Source: The Conversation – France (in French) – By Lydiane Nabec, Professeure des universités en sciences de gestion et du management, Université Paris-Saclay
Le Nutri-Score a certes vocation à protéger les consommateurs ; c’est aussi, pour les marques du secteur agroalimentaire, une incitation à faire mieux et à le valoriser sur les marchés.
Un collectif de plus de 1 100 signataires, composé de médecins et universitaires, lançait il y a quelques semaines un appel au premier ministre. La demande : rendre obligatoire l’affichage du Nutri-score sur la face-avant des produits agroalimentaires. Lancé en 2017, cet indicateur est aujourd’hui adopté par près de 1400 marques en France, mais de manière volontaire.
Il est unanimement reconnu par les consommateurs des huit pays européens dans lequel il est utilisé (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Portugal et la Suisse), avec un taux de notoriété de 99,6 % en décembre 2023. Un Français sur trois déclare spontanément l’utiliser. En 2022, 58 % des ventes de produits alimentaires en volume ont été réalisées en France avec le Nutri-score déployé sur l’emballage. Un consensus émerge pour dire qu’il est facile à comprendre même pour les consommateurs les plus vulnérables et les moins sensibles aux enjeux nutritionnels de l’alimentation.
Aussi avait-il vocation à devenir le standard proposé par l’Union européenne : la Commission européenne, dans le cadre de sa stratégie « Farm to fork » s’était engagée en 2020 à déployer un étiquetage nutritionnel unique en face avant des produits alimentaires sur ses marchés d’ici 2022. Depuis, son adoption sans cesse repoussée depuis trois ans demeure fragilisée par le manque de soutien politique et la pression constante des lobbys économiques de l’industrie agroalimentaire.
Comme le suggèrent nos travaux, les marques auraient tout intérêt pourtant à ne pas attendre l’obligation.
Informer pour protéger
Issu d’un consensus scientifique international sur le profiling nutritionnel des aliments, fondé sur les travaux de la Food Standard Agency (FSA) et révisé en 2024, le Nutri-score a été lancé en France en 2016. Une expertise scientifique menée par l’Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’Environnement et de l’alimentation et une expérimentation réalisée en magasins réels, pilotée par le ministère de la Santé, avaient à l’époque affiné son calibrage.
Il permet aux consommateurs de comparer simplement les options qui leur sont offertes en rayon, toutes choses égales par ailleurs, à portions consommées équivalentes (100g ou 100mL), et de s’orienter vers les meilleures options pour leur santé. Sept ans après son lancement, le Nutri-score est un repère connu par les consommateurs.
Depuis l’émergence de la consommation de masse dans les années 50, la protection des consommateurs face et aux déviances du marché repose sur un levier majeur : les informer sur la qualité de l’offre, sur les caractéristiques des produits et sur ses droits en cas de litiges.
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Sur des marchés agroalimentaires mondialisés, hyper concurrentiels et ultra-transformés, améliorer les comportements alimentaires avec l’étiquetage nutritionnel n’est cependant pas sans limites : l’individu doit aussi être motivé pour adopter le comportement jugé vertueux et l’environnement dans lequel il évolue doit lui en donner l’opportunité. Alors que l’information est dense, le processus de traitement est lui nécessairement sélectif : seule une partie des informations disponibles est vue, perçue, comprise et finalement prise en compte dans le processus de décision d’achat du consommateur. Lisez-vous l’intégralité de l’étiquette de deux produits entre lesquels vous hésitez lorsque vous faites vos courses ?
Le Nutri-score y répond en partie. Les marques bénéficient de son format standard unique, visible et reconnu par tous, simple à comprendre, qui limite le risque de confusion chez les consommateurs, pour les informer sur la qualité nutritionnelle des produits. C’est un engagement responsable des marques pour la protection des intérêts des consommateurs.
Pour les marques, un outil marketing et une incitation à progresser
Lorsque le score est moins favorable dans sa catégorie de produits, il joue un effet d’alerte des consommateurs en réduisant leur consentement à payer. Cela vaut plus encore pour les marques nationales. Il incite ainsi les marques à reformuler leurs produits pour obtenir un meilleur score dans leur rayon d’autant que la révision de l’algorithme a permis d’accroître les écarts entre les produits concurrents sur leur catégorie.
Fourni par l’auteur
Une étude menée par UFC Que-Choisir en 2023 sur trois catégories de produits (panification, céréales pour le petit déjeuner, barres céréales) a mis en évidence les effets incitatifs du Nutri-score pour les marques pour reformuler leurs produits et innover. Depuis 2015 la part de l’offre de produits de Nutri-score A et B s’est accrue tandis que celle des produits de Nutri-score D et E évoluaient en sens contraire.
Lorsque le Nutri-score est favorable, il permet par ailleurs aux marques de promouvoir leurs produits dans leur catégorie, en particulier pour les marques de distributeurs. Il valorise aussi les innovations alimentaires des marques répondant aux besoins de la transition écologique pour lesquelles les consommateurs n’ont pas d’expériences de consommation passée.
En se retirant du dispositif Nutri-score, des marques phares comme Bjorg ou Actimel ont sans doute perdu l’opportunité d’asseoir leur positionnement santé et d’affirmer leur différence relativement à celles qui ne s’engagent pas dans le dispositif. Danone l’a justifié en raison d’une note trop fortement dégradée par le nouveau mode de calcul. C’était pourtant une des premières marques d’importance à l’afficher. La marque Hari&Co cherche, au contraire, grâce au Nutri-score, à valoriser les trois promesses de ses produits cuisinés végétariens nouvellement lancés : la gourmandise, l’écologie et l’équilibre nutritionnel. Pari est fait que le Nutri-score agira comme un repère positif pour les consommateurs.
En agissant comme un repère de choix efficace pour les consommateurs en rayon, le Nutri-score n’est pas qu’un outil normatif de distinction des bonnes et des mauvaises pratiques marketing ou encore moins des pratiques de consommation alimentaire : il devient un dispositif d’empowerment des consommateurs pour comparer les produits en rayon et un levier de création de la valeur pour les marques sur leurs marchés.
Lydiane Nabec ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Nutri-Score : pourquoi les marques ont intérêt à l’adopter sans attendre – https://theconversation.com/nutri-score-pourquoi-les-marques-ont-interet-a-ladopter-sans-attendre-245073
