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Victoire de Trump : quand la guerre des sexes s’invite en politique

Victoire de Trump : quand la guerre des sexes s’invite en politique

Source: The Conversation – in French – By Ashley Morgan, Masculinities Scholar, Cardiff Metropolitan University

Des magazines avec les candidats à la présidence Donald J. Trump et Kamala Harris à Tigard, Oregon, le 5 sept. 2024. Tada Images

La question du genre a joué un rôle déterminant dans la campagne présidentielle américaine, avec un clivage visible dans les votes masculins et féminins. Donald Trump, par ses déclarations misogynes, ses agressions sexuelles, son rejet de l’avortement et ses postures viriles, incarne le « backlash » (réaction hostile, vengeance) contre les luttes féministes.


L’élection présidentielle américaine n’opposait pas seulement Donald Trump à Kamala Harris et les républicains aux démocrates, mais aussi les hommes aux femmes. L’issue du scrutin montre que les premiers ont majoritairement voté pour Trump et les secondes, pour Harris.

L’écart est particulièrement notable chez les jeunes électeurs. Chez les 18-29 ans, 58 % des femmes ont voté pour Harris, tandis que 56 % des hommes ont voté pour Trump, reflétant la division partisane croissante de la génération Z. Des études suggèrent que les hommes de cette tranche d’âge penchent de plus en plus à droite, et les femmes, de plus en plus à gauche.

Le genre a joué un rôle important dans la campagne elle-même, Mme Harris et les démocrates concentrant leur message sur les droits des femmes et la santé génésique, tandis que M. Trump courtisait les jeunes hommes qui se sentent privés de leurs droits et désemparés par l’évolution de la société.

Le président élu est le symbole d’une certaine masculinité : il donne l’impression de quelqu’un d’impétueux qui ne mâche pas ses mots et peut sembler directif ou condescendant à l’égard des femmes, comme quand il s’est placé directement derrière Hillary Clinton lors d’un débat en 2016. Certaines de ses partisanes connaissent peut-être bien cette attitude, pour l’avoir identifiée chez leur père ou leur mari.

Pour les hommes, Trump représente la « masculinité hégémonique », celle qui exalte les hommes dominants. De ce point de vue, l’agressivité, le contrôle et la domination sont des traits admirables et hautement valorisés socialement.

Comme l’indiquent mes recherches, opprimer et subordonner les autres n’est certes pas l’unique façon d’exprimer sa masculinité, mais c’est certainement l’une des plus évidentes, et elle est particulièrement nocive pour les droits des femmes.

Trump s’est entouré d’hommes qui véhiculent le stéréotype du mâle alpha, rabaissent les femmes qui n’ont pas d’enfants et font l’éloge des valeurs familiales au détriment de l’émancipation des femmes.




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Pendant la campagne, Trump s’est engagé à protéger les femmes, « que cela leur plaise ou non », ce qui laisse entendre qu’elles ne sont pas les égales des hommes et que ce sont eux qui contrôlent tout, y compris les femmes elles-mêmes.

L’idée selon laquelle les femmes doivent se placer sous la protection des hommes se répand à nouveau dans la société américaine depuis quelques décennies, comme l’a montré la politologue Iris Marion Young au début années 2000.

« La posture du protecteur masculin […] est synonyme de tendre sacrifice, les femmes y étant des objets d’amour et de tutelle », écrivait-elle dans un article. « Les formes chevaleresques de la masculinité manifestent de l’inquiétude au sujet du bien-être des femmes, mais dans une logique de supériorité et de subordination. »

Cette logique de supériorité et de subordination est évidente dans la culture populaire et sur les réseaux sociaux, où les influenceurs de la « manosphère » se font l’écho de cette forme très traditionnelle de la masculinité, comme Andrew Tate (qui fait l’objet d’une procédure judiciaire pour viol et trafic sexuel, ce qu’il conteste).

Les idées communément admises sur les relations amoureuses, la galanterie, la prise en charge de l’addition lors d’une sortie au restaurant ou la soumission généralisée aux hommes remontent à une époque où les femmes avaient moins souvent la possibilité de travailler et d’être indépendantes financièrement, et disposaient de moins de droits.

Cette vision de la masculinité est également nuisible pour les hommes, dont la santé affective et mentale et les relations avec les femmes sont limitées par une vision strictement genrée.

Ce qui préoccupe les femmes aujourd’hui

Dans son livre Backlash, publié en 1992, la féministe américaine Susan Faludi estimait qu’historiquement, les avancées des femmes finissent par se retourner contre elles, que ce soit dans la sphère publique ou privée.

On est en droit de penser que l’ascension de Donald Trump est une manifestation de ce phénomène. Ces dernières années, les femmes, et notamment les jeunes femmes, ont obtenu des acquis notables en matière d’éducation, d’emploi, de représentation politique et autres.

Mais, suite au revirement de la jurisprudence américaine en matière de droit à l’avortement (symbole de liberté de choix et de droits pour de nombreuses femmes), en 2022, et à la réélection de Donald Trump, il est difficile de voir comment les droits des femmes pourraient être consolidés aux États-Unis dans les années à venir.

Dans les jours qui ont suivi l’élection, les réseaux sociaux ont propagé des contenus d’une misogynie flagrante, en réponse à la victoire de Trump. L’un des messages les plus diffusés est celui de l’influenceur d’extrême droite Nick Fuentes, qui a écrit : « Ton corps, mon choix. À jamais » sur X (ex-Twitter).

John McEntee, l’un des alliés du président élu, a quant à lui annoncé sur le ton de la plaisanterie dans une vidéo que le 19e amendement à la constitution américaine (qui a permis aux femmes d’obtenir le droit de vote) « devrait peut-être être abrogé ».

Marche des femmes à Washington, après la première élection de Donald Trump.
Heidi Besen/Shutterstock

Les femmes du monde entier expriment leur peur, leur colère et leur tristesse face à cette victoire, notamment du fait du comportement de Donald Trump lui-même qui, tout au long de sa carrière, a fait d’innombrables commentaires désobligeants sur les femmes. L’an dernier, il a été condamné dans une procédure civile pour avoir agressé sexuellement la journaliste E. Jean Carroll en 1996 et l’avoir diffamée avant le procès. Plus d’une vingtaine de femmes l’accusent également de harcèlement et d’agressions sexuelles, dont des viols, ce qu’il nie.




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Mais certaines des réactions à la victoire de Trump témoignent de craintes plus générales sur la sécurité et l’autonomie corporelle que les femmes expriment depuis des années, sans être prises au sérieux par les hommes.

Chaque jour, dans le monde entier, des femmes sont harcelées sexuellement, violées et tuées. Depuis toujours, elles ont peur de sortir le soir.

Des études montrent que, même quand les hommes sont conscients des craintes des femmes, ils les trouvent exagérées ou infondées, sauf lorsqu’ils ont des filles.

Ce qui est certain, c’est que les femmes n’ont pas besoin que les hommes les protègent, mais qu’ils les écoutent.


Traduit de l’anglais par Fast ForWord

Ashley Morgan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Victoire de Trump : quand la guerre des sexes s’invite en politique – https://theconversation.com/victoire-de-trump-quand-la-guerre-des-sexes-sinvite-en-politique-244489

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