Source: The Conversation – in French – By Samuel Ajayi, Reader, College of Medicine, University of Ibadan
Les maladies rénales, qui peuvent évoluer vers une insuffisance rénale, touchent de manière disproportionnée plus de Noirs que de Blancs. Ainsi, le coût des soins liés aux maladies rénales pèse lourdement sur les Noirs à travers le monde.
Aux États-Unis, par exemple, bien que les Noirs ne soient que 13 à 14 % de la population totale, ils représentent un tiers des patients atteints d’insuffisance rénale terminale nécessitant une dialyse ou une transplantation.
L’hypertension, le diabète et le VIH, qui provoquent également une insuffisance rénale, ont tendance à causer des lésions rénales plus graves et une détérioration rapide chez les Noirs que chez les Blancs.
Pendant de nombreuses décennies, les chercheurs se sont interrogés sur les raisons des ces disparités. Ce n’est qu’au cours des quinze dernières années que les explications ont commencé à émerger. Des recherches ont montré que les Noirs ont une variation génétique qui protège l’organisme d’une maladie parasitaire appelée trypanosomiase ou maladie du sommeil. Cette maladie était courante en Afrique de l’Ouest. Le gène incite le système immunitaire à produire une protéine qui dissout la membrane du parasite, l’éliminant ainsi.
Au fil du temps, le parasite a développé une résistance aux effets de la variante du gène. Puis de nouvelles variantes ont émergé pour rétablir l’immunité contre les nouvelles formes du parasite. Mais cette évolution présente un inconvénient : les individus porteurs de ces nouvelles variantes génétiques (appelées APOL1 G1 et G2) ont également un risque accru de développer une maladie rénale.
Au cours des deux dernières décennies, il est apparu de plus en plus évident que ces variantes causent des lésions rénales chez les Afro-Américains, même s’ils ne sont pas diabétiques.
Cependant, jusqu’à récemment, ce lien entre le gène et la maladie rénale n’avait pas été confirmé ni décrit en détail chez les personnes vivant sur le continent africain, où la variante génétique a évolué pour la première fois.
C’est précisément ce qu’a cherché à établir une étude qui a débuté il y a plus de dix ans en Afrique, appelée Human Heredity and Health in Africa (H3Africa), par le Kidney Disease Research Network.
Dans le cadre de cet effort, notre étude récemment publiée a révélé que le fait d’être porteur de la variante APOL1 G1 ou G2 augmentait considérablement le risque de maladie rénale par rapport aux personnes qui ne sont pas porteuses de ces variantes génétiques.
Cette découverte pourrait améliorer le dépistage du risque de maladie rénale, approfondir notre compréhension de leur impact sur les Ouest-Africains en particulier, et ouvrir de nouvelles perspectives de traitement.
La prévalence actuelle de la maladie rénale est estimée à 13,7 % au Nigeria et 28 % au Ghana.
Notre recherche
Le Kidney Disease Research Network a réuni des chercheurs du Nigeria, du Ghana, d’Afrique du Sud, d’Éthiopie et du Kenya. L’un des objectifs de la recherche était d’étudier et de décrire 8 000 cas-témoins, et de mener des études génétiques associées aux maladies rénales. Plus de 40 chercheurs ont collaboré au projet, notamment des néphrologues, des généticiens, des statisticiens génétiques et biologistes.
L’étude a porté sur 8 355 participants au Ghana et au Nigeria, dont 4 712 atteints d’une maladie rénale de gravité variable et 2 777 sans maladie rénale. Des études génétiques approfondies et sophistiquées ont été réalisées sur les échantillons obtenus auprès des participants avec leur consentement.
Les variantes génétiques susceptibles de provoquer une maladie rénale sont appelées APOL1 G1 ou G2. La variante qui ne provoque pas de maladie rénale est appelée G0. Chaque individu peut être porteur de différentes combinaisons de ces trois variantes.
Nous avons constaté que les gènes APOL1 sont plus fréquents au sein des populations d’Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria et au Ghana, que chez les populations d’autres régions d’Afrique.
Dans notre étude, 43 % (3 592) des participants ne présentaient qu’une seule des variantes, tandis que 29,7 % (2 481) des participants présentaient deux variantes d’APOL1. Les participants présentant deux variantes G1 ou G2 étaient plus susceptibles de souffrir d’une maladie rénale chronique que ceux présentant une de ces variantes. Et les participants présentant une variante étaient plus susceptibles de souffrir d’une maladie rénale chronique que ceux n’ayant aucune de ces variantes.
Notre étude a ainsi confirmé ce qui a été observé chez les personnes d’origine africaine aux États-Unis : l’origine génétique sous-tend le risque accru de développer une maladie rénale chez les Africains noirs, quel que soit leur lieu de résidence.
Ce que révèlent nos résultats
L’étude a établi, pour la première fois, un lien entre le gène APOL1 et la maladie rénale chronique en Afrique subsaharienne.
Ces découvertes ouvrent de nouvelles perspectives :
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améliorer la survie des patients ayant subi une transplantation rénale en dépistant les donneurs susceptibles d’être porteurs des variantes à haut risque;
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développer des traitements ciblés pour les individus présentant ces variantes génétiques à haut risque.
Un nouveau médicament, l’Inaxaplin, qui inhibe la fonction de l’APOL1, réduit la protéinurie, un marqueur clé des maladies rénales. Cette avancée ouvre la voie à un traitement médicamenteux des maladies rénales chroniques liées à APOL1. Les études se poursuivent dans ce domaine.
Ce projet a été financé par l’Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales, le Bureau du directeur des NIH et l’Institut national du cancer pour le réseau H3Africa sur les maladies rénales.
– ref. Les Ouest-Africains présentent un risque élevé de maladie rénale selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/les-ouest-africains-presentent-un-risque-eleve-de-maladie-renale-selon-une-nouvelle-etude-250206
