Source: Universities – Science Po in French
Les résultats du référendum du 20 octobre dernier et la réélection de Maia Sandu à la présidence de la République mettent au jour les réelles divisions internes du pays. Que pouvez-vous nous dire sur ce sujet ?
Les résultats du référendum ont suscité beaucoup d’inquiétude dans le camp de la présidente : ce n’est qu’au bout de la nuit qu’une majorité pour le « oui » s’est dessinée, l’emportant finalement avec 50,4% des suffrages. Il aura donc fallu attendre les votes de la diaspora, favorables au « oui » à 77%, pour s’assurer de la victoire du camp pro-européen. Les résultats électoraux révèlent de vrais clivages sur le territoire moldave. Dans la région autonome de Gagaouzie, peuplée de russophones, seuls 5% des électeurs ont voté en faveur du « oui » au référendum. Dans d’autres régions, le « oui » a été très faible, à l’instar d’Ocnita (21%), de Donduseni (27,2%) et de Briceni (28,6%). A titre de comparaison, même les électeurs moldaves de Transnistrie ont davantage voté pour le « oui ».
Le soulagement final s’est accompagné de réelles inquiétudes au sujet des ingérences russes, constantes depuis l’indépendance du pays, mais renforcées depuis février 2022. Le soir du 20 octobre, Maia Sandu, arrivée en tête avec 42,5% des suffrages, a déclaré que la Moldavie avait été confrontée à « une attaque sans précédent contre la liberté et la démocratie le jour de l’élection et ces derniers mois », avançant le chiffre du vol de 300 000 votes. Au centre de ce scandale : Ilan Shor, sulfureux homme politique moldave faisant l’objet de différentes enquêtes pour corruption et fraudes. Vivant actuellement à Moscou, fort du soutien de l’appareil d’Etat russe, il a lancé en avril 2024 en coalisant plusieurs partis le bloc électoral Victoire (Pobeda) et il a soutenu plusieurs candidats pendant cette campagne. Qualifié pour le second tour, l’ancien procureur général Alexandr Stoianoglo, soutenu par le Parti des socialistes, a obtenu 26% des suffrages, mais il pouvait espérer un meilleur report que son opposante.
Quant à Maia Sandu, elle a été en mesure de remporter le second tour le 3 novembre avec une marge confortable (55,3% des voix), avec une participation en légère augmentation (54,3% pour 51,4% deux semaines plus tôt). Pourtant, à y regarder de plus près, sur le territoire même de la Moldavie, c’est son adversaire Alexandr Stoianoglo qui est arrivé en tête (51,2% des voix). Ici encore, la Gagaouzie a très fortement rejeté Maia Sandu (3% des voix seulement au second tour), ainsi que le district de Taraclia, peuplé d’une forte minorité bulgare (elle y obtient moins de 6% des voix).
La polarisation observée risque de resurgir avec force à l’élection des législatives prévues dans la première moitié de 2025. Les développements de la guerre en Ukraine, la présidentielle roumaine (mai 2025) ou le démantèlement de l’USAID, autant que les recompositions de l’offre politique moldave, seront à surveiller de près au cours des prochains mois.
