Source: Republic of France in French La République française a publié la déclaration suivante:
Laborantine – Source : Service d’information du Gouvernement
Laborantine – Service d’information du Gouvernement
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Service d’information du Gouvernement
Sur quoi portent aujourd’hui les principaux travaux de recherche pour améliorer les capacités cognitives des personnes atteintes du syndrome de Down (Trisomie 21) ?
De nombreux essais cliniques sont en cours dans le monde, dont deux actuellement en France. Depuis la découverte dans les années 60 d’un chromosome surnuméraire dans le syndrome de Down, et son séquençage complet en 2 000, nous avons fait de grands progrès dans la connaissance des quelques 300 gènes qui le constituent. Parmi ceux-ci, le gène DYRK1A a fait l’objet de plusieurs études. La dernière en date est conduite par une société de biotechnologie bretonne, Perha Pharmaceuticals, qui teste un médicament qui, en inhibant les effets de ce gène, améliorerait les capacités cognitives.
Y-a-t-il d’autres pistes que la piste génétique ?
D’autres travaux portent sur un neurotransmetteur, GABA (pour gamma-aminobutyric acid), présent en excès dans le cerveau des personnes atteintes de Trisomie 21. L’hypothèse testée est qu’en diminuant l’excès de GABA, on parvienne à améliorer le fonctionnement du cerveau et restaurer les déficits cognitifs. Dès 2011, mon équipe, à l’Institut du cerveau, a montré, chez une souris porteuse de T21, les effets thérapeutiques d’une molécule bloquant l’effet du neurotransmetteur GABA. Une des pistes explorées aujourd’hui concerne un récepteur particulier, appelé CB1. Une société de biotechnologie bordelaise, Aelis Farma, a développé une molécule qui inhibe ce récepteur spécifique. Une première étude clinique sur 29 adultes porteurs de trisomie 21 a montré une amélioration de leurs capacités comportementales et cognitives. Une étude internationale doit maintenant confirmer ces résultats. Enfin, une équipe franco-suisse, Inserm et centre hospitalier universitaire vaudois, a mené une étude pilote sur l’effet de l’injection d’une hormone, la GnRH, dont les mécanismes de production sont dérégulés chez les personnes atteintes de T21, sur leurs fonctions cognitives, avec des résultats prometteurs chez les patients traités pendant 6 mois. Si, pour le moment, il n’existe pas de traitement médicamenteux disponible, les progrès de la recherche sont tels qu’il est permis d’imaginer en voir bientôt arriver sur le marché.
La stimulation constante des personnes porteuses de trisomie 21 est une source d’amélioration importante.
Marie-Claude Potier
Docteure en pharmacie et en neuropharmacologie
Des thérapies non-médicamenteuses sont-elles efficaces ?
À ce jour, ce sont les seules qui fonctionnent. La stimulation constante des personnes porteuses de trisomie 21 est une source d’amélioration importante. Ainsi, les thérapies comportementales, l’ergothérapie et une activité physique adaptée sont des sources de progrès. Une attention particulière doit être portée à la nutrition pour limiter les risques de diabète et d’obésité. Par ailleurs, en raison de leur vulnérabilité accrue aux maladies, les personnes atteintes de Trisomie 21 doivent avoir un suivi médical renforcé. On sait que le sommeil est indispensable aux bonnes performances cognitives. Or, les personnes atteintes de T21 sont particulièrement exposées au syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). Dans une récente étude, une équipe de l’hôpital Necker a montré les bénéfices du dépistage et de la prise en charge précoces de ce syndrome, par une chirurgie des voies aériennes supérieures, sur le développement intellectuel et comportemental des enfants porteurs de T21.
Quels sont les liens entre trisomie 21 et maladie d’Alzheimer ?
Les personnes avec T21 ont un risque très élevé de développer de manière précoce une maladie d’Alzheimer. En effet, le gène précurseur des peptides amyloïdes, APP, responsables des lésions spécifiques de cette maladie, se trouve sur le chromosome 21, que les personnes atteintes de T21 en possèdent en trois exemplaires. Pendant longtemps ces patients étaient systématiquement exclus des essais cliniques sur les traitements contre la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, avec l’autorisation aux États-Unis et en Europe, d’immunothérapie par anticorps anti-amyloïdes, nous avons bon espoir qu’un essai clinique les incluant soit autorisé en France. Un laboratoire suisse, AC Immune, est en train d’évaluer l’efficacité d’un vaccin expérimental contre ces peptides amyloïdes, et donc contre la maladie d’Alzheimer. Il prévoit d’ouvrir sa cohorte aux personnes porteuses de T21.
Que nous apportent les recherches sur la trisomie 21 ?
Inclure ces patients dans les essais cliniques présente le double avantage de mesurer rapidement l’efficacité des traitements sur les maladies neurodégénératives de type Alzheimer et de leur faire bénéficier de traitements qui vont significativement améliorer leur qualité de vie. Il y a beaucoup à apprendre des personnes atteintes de T21 : on sait par exemple qu’elles sont moins affectées par les maladies cardio-vasculaires que la population générale et présentent de plus faibles taux de cholestérol. Qu’elles soient cliniques ou fondamentales, les recherches sur la Trisomie 21 doivent s’appuyer sur une collaboration internationale et des études à grande échelle. Nous n’allons pas trouver demain une molécule qui améliorera d’un coup les performances cognitives ni le moyen de supprimer le chromosome surnuméraire, mais nous allons bientôt être en mesure, en combinant plusieurs cibles médicamenteuses, d’améliorer significativement la qualité de vie des personnes atteintes de T21. Et étendre ces bénéfices aux personnes souffrant d’autres pathologies, notamment neurodégénératives ou inflammatoires.