Source: The Conversation – in French – By Timothy Naimi, Director, Canadian Institute for Substance Use Research; Professor, School of Public Health and Social Policy, University of Victoria
Janvier sobre est une occasion pour de nombreuses personnes de faire une pause dans leur consommation d’alcool et d’accorder du repos à leur foie. Mais quels en sont les avantages individuels ? Et si vous saviez combien de minutes de vie vous pourriez récupérer en sautant ce dernier verre, ou comment votre consommation hebdomadaire d’alcool se compare à la consommation de cigarettes ?
Une équipe de scientifiques de l’Institut canadien de recherche sur les toxicomanies de l’Université de Victoria et du Centre de toxicomanie et de santé mentale a lancé Comprendre l’alcool, un outil et une calculatrice conçus pour offrir aux gens des estimations personnalisées des risques pour leur santé liés à leur consommation d’alcool — et les bienfaits d’une réduction de celle-ci.
Grâce aux données scientifiques sur lesquels sont basés les Repères canadiens sur l’alcool et la santé, le calculateur Comprendre l’alcool présente aux gens leurs risques individuels de maladies liées à l’alcool, dont plusieurs types de cancers, des mesures telles qu’une équivalence en cigarettes et les minutes de vie perdues par verre, ainsi que des renseignements sur les coûts et les calories liés à l’alcool — le tout selon l’âge, le sexe et la consommation hebdomadaire.
Compte tenu des impacts considérables de l’alcool sur la société canadienne et du manque d’informations crédibles diffusées sur cette substance, notre équipe a décidé de mettre au point un outil permettant de mieux connaître les effets de l’alcool sur la santé et le portefeuille.
1. L’alcool au Canada
L’alcool est une substance légale consommée par la plupart des adultes canadiens. Il a des fonctions sociales, culturelles et religieuses. Cependant, il peut aussi causer des dommages à ceux qui boivent, à leur entourage ou à la société dans son ensemble.
(Shutterstock)
L’alcool est responsable de 17 000 morts par année au Canada et coûte à la société plus d’argent que le tabac et les opioïdes combinés. Chaque consommation vendue représente 38 cents de plus en coûts publics directs que ce qu’elle rapporte en taxes et en redevances (le déficit associé à l’alcool). Il s’agit donc d’une subvention considérable, financée par les contribuables, aux sociétés d’alcool et aux plus grands buveurs.
Pourtant, le gouvernement fédéral a récemment suspendu les ajustements en fonction de l’inflation pour la taxation sur l’alcool et, comme nous l’avons indiqué dans notre projet d’évaluation de la politique canadienne en matière d’alcool, environ la moitié des provinces et territoires ne disposent pas de taxe spécifique sur l’alcool ou de politique de prix minimum, qui permettraient de réduire les méfaits… et d’augmenter les revenus pour aider à couvrir le coût sociétal de l’alcool.
2. Le guide et ses retombées
Les Repères canadiens sur l’alcool et la santé ont été publiés en 2023. Le projet a été commandé, financé et supervisé par Santé Canada, et piloté par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. Vingt scientifiques (dont nous faisons partie) de 16 établissements universitaires de partout au Canada y ont travaillé. Le groupe a adopté une démarche exhaustive pour évaluer les plus récentes données scientifiques, dont la plupart ont évolué depuis les dernières directives canadiennes en matière de consommation d’alcool, élaborées en 2011.
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La conclusion la plus importante et la plus évidente est que moins on boit d’alcool, moins cela affecte notre santé, et que les risques sont corrélés à la quantité consommée. Le guide ne prescrit pas une seule cible souhaitable, mais plusieurs niveaux de risque qui sont pertinents pour les personnes qui boivent, quelle que soit leur consommation.
Le document recommande également l’étiquetage obligatoire des produits alcoolisés pour indiquer les risques pour la santé, en plus des informations de base pour les boissons, afin de permettre aux gens de mieux évaluer leur consommation et leurs risques personnels.
Bien que le guide ait été très médiatisé et ait fait beaucoup parler de lui, il a suscité de vives réactions, du lobbying et des efforts considérables de la part de l’industrie visant à discréditer le document et les scientifiques qui y ont travaillé. Aucun changement officiel n’a été apporté à la politique fédérale depuis la publication du guide.
Malgré les efforts déployés par l’industrie, les données sont claires et montrent aux gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral le coût élevé de l’alcool et la nécessité de mieux informer le public.
On trouve beaucoup plus de renseignements sur une boîte de petits pois que sur une bouteille d’alcool, qui ne contient pas de données sur les risques pour la santé (contrairement aux étiquettes des produits du tabac et du cannabis, le nombre de verres par contenant et la quantité correspondant à un verre standard, les conseils de consommation ou la teneur en calories.
L’alcool, un agent cancérigène du groupe 1 qui comprend les produits les plus cancérigènes, comme la fumée de cigarette et le benzène, bénéficie d’un traitement privilégié par rapport à d’autres produits alimentaires ou boissons, ou même à d’autres substances psychoactives telles que le tabac et le cannabis.
3. Pourquoi devrait-on mieux informer les Canadiens ?
On constate un écart considérable entre les risques de l’alcool ainsi que les coûts qui y sont liés et les efforts déployés pour informer et protéger les consommateurs. Les personnes qui ont travaillé sur le guide sont convaincues de l’importance du « droit à l’information » de la population, sachant qu’une grande partie de nos connaissances sur l’alcool est influencée par l’industrie de l’alcool via des messages et des activités de marketing.
Malheureusement, ces informations sont souvent trompeuses, incomplètes ou inexactes. Actuellement, seulement un peu plus de la moitié des Canadiens savent que l’alcool peut causer le cancer, et seulement un tiers des femmes que nous avons interrogées pour créer Comprendre l’alcool savaient qu’il peut causer le cancer du sein.
En raison d’un manque de leadership politique et d’un important lobbying de l’industrie, de nombreuses politiques destinées à protéger les consommateurs n’ont été que partiellement mises en œuvre, voire pas du tout.
Dans ces conditions, la sensibilisation et la responsabilisation des consommateurs sont essentielles. En outre, on a pu démontrer qu’une meilleure connaissance des effets de l’alcool, notamment en ce qui concerne le cancer ou ses répercussions sur les non-buveurs, accroît l’appui à des politiques publiques qui visent à réduire la consommation à risque et à protéger les personnes vulnérables.
4. Et Comprendre l’alcool dans tout ça ?
Il est important de transposer les recommandations populationnelles dans un format qui trouve un écho auprès des individus et qui soit adapté à leur situation. Réfléchir à sa consommation d’alcool et envisager de boire moins sont des gestes très personnels.
Pour concevoir l’application Comprendre l’alcool, nous avons d’abord interrogé 900 adultes vivant au Canada pour savoir ce qu’ils connaissaient de l’alcool et quels sujets connexes les intéressaient. Nous avons ensuite fait appel à un groupe consultatif de 20 personnes pour tester des messages et des moyens efficaces de présenter et de communiquer des informations.
En nous appuyant sur les mêmes données que celles ayant servi à déterminer les niveaux de risque, nous avons conçu un outil en ligne qui fournit des renseignements sur les risques pour la santé en fonction de la consommation d’alcool, de l’âge et du sexe d’une personne. Comme les gens ne s’intéressent pas seulement aux effets sur la santé, nous incluons des informations sur les coûts mensuels ou pour toute la vie, ainsi que sur les équivalents en calories.
Il convient de souligner que ce calculateur ne se limite pas aux risques liés à la consommation d’alcool, mais qu’il met l’accent sur les divers avantages d’une réduction de celle-ci. En effet, les utilisateurs sont invités à entrer une consommation cible et à constater les gains au fur et à mesure qu’ils envisagent de diminuer leur consommation d’alcool. Le site propose également de nombreuses informations générales, des quiz, des ressources et un calculateur de verres standards.
Vous voulez en savoir plus ? Tentez le coup !.
Timothy Naimi reçoit un financement de Santé Canada qui a soutenu le développement de l’application dont il est question dans l’article.
Peter Butt a coprésidé l’élaboration des Directives canadiennes sur l’alcool et la santé, un projet financé par Santé Canada et géré par le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT). Il reste consultant auprès du CCLAT et de l’Institut canadien de recherche sur les toxicomanies (CISUR) sur divers aspects de la mobilisation des connaissances et de l’élévation du niveau de connaissances sur l’alcool au Canada. Au cours des deux dernières années, il a participé à des projets financés par Santé Canada et le CCLAT (CGAH), l’Agence de santé publique du Canada (toxicité de l’alcool) et l’Université de Victoria (application CISUR sur l’alcool).
– ref. Une application calcule les bienfaits d’une réduction de votre consommation d’alcool – pour votre santé et votre portefeuille – https://theconversation.com/une-application-calcule-les-bienfaits-dune-reduction-de-votre-consommation-dalcool-pour-votre-sante-et-votre-portefeuille-246373
