Post

Jimmy Carter, le plus « vert » des présidents américains

Jimmy Carter, le plus « vert » des présidents américains

Source: The Conversation – France (in French) – By Xavier Blot, Changement climatique et Transition énergétique, EM Lyon Business School

Jimmy Carter en 1979 lors de l’inauguration des panneaux solaires de la Maison-Blanche. Jimmy Carter Library

L’ancien président américain Jimmy Carter (1977-1981), mort le 29 décembre 2024, a été un pionnier des politiques environnementales et climatiques américaines. Rétrospective de son mandat. Les années Reagan qui ont suivi n’ont toutefois pas pérennisé cet engagement.


Le 39e président des États-Unis, Jimmy Carter, est mort le 29 décembre 2024, à l’âge de 100 ans. Controversé pour ses prises de position sur le Moyen-Orient, le Time Magazine le considérait pourtant en 1989 comme « le meilleur ex-président des États-Unis ».

S’il reste dans les mémoires comme le président des accords de Camp David et du prix Nobel de la paix, beaucoup ignorent qu’il est aussi qualifié comme le « greenest », le président américain le plus éco-responsable. C’est au prisme de cet enjeu qu’une rétrospective de son mandat (1977-1981) s’impose.

Un président américain précurseur de l’écologie

Dès 1977, année de son intronisation, Jimmy Carter met en place une politique environnementale forte, bien avant que le sujet ne devienne une priorité au niveau international.

Afin de limiter l’épuisement des ressources, il crée 10 nouveaux parcs nationaux et protège par décret de vastes zones d’Alaska contre le forage pétrolier. Il impose également les standards du Corporate Average Fuel Economy (CAFE) pour obliger l’industrie automobile à produire des voitures moins consommatrices en énergie. Il signe enfin la création du célèbre DOE, le Department of Energy, qui déploiera plus tard sa stratégie nationale en matière d’énergie.

Après ces premières actions en faveur de l’environnement, en 1978, il entreprend d’alerter et de mobiliser l’opinion publique. Dans son discours à la nation, le fameux « malaise speech », il avertit la population qu’un changement climatique causé par les activités humaines est en train de se produire et que l’énergie sera le prochain grand défi, tant pour l’époque que pour les générations futures.

Le « malaise speech » de Carter en 1978.

Ce discours se termine par un appel pressant :

« We have to change our way of life ! »

Le tournant des années 1970

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette série d’actions n’est pas anachronique. En 1972, le rapport Meadows est publié et bénéficie d’une couverture internationale. En 1975, un rapport de la CIA établit, à son tour, un constat sans appel :

« Le changement climatique a commencé en 1960, mais personne, y compris les climatologues, ne l’a reconnu ».

La survenue de deux chocs pétroliers, en 1973 et 1979, va aussi marquer la prise de conscience de l’opinion publique sur les enjeux des ressources énergétiques.

En 1979 toujours, le rapport Charney, commandé par la Maison Blanche, dresse une synthèse des connaissances sur l’impact possible des activités humaines sur le climat.

La conclusion est, à nouveau, sans équivoque : « Nous avons la preuve irréfutable que l’atmosphère change et que nous contribuons à ce changement. » Jimmy Carter demande dans la foulée à l’Académie des sciences de travailler sur des mesures à mettre en place pour y remédier. Ce rapport est publié en 1980 et
propose que « la question du dioxyde de carbone soit inscrite à l’ordre du
jour international »
.

[Déjà plus de 120 000 abonnements aux newsletters The Conversation. Et vous ? Abonnez-vous aujourd’hui pour mieux comprendre les grands enjeux du monde.]

L’environnement est donc un sujet largement débattu durant la décennie 1970. La majorité des députés américains, démocrates comme républicains, partagent ce constat. Si les États-Unis avaient pris des mesures en conséquence pour
réduire les émissions de CO2, nos chances de limiter le réchauffement global à moins de 1,5 °C auraient été grandement améliorées.

Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut revenir au second choc pétrolier de 1977.

Du choc pétrolier au revirement des années 80

C’est à la suite de cet événement charnière que les fameux panneaux solaires sont installés sur le toit de la Maison Blanche.

Discours d’inauguration des panneaux solaires de la Maison Blanche par Jimmy Carter (1979)

Au-delà du symbole, des initiatives plus sérieuses sont mises en place pour diversifier l’approvisionnement énergétique du pays et atteindre 20 % d’approvisionnement par les énergies renouvelables. En 1978, la loi PURPA (Public Utility Regulatory Policies Act) est adoptée en 1978 pour favoriser leur développement.

Cette réglementation fédérale définit le premier cadre d’envergure pour encourager la production d’énergie, surtout photovoltaïque, via des prêts à taux préférentiels, des incitations fiscales et le rachat d’énergie par les fournisseurs.

Cependant, une succession d’événements géopolitiques – notamment une prise d’otages en Iran – décrédibilise le président Carter. Ronald Reagan gagne finalement les élections de 1980.

Ce dernier n’ignore pas les alertes scientifiques sur le sujet, mais ses priorités sont ailleurs. Partisan d’une doctrine politique plus ferme et libérale, il démantèle les panneaux solaires de la Maison Blanche – tout autant que les mesures prises par son prédécesseur.

Il dérégule l’extraction du charbon à ciel ouvert, incitant à la production sur les terres fédérales et rendant celles-ci accessibles aux entreprises minières et pétrolières.

« America is back » : l’énergie redevient avant tout un enjeu économique et de leadership pour le pays.




À lire aussi :
Ces politiques climatiques que Trump ne pourra complètement défaire aux États-Unis


Le retour en force des lobbies pétroliers

La décennie 80 est emblématique d’un retour au premier plan des lobbies pétroliers, laissant de côté le déploiement des énergies renouvelables.

Suite à la publication du rapport Charney, Exxon décide de créer son propre programme de recherche pour s’impliquer dans le débat scientifique. En atteste, un mémo interne de l’entreprise de 1982, qui prévoit une augmentation de la température moyenne de 2 °C à 3 °C si les émissions de CO2 se poursuivent à un rythme constant. Le but alors poursuivi par l’industrie pétrolière est de brouiller le débat, de détourner des vrais enjeux et de remettre en question les réglementations pour préserver l’inaction et le « business-as-usual ».

In fine, l’alignement d’événements internationaux, d’une nouvelle doctrine politique et d’intérêts économiques aura repoussé l’agenda climatique à plus tard. Les priorités de l’époque privilégient en effet le leadership économique immédiat, au détriment de l’impact environnemental à long terme.

Il est d’autant plus difficile de « vendre » une transition pour anticiper une catastrophe qui n’a pas encore eu lieu. L’imaginaire américain, capable de défier les limites naturelles et de développer les innovations technologiques nécessaires, tient lieu de garde-fou.

Ce constat est saisissant d’actualité. Rétrospectivement, le courage politique et la clairvoyance de Jimmy Carter n’en paraissent que plus éclatants. Son action politique a été guidée par une vision plus profonde qu’une « simple » transition technologique.

Cette approche se reflète particulièrement dans son discours précurseur de 1979 où il anticipait, déjà, la crise de la confiance :

« Nous percevons cette crise à cause du doute croissant que l’on porte sur la signification de nos propres vies et de la perte d’un objectif unique pour notre nation. […] L’érosion de notre confiance dans l’avenir menace de détruire le tissu social et politique de l’Amérique. »

Un rappel utile et nécessaire au début de cette nouvelle année.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Jimmy Carter, le plus « vert » des présidents américains – https://theconversation.com/jimmy-carter-le-plus-vert-des-presidents-americains-246387

MIL OSI – Global Reports