Source: The Conversation – in French – By Michael Cox, Founding Director of LSE IDEAS and Emeritus Professor of International Relations, London School of Economics and Political Science

L’ESSENTIEL
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Aux États-Unis, les élections de mi-mandat ont infligé un revers cinglant à Donald Trump et aux républicains au Congrès.
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Peu de commentateurs croient que ce résultat changera beaucoup la politique de Trump envers l’Ukraine.
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Un accord entre « grandes puissances » sans Kiev se heurterait presque à coup sûr aux démocrates du Congrès.
Les élections de mi-mandat ont modifié le rapport de force au Congrès des États-Unis, infligeant un revers cinglant à Donald Trump et à son Parti républicain. Ce résultat aura des conséquences dans le pays et peut-être aussi à l’étranger, notamment pour la politique de Washington envers l’Ukraine, un sujet quasiment absent des campagnes.
Mais si l’Ukraine a peu pesé dans le scrutin, la question de l’attitude à adopter face à la guerre n’a pas disparu de la vie politique états-unienne. De fait, dans les semaines et les mois qui ont précédé l’annonce des résultats, Trump s’était employé à revenir sur le soutien des États-Unis à l’Ukraine. Il l’a fait malgré une forte opposition, y compris dans les rangs républicains.
La transmission à Kiev de renseignements cruciaux sur les frappes russes a été interrompue, avant d’être rétablie, tandis qu’une aide militaire essentielle était réduite. Trump a aussi décidé de suspendre plusieurs sanctions visant la Russie.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé cette décision, qui selon lui ne profite qu’à la Russie, tandis que Trump l’a justifiée en invoquant « l’intérêt national des États-Unis », en y voyant aussi un moyen d’améliorer les chances électorales de son parti grâce à une baisse des prix de l’essence.
Au bout du compte, rien de tout cela n’a servi Trump et les républicains. Pourtant, rares sont les commentateurs qui pensent que les résultats des élections de mi-mandat, aussi désastreux soient-ils pour lui, auront un effet notable sur sa vision de la politique étrangère, et en particulier sur sa politique envers l’Ukraine.
« La politique étrangère de l’administration Trump est comme une voiture lancée sur l’autoroute », expliquait récemment James Green, chercheur au Centre for European Reform et ancien collaborateur parlementaire à Washington. « Le Congrès peut ralentir cette voiture, peut-être l’obliger à mettre son clignotant, mais il lui sera très difficile de modifier l’itinéraire d’ensemble au cours des deux prochaines années. »
Cela tient en partie à la façon dont la politique étrangère se décide aux États-Unis. Le Congrès n’est pas dépourvu d’influence. Il peut organiser des auditions, convoquer sous peine de sanctions des responsables de l’exécutif et exercer son contrôle sur le budget. Mais en tant que commandant en chef et chef de l’État, épaulé par une vaste administration consacrée à la politique étrangère, le président conserve d’importants pouvoirs dans ce domaine.
Il est également peu probable que les démocrates placent l’Ukraine au premier plan après ces élections. Ils auront d’autres chats à fouetter, à commencer par la nécessité de trouver un candidat et un programme capables de leur faire gagner la Maison-Blanche en 2028.
L’Ukraine est pourtant une cause que de nombreux démocrates, et bon nombre de républicains, défendent depuis un certain temps. Ils ne risquent pas non plus d’oublier ce que les Américains ordinaires pensent de la Russie et de son dirigeant, Vladimir Poutine.
La guerre en Ukraine n’occupe peut-être pas leurs pensées au quotidien. En revanche, comme l’a montré le Pew Research Center en 2025, 67 % des États-uniens se méfient de Poutine et six sur dix considèrent la Russie comme un ennemi.
Les démocrates ne souhaitent peut-être pas se retrouver entraînés dans une guerre européenne. Mais alors qu’ils viennent de remporter une victoire écrasante, ils pourraient bien estimer qu’ils ont désormais beaucoup à gagner politiquement à durcir leurs attaques contre un Trump affaibli, si sa politique étrangère envers la Russie et l’Ukraine continue, à leurs yeux, de récompenser l’agresseur tout en faisant passer la victime de cette agression pour un obstacle à un règlement du conflit.
Vers un accord de paix ?
Si le résultat des élections offre aux démocrates une série d’occasions tout en mettant Trump en difficulté, il ouvre aussi une possible fenêtre à Poutine. Le dirigeant russe pourrait bien chercher à exploiter la situation politique intérieure de Trump en proposant une forme de règlement qui permettrait au président états-unien de crier victoire.
Des responsables états-uniens, chinois et russes discutent déjà d’un sommet qui se tiendrait lors du déplacement des chefs d’État en Chine pour le sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec), en novembre. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que la Russie espérait arrêter les modalités de cette rencontre dans les prochains jours.
Trump tient lui aussi à cette rencontre. Il a déclaré aux journalistes en octobre que l’Ukraine y serait abordée, ajoutant : « Je participerais à une rencontre pour… tout ce que je peux faire pour mettre fin à la guerre, que quelqu’un soit là ou non, tout ce que je peux faire pour mettre fin à la guerre. »
Cela peut sembler assez raisonnable. Toutefois, décider du sort d’un pays souverain absent de la table des négociations, et conclure une sorte d’accord entre « grandes puissances » avec deux pays autoritaires, qui prévoirait la perte de 20 % de son territoire par l’Ukraine, est presque à coup sûr une chose que les démocrates du Congrès, enhardis, ne laisseront pas passer sans réagir.
Selon la plupart des experts militaires, il ne serait pas sage non plus de concéder quoi que ce soit à la Russie alors que sa guerre contre l’Ukraine semble s’être enlisée. D’après l’Institute for the Study of War, la Russie a peut-être « pris un avantage temporaire dans le ciel ukrainien grâce à ses drones à réaction et à la pénurie de missiles Patriot capables d’intercepter ses missiles balistiques ».
Mais comme le souligne aussi l’institut, à moins que l’aide militaire occidentale ne se tarisse complètement, une victoire russe n’a rien d’inéluctable. Une guerre dont la plupart des experts, CIA comprise, prédisaient la fin en quelques mois devrait donc se prolonger.
Il est peu probable que Trump change d’avis sur la Russie et l’Ukraine. À ses yeux, la Russie restera un partenaire potentiel, et l’Ukraine un pays qui a reçu l’aide des États-Unis et n’a rendu « absolument rien en retour, à part des ennuis ».
Mais désormais, politiquement acculé, face à des démocrates aux commandes du Congrès dans un pays qui vient de rendre un verdict sans appel sur sa présidence, il aura sans doute plus de mal à définir son propre programme vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine.
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Michael Cox a été directeur fondateur de LSE IDEAS et est chercheur associé à Chatham House.
– ref. Midterms aux États-Unis : quelles conséquences pour la guerre en Ukraine ? – https://theconversation.com/midterms-aux-etats-unis-quelles-consequences-pour-la-guerre-en-ukraine-296063
Original source: https://submissions.mil-osi.com/2026/11/06/midterms-aux-etats-unis-quelles-consequences-pour-la-guerre-en-ukraine-296063/
