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Bureaux, crèches, Ehpad… : bienvenue dans l’ère des infrastructures hybrides

Bureaux, crèches, Ehpad… : bienvenue dans l’ère des infrastructures hybrides

Source: The Conversation – in French – By Fiona Ottaviani, Associate professor en économie – Grenoble Ecole de Management, F-38000 Grenoble, France – coordinatrice recherche Chaire Unesco pour une culture de paix économique – co-titulaire Chaire Territoires en Transition, Grenoble École de Management (GEM)

Depuis quelques années, émerge et se développe une économie du partage. De plus en plus, on évoque le partage d’infrastructures. Revue des avantages de la formule et des défis à relever.


Les enjeux de transitions écologiques convergent avec des défis sociaux majeurs comme le vieillissement de la population ou la précarité sociale. Face à ces crises systémiques, de nombreuses entreprises ou collectivités s’interrogent sur des usages plus partagés, voire hybridés de leurs infrastructures. Dans cet article, nous revenons sur les principaux enseignements de nos recherches en cours sur le sujet. Nous mettons en lumière les motivations derrière le partage et l’hybridation d’infrastructures, et les enjeux concrets de leur mise en œuvre.

Locaux d’entreprises qui accueillent des personnes sans-abris les nuits et week-ends (avec l’association Les Bureaux du cœur), bibliothèque hébergeant un centre social (comme l’Atelier Léonard de Vinci à Vaulx-en-Velin), une partie d’un Ehpad devenant un café ouvert aux habitants d’un quartier (à l’instar de l’Ehpad de la Seigneurie à Pantin)… Tous ces lieux sont des “infrastructures”, c’est-à-dire des équipements structurants d’une société, et sont qualifiés de “sociales” car elles favorisent les interactions entre les individus, comme l’ont montré les travaux d’Eric Klinenberg.


Des sortes de tiers-lieux

Le partage des infrastructures sociales se développe et concerne aussi bien les organisations publiques que privées. Ces équipements sont partagés pour d’autres usages et/ou à d’autres utilisateurs, de manière plus ou moins synchrone. Proche des « tiers-lieux » ou « coworking » déjà bien identifiés dans la littérature, les infrastructures sociales ont en commun la mise en partage d’un espace entre plusieurs utilisateurs. Pour autant, les modalités de partage que nous observons sont plus complexes, notamment avec une différenciation possible des usages de l’équipement selon le calendrier horaire. De plus, ces lieux renvoient à des équipements déjà existants avec une fonction bien identifiée, comme une médiathèque ou un Ehpad.

Quelles sont les motivations et incitations au partage d’infrastructures ? Quelles sont les modalités pratiques de ce partage ? Telles ont été les questions qui ont guidé notre travail au sein de la Chaire « Territoires en Transition » de Grenoble Ecole de Management, aujourd’hui publié dans un livre blanc.




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Des motivations diverses

Côté motivations, elles sont plurielles. D’un point de vue économique, le partage des infrastructures peut offrir de nouveaux services aux utilisateurs initiaux de l’équipement ou apporter un revenu complémentaire au propriétaire de l’infrastructure. Pensons par exemple à l’installation d’un restaurant et à l’aménagement d’un auditorium pour la tenue de conférences dans un siège social d’entreprise. Dans un autre exemple, ouvrir les équipements sportifs d’un collège à un public associatif hors du temps scolaire (comme dans le dispositif « 1 Clic 1 salle » proposé par le département de l’Isère), c’est aussi étendre son offre et rationaliser les équipements pour les collectivités.

Le partage peut aussi viser une finalité environnementale. Il constitue une réponse à la nécessaire intensification du bâti et des usages liés à la loi zéro artificialisation nette des sols, à l’impact environnemental de la construction, et à la vacance du bâti. Partager un espace déjà chauffé et vacant en soirée ou week-end, c’est diminuer son empreinte environnementale en optimisant l’usage du lieu et donc de l’énergie dépensée. On peut ainsi citer l’exemple, à la fois thérapeutique et poétique, du jardin partagé situé sur le toit de l’hôpital Robert Debré à Paris.

D’un point de vue social, le partage des infrastructures peut répondre à des enjeux de dynamisation des liens sociaux et de rencontres entre publics a priori éloignés les uns des autres (par exemple entre les utilisateurs de la Maison des réfugiés et ceux de la Médiathèque James Baldwin à Paris).

Des défis qui peuvent être relevés

Mais le partage des infrastructures soulève de nombreuses questions pratiques : l’espace sera-t-il utilisé pour un même usage ? Au même moment ? À quels points les publics auront-ils des caractéristiques similaires et pourront-ils cohabiter dans un même espace ? Le public concerné nécessitera-t-il un accompagnement spécifique ? En fonction des visées du partage, différents défis techniques, réglementaires, organisationnels et relationnels peuvent émerger.

Les défis techniques et réglementaires peuvent être nombreux mais ne sont pas indépassables : conformité des établissements recevant du public ou des locaux professionnels, assurance, contrôle d’accès, sécurité intrusion et incendie, entretien de l’espace et limitation des nuisances sonores. Par exemple, la question des alarmes anti-intrusions et d’alerte incendie sont souvent un frein pour permettre des accès à des horaires différenciés pour différents types d’utilisateurs. Néanmoins, certains porteurs de projet – comme l’association les Bureaux du Coeur ou la coopérative d’urbanisme transitoire Plateau Urbain – ont développé des outils ad hoc (clauses assurantielles, partenariats) pour lever ces obstacles pratiques.

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D’importants défis organisationnels

Les défis organisationnels et relationnels sont les plus vastes : accueil et orientation du public, médiation, prise en charge adaptée des publics spécifiques ou fragiles, type de gouvernance choisie. Il s’agira de trancher selon les objectifs du partage de l’infrastructure. Toutefois, lorsque la volonté de créer des synergies avec l’écosystème ou entre publics est forte dans le projet, une réflexion sur l’animation du lieu et la médiation, voire sur la gouvernance, est incontournable. Ce sont certainement les projets les plus complexes. Mais ils portent une forte ambition sociale de produire du lien entre différents acteurs sociaux.

Au plan de la gouvernance, nous observons dans nos recherches plusieurs grandes orientations. Pour offrir de nouvelles possibilités à son public par l’hybridation ou la mutualisation, le pilotage reste souvent entre les mains du propriétaire de l’infrastructure. On parle alors de gouvernance centralisée, comme c’est par exemple le cas pour le B’Twin Village de Décathlon.

Grenoble école de management.

Ouvrir la gouvernance

Toutefois, le risque d’un contrôle trop centralisé peut être de faire des partenaires et des utilisateurs du lieu des seuls consommateurs d’espace. Les porteurs de projet peuvent alors penser des formes de participation qui enrichissent leur rapport au lieu, à l’infrastructure, sur le modèle d’une gouvernance ouverte, voire partagée. Ces gouvernances incluent davantage les utilisateurs dans la conception ou l’animation du lieu.

Par exemple, on peut choisir de créer une structure ad-hoc qui pilote et anime le partage. Ces choix de gouvernance plus collaborative ont par exemple été ceux de l’Ehpad La Seigneurie à Pantin. Ce tiers-lieu est piloté par une association qui regroupe des membres de familles de résidents, des salariés, des sympathisants. Ces derniers s’impliquent dans la gestion de l’activité de restauration, ou encore discutent la programmation du lieu avec la coordinatrice du tiers-lieu.

Dans ces expérimentations en cours, apprendre des tactiques et réponses développées par les acteurs et actrices est une ressource essentielle. Ainsi, face à la crise systémique en cours, le partage des infrastructures apparaît pour les organisations comme un levier bienvenu pour diminuer leur empreinte environnementale et améliorer leur impact social.

La chaire Territoires en transition de Grenoble Ecole de Management est soutenue par différents partenaires dont le Département de l’Isère qui est mentionné dans cet article.

La chaire Territoires en transition de Grenoble Ecole de Management est soutenue par différents partenaires dont le Département de l’Isère qui est mentionné dans cet article.

“La chaire Territoires en transition de Grenoble Ecole de Management est soutenue par différents partenaires dont le Département de l’Isère qui est mentionné dans cet article.

ref. Bureaux, crèches, Ehpad… : bienvenue dans l’ère des infrastructures hybrides – https://theconversation.com/bureaux-creches-ehpad-bienvenue-dans-lere-des-infrastructures-hybrides-249210

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