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Formation de compétences vertes pour régénérer la nature : enjeux en Afrique du Sud et au Sénégal

Formation de compétences vertes pour régénérer la nature : enjeux en Afrique du Sud et au Sénégal

Source: The Conversation – in French – By Matthew Weaver, Researcher, ARUA Water Centre of Excellence, Institute for Water Research, Rhodes University

La population africaine est en croissance. Cela implique une modification accrue des paysages et le développement d’infrastructures d’appoint. Les écosystèmes sont sous pression, aggravée par les catastrophes naturelles induites par le changement climatique.

En réponse, les gouvernements, les scientifiques et les écologistes se tournent vers des solutions fondées sur la nature. Il s’agit de stratégies environnementales qui visent à remédier aux dommages causés à l’environnement, notamment l’impact des catastrophes, le changement climatique et l’insécurité alimentaire et hydrique.

Par exemple, les zones humides sont une ressource naturelle pour les humains et servent d’habitat pour la faune. Elles filtrent l’eau et régulent les inondations. Mais elles ont été dégradées partout dans le monde, ce qui menace la biodiversité et les moyens de subsistance des humains. La restauration des zones humides est une solution basée sur la nature, tout comme le reboisement et la mise en place d’infrastructures vertes dans les villes, telles que les forêts urbaines et les jardins sur les toits.

Les solutions fondées sur la nature se multiplient à travers le monde entier. Au Kenya, environ 8 000 forêts de mangroves ou côtières sont restaurées chaque année. Elles protègent les communautés vivant sur la côte des tempêtes et absorbent de grandes quantités de gaz à effet de serre. L’initiative de restauration des paysages de la Grande Muraille Verte dans la région du Sahel en Afrique est également une solution basée sur la nature.

En Chine, 30 « villes éponges» pilotes ont été mises en place. Elles contiennent des noues végétalisées (fossés remplis de plantes qui absorbent les eaux de pluie lors de fortes précipitations et empêchent les inondations), et des jardins de pluie composés de plantes cultivées sur des pentes qui absorbent également les fortes pluies.

Le projet Working for Wetlands comprend la construction de gabions (paniers de roches empilées) pour soutenir la restauration des zones humides.
Sinethemba Xoxo., Fourni par l’auteur

Cependant, les solutions basées sur la nature ne sont pas mises en place assez rapidement pour réduire le réchauffement climatique. En Afrique en particulier, il y a un déficit des compétences écologiques nécessaires. Les ingénieurs ayant les compétences pour concevoir des infrastructures vertes et les scientifiques de l’environnement qui supervisent les évaluations d’impact environnemental et social sont rares. Les solutions basées sur la nature ne peuvent pas être mises en place sans eux.

Jusqu’à présent, les universités n’ont pas proposé de formations spécifiques dans ce domaine. Et il existe très peu de formations professionnelles pour les écologistes et les scientifiques. Il en résulte un déficit de compétences écologiques.

Nous faisons partie d’une équipe d’écologistes, d’ingénieurs, de scientifiques du développement durable, d’hydrologues et de spécialistes des sciences sociales qui s’efforcent de combler ce déficit. Nous sommes en train de réorganiser les programmes d’études des universités sud-africaines et sénégalaises.

Notre projet universitaire, Solutions fondées sur la nature pour la résilience de l’Afrique, vise à identifier les compétences vertes dans les diplômes universitaires et à élaborer des programmes d’études sur les solutions fondées sur la nature.

Si nous n’agissons pas rapidement pour intégrer ces compétences vertes dans l’éducation et la formation, l’Afrique pourrait passer à côté d’une opportunité pour bâtir un avenir durable.

Le déficit de formation en compétences vertes

Nous avons mené des entretiens et des enquêtes auprès de plus de 50 experts d’universités sud-africaines, de professionnels de cabinets de conseil et de décideurs d’organismes gouvernementaux, afin de déterminer le type de formation qui faisait défaut dans les diplômes universitaires et les formations courtes destinées aux professionnels.

Ils ont identifié les lacunes suivantes :

  • Conception et mise en œuvre : il y a une déficit de formations pour les concepteurs de projets environnementaux tels que la restauration des zones humides et le verdissement urbain.
  • Connaissances interdisciplinaires : l’écologie, l’hydrologie et la climatologie sont principalement enseignées dans le cadre des sciences de l’environnement. Ces matières n’ont pas encore été incluses dans les diplômes d’ingénieur. Il y a donc un déficit d’ingénieurs en environnement, c’est-à-dire de personnes ayant les compétences nécessaires pour intégrer des solutions naturelles dans des projets d’ingénierie.

  • Engagement communautaire : les projets de solutions basées sur la nature sont des projets à long terme conçus en partenariat avec les habitants d’une région. Il faut enseigner les compétences nécessaires pour organiser et animer des réunions communautaires où chaque voix compte.

  • Politique et financement : cela implique une formation à la mobilisation de fonds, à la rédaction de politiques publiques et au lobbying pour obtenir un soutien aux projets.

  • Éthique et engagement : les universités doivent enseigner aux étudiants comment s’engager avec les communautés de manière éthique. Les praticiens doivent donc être formés à la manière d’intégrer les systèmes de connaissances autochtones.

Développer les compétences vertes

Après avoir identifié ces lacunes, notre projet a décidé de mettre en place une formation pour les étudiants et les professionnels dans les domaines suivants :

  • Solutions naturelles pour la gestion de l’eau : comment restaurer les systèmes d’eaux pluviales des villes et les zones humides urbaines.

  • Comment planifier l’adaptation au changement climatique et la conservation.

  • Comment préserver l’environnement afin qu’il absorbe le plus de carbone possible : cela nécessite une formation à la préservation des écosystèmes, comme le reboisement et la restauration des habitats.

  • Former les gens à surveiller si les solutions basées sur la nature font une différence.

Les établissements d’enseignement devront développer des cours spécialisés et intégrer ce type d’apprentissage interdisciplinaire dans leurs programmes :

  • Approche multidisciplinaire : trouver un équilibre entre les connaissances spécialisées des différents départements universitaires et une compréhension plus large de l’environnement.

  • Modules interdisciplinaires : des cours reliant les solutions basées sur la nature à la gestion de l’eau et des bassins versants.

  • Apprentissage pratique : organiser des sorties avec les étudiants sur le terrain pour analyser des projets de solutions basées sur la nature qui ont réussi.

Pourquoi les compétences vertes sont importantes pour l’avenir de l’Afrique

Les pays africains doivent agir dès maintenant pour mettre en place des solutions basées sur la nature face au défis posés par le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement. Il est encore temps d’agir. Si le continent n’agit pas rapidement, le coût sera élevé. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement souligne l’urgence pour les pays en développement doivent de s’adapter de toute urgence au changement climatique afin de protéger leurs systèmes alimentaires, hydriques et agricoles.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a estime qu’en l’absence de mesures d’adaptation en matière d’adaptation au changement climatique le nombre de personnes nécessitant une aide humanitaire pourrait atteindre 200 millions de personnes en raison de catastrophes liées au climat d’ici 2050, contre 108 millions aujourd’hui.

Les solutions fondées sur la nature peuvent favoriser le développement durable tout en créant de nouveaux emplois dans les secteurs liés au changement climatique. Le projet de l’université de Rhodes (Nature-based Solutions for African Resilience) constitue une première étape. Cependant, cette mission dépasse le cadre universitaire. Elle nécessite des partenariats entre les universités, les entreprises, les organismes à but non lucratif, les communautés et d’autres acteurs afin de développer les compétences nécessaires à la résilience de la société face au réchauffement climatique.

Matthew Weaver reçoit des financements de la Water Research Commission et de l’Union européenne via le fonds Erasmus +. Il est affilié à l’Institut de recherche sur l’eau de l’Université Rhodes.

Sinetemba Xoxo est affilié à l’université de Rhodes via l’Institut de recherche sur l’eau et est un scientifique agréé par la SACNASP. Il reçoit des fonds de l’Union européenne par le biais du programme Erasmus+.

Sukhmani Mantel reçoit un financement de la subvention Erasmus+ dans le cadre du thème Développement des programmes d’études pour l’enseignement supérieur. Je suis membre du conseil d’administration de la Fondation Ubunye et de NPO..

ref. Formation de compétences vertes pour régénérer la nature : enjeux en Afrique du Sud et au Sénégal – https://theconversation.com/formation-de-competences-vertes-pour-regenerer-la-nature-enjeux-en-afrique-du-sud-et-au-senegal-250199

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