détruite et au moins 51 autres installations de dessalement ont dû être réparées.
Au Soudan, ravagé par la guerre civile depuis avril 2023, une seule des 13 stations de traitement de l’eau de l’État de Khartoum, la capitale, fonctionnait encore en mars 2024.
Au Burkina Faso, plus de 145 points d’eau ont été détruits lors d’attaques entre 2020 et 2025, privant 830 000 personnes d’accès à cette ressource essentielle, dont une majorité d’enfants.
Les installations n’ont pourtant pas besoin d’être directement frappées pour cesser de fonctionner. En Ukraine, les bombardements contre le réseau énergétique avaient privé, en décembre 2022, près de 7 millions d’enfants d’un accès durable à l’électricité, au chauffage et à l’eau.
La destruction du barrage de Kakhovka, dans le sud ukrainien, en juin 2023, a provoqué une autre catastrophe. Les inondations ont charrié des hydrocarbures, des produits chimiques et des eaux usées, contaminant les ressources en aval. La disparition du réservoir a également compromis l’approvisionnement d’au moins 700 000 personnes, dont 126 000 enfants.
Au Burkina Faso, les groupes armés ont parfois délibérément contaminé les puits, notamment en y jetant des carcasses d’animaux. Fin 2024, environ 40 villes et villages, abritant jusqu’à deux millions d’habitants, étaient soumis à des sièges.
Photo UNICEF/Adel Sarkozi Des habitants de Kore, au Burkina Faso, vont chercher de l’eau à un point d’eau (Archives)
Chercher de l’eau, au risque de sa vie
Pour les enfants, les dangers ne se limitent pas à la soif ou aux maladies. À Gaza, l’UNICEF documente des cas d’enfants tués ou blessés alors qu’ils attendaient leur tour pour obtenir de l’eau. Dans sept foyers sur dix où l’approvisionnement nécessite un déplacement, cette tâche repose sur les femmes et les filles, davantage exposées aux violences.
Les professionnels chargés de maintenir les réseaux en état paient également un lourd tribut. À Gaza, au moins 13 agents du secteur de l’eau ont été tués lors de trois incidents entre 2024 et 2026. Au Liban, 14 employés des services publics de l’eau ont péri pendant le conflit de 2024.
Les conséquences sanitaires sont considérables. Faute d’eau salubre et d’assainissement, les infections diarrhéiques se multiplient, compromettant l’absorption des nutriments et aggravant la malnutrition infantile.
L’UNICEF réclame une meilleure protection des infrastructures, de leurs personnels et des civils qui en dépendent. Mais les moyens humanitaires s’amenuisent. Dans les pays bénéficiant d’une réponse coordonnée, 137 millions de personnes ont besoin d’une assistance en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Or, seuls 26 % des financements requis pour 2026 ont été reçus.
Alors que les humanitaires tentent de maintenir les réseaux en fonctionnement, notamment grâce à l’énergie solaire, l’agence rappelle une évidence que les conflits mettent à mal : réparer les installations ne suffit pas si elles continuent d’être attaquées.
