Post

La carrière des travailleurs transfrontaliers est-elle si spéciale ?

La carrière des travailleurs transfrontaliers est-elle si spéciale ?

Source: The Conversation – in French – By Axelle Lutz, Professeure assistante en Ressources Humaines et Comportements Organisationnels, ICN Business School

Pourquoi faire le choix d’une carrière de l’autre côté de la frontière
 ? Et cela rend-il le parcours professionnel particulièrement atypique ? Les travailleurs transfrontaliers ressemblent en réalité beaucoup aux autres.


Les travailleurs transfrontaliers représentent 500 000 individus en France, le pays européen qui compte le plus grand nombre de ces profils. Les travailleurs transfrontaliers sont des personnes qui vivent et travaillent dans deux pays différents entre lesquels ils effectuent des allers-retours quotidiens. Ce choix repose sur différents critères : vouloir un meilleur salaire, de meilleures missions ou conditions de travail, un bon équilibre vie personnelle/vie professionnelle, etc.

Contrairement aux idées reçues, l’objectif n’est alors pas seulement de trouver un salaire plus intéressant. Leurs attentes sont plus poussées et témoignent d’une volonté de trouver un poste correspondant à des besoins aussi bien personnels que professionnels. Ces travailleurs ne trouvant pas forcément ce qu’ils souhaitent dans leur pays d’origine, ils élargissent alors leurs recherches à un marché de l’emploi international et plus spécifiquement transfrontalier. Se pose alors la question de la carrière suivie, et donc proposée, dans cet autre pays.

Plusieurs schémas de carrière

La carrière est l’ensemble des expériences professionnelles tout au long de la vie d’un individu, ou bien comme sa trajectoire au sein d’une ou plusieurs organisations à travers un ou divers métiers. Les formes de carrière sont multiples : elle peut être par exemple traditionnelle (linéaire et verticale au sein de la même organisation) ou nomade (possibilité d’évolution horizontale, soit au sein de diverses organisations ou divers postes). En d’autres termes, longtemps, faire carrière a renvoyé à la notion de promotion verticale, soit l’accès à un poste plus élevé dans le respect des règles de l’organisation.



Que vous soyez dirigeants en quête de stratégies ou salariés qui s’interrogent sur les choix de leur hiérarchie, recevez notre newsletter thématique « Entreprise(s) » : les clés de la recherche pour la vie professionnelle et les conseils de nos experts.

Abonnez-vous dès aujourd’hui


La carrière traditionnelle) correspond ainsi à une progression dans la hiérarchie d’une même organisation. Gérée par l’employeur, elle offre cependant une moindre liberté aux employés, qui supportent d’importantes contraintes et normes. Aujourd’hui, une approche par les carrières nomades permet de dépasser les limites données par l’organisation.

Les carrières nomades désignent des parcours impliquant des mobilités entre métiers et/ou entreprises, mais aussi l’auto-emploi et les parcours avec des interruptions de carrière. Il s’agit de nouvelles formes d’évolution non verticales conduisant à des changements plus fréquents d’entreprises. Dans ce type de carrière, les individus sont plus indépendants. Ainsi, cela nous amène à nous interroger sur la notion de succès ou réussite de carrière, notions objectives ou subjectives, mais qui permettent à un individu de se situer par rapport au bon équilibre entre ses attentes et son parcours professionnel.

Les travailleurs transfrontaliers ne recherchent pas une carrière extraordinaire

On retrouve régulièrement l’idée reçue que les travailleurs transfrontaliers suivent une carrière particulière, souvent nomade, alors que des études démontrent que ce n’est pas forcément le cas.

En effet, selon les diplômes, les compétences ou encore l’expérience accumulée, les attentes des travailleurs en termes de conditions de travail et d’emploi ne sont pas les mêmes. À cela s’ajoute la nécessité de pouvoir jongler entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Des recherches ont été faites sur le sujet et il est ressorti que l’équilibre entre vies privée et professionnelle est devenu l’une des premières motivations des travailleurs transfrontaliers. L’idée n’est pas de faire une carrière internationale ou encore extraordinaire, mais de trouver le meilleur environnement professionnel afin de pouvoir s’épanouir sur les deux tableaux. Cette carrière peut suivre tout autant une trajectoire traditionnelle ou nomade, l’objectif n’étant pas de vivre une expérience hors du commun.

En effet, l’avancée professionnelle des individus dépend également des opportunités qui se présentent au sein de l’organisation ou des organisations par lesquelles l’individu passera. En effet, les obligations mutuelles existantes entre un employé et son organisation représentent un levier d’action sur le plan de la carrière. Cette relation se nomme : le contrat psychologique. Ce dernier est défini comme « les croyances d’un individu concernant les termes et les conditions d’un accord d’échange réciproque entre lui-même et une autre partie ».

Cela permet de créer une relation particulière entre une personne et son univers de travail). Il est alors question de trouver le bon équilibre entre les attentes/besoins d’un individu et les attentes/besoins d’une organisation. Et c’est justement ce dernier que les travailleurs transfrontaliers vont chercher lorsqu’ils décident de traverser une frontière pour trouver un emploi, faute de trouver de leur côté de la frontière. De ce fait, la carrière des travailleurs transfrontaliers n’est différente des autres que du fait qu’elle se déroule au sein d’un pays différent, séparé simplement par une frontière.

Qu’est-ce qu’une carrière réussie ?

Le concept de succès de carrière change de par l’évolution même des modèles de carrière. Le modèle traditionnel du succès est centré sur la satisfaction des attentes de l’organisation, alors qu’à l’inverse, dans une carrière nomade, le modèle de succès est centré sur la satisfaction des attentes et des valeurs individuelles.

Le concept de succès de carrière évolue de par l’évolution des modèles de carrière. Le modèle traditionnel du succès est centré sur la satisfaction des attentes de l’organisation alors qu’à l’inverse, dans une carrière nomade, le modèle de succès est centré sur la satisfaction des attentes et des valeurs individuelles. Le développement de la carrière tourne donc autour des valeurs de l’individu. L’individu avance en fonction de ses propres attentes, mais également en fonction du contexte.

Les travailleurs transfrontaliers se tournent vers le pays voisin pour bénéficier d’une reconnaissance de leurs compétences, de leur statut et de leur travail. Ainsi, ces travailleurs s’intéressent à la bonne relation d’emploi et moins à la rémunération en tant que telle, bien qu’elle reste un critère non négligeable. La mobilité transfrontalière leur offre donc cette possibilité de bon équilibre entre attentes professionnelles et personnelles.

Axelle Lutz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La carrière des travailleurs transfrontaliers est-elle si spéciale ? – https://theconversation.com/la-carriere-des-travailleurs-transfrontaliers-est-elle-si-speciale-242430

MIL OSI – Global Reports