Source: The Conversation – in French – By Sunil Johal, Professor in Public Policy and Society, University of Toronto
Le 28 avril, les Canadiens voteront aux élections fédérales. Au cœur des débats : comment traiter avec les États-Unis et renforcer la résilience de l’économie canadienne.
La crise du logement, les politiques d’immigration et les défaillances du système de santé sont d’autres sujets de préoccupation majeurs. Mais les politiciens n’aborderont probablement pas en profondeur une question importante et qui influence ces différents enjeux de manière subtile, soit le vieillissement de la population.
La population canadienne est plus vieille que jamais. De 2016 à 2021, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus s’est accru pour atteindre sept millions. D’ici 2040, on prévoit que près d’un quart des Canadiens auront plus de 65 ans.
Il est essentiel que les responsables politiques considèrent de façon proactive la transformation des politiques actuelles du Canada afin de répondre aux besoins d’une population qui vieillit.
Au Centre des politiques publiques de l’Association canadienne de normalisation (CSA), nous avons publié un nouveau rapport qui présente des pistes d’action que les gouvernements fédéral et provinciaux devraient envisager pour l’horizon 2040.
À mesure que la population vieillit, les Canadiens devront repenser leur lieu de vie, modifier leur conception de la santé et des services de soins, et adopter une approche pansociétale. Cela permettra de faire progresser les changements de culture autour de l’expérience du vieillissement.
Une retraite précaire
Dans les années à venir, les baby-boomers seront de plus en plus nombreux à prendre leur retraite. Cette situation entraînera une diminution de la productivité du travail et la réduction de l’assiette de l’impôt sur le revenu, qui finance les services publics de base.
Parallèlement, notre système de soins de santé, déjà mis à rude épreuve, devra faire l’objet d’investissements importants pour répondre aux besoins des personnes âgées atteintes de maladies chroniques. Le coût moyen des soins de santé s’élève à environ 12 000 dollars par personne annuellement pour les plus de 65 ans, contre seulement 2 700 dollars pour les moins de 65 ans.
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De même, la qualité du système canadien de soins de longue durée décline depuis des années. Sachant qu’une majorité de Canadiens préfèrent vieillir à la maison, une réorientation des politiques est devenue une priorité afin que les personnes âgées puissent vieillir chez elles.
Cette situation soulève d’importantes questions concernant l’isolement social, l’accessibilité de l’environnement bâti canadien, la pertinence des options de logement sur le marché, ainsi que la disponibilité et le coût des services.
Selon un récent sondage, 95 % des Canadiens de plus de 45 ans estiment que vieillir à la maison leur permettrait de conserver leur indépendance, leur confort et leur dignité. Pourtant, ils ne sont que 12 % à déclarer disposer des fonds nécessaires pour recevoir des soins à domicile adéquats.
En l’absence d’une réforme politique mûrement réfléchie, des disparités importantes risquent d’apparaître dans les années à venir en matière de santé, de sécurité financière et d’inclusion sociale chez les personnes âgées.
Pour une équité intergénérationnelle
On a tendance à penser que les baby-boomers profiteront d’une retraite aisée, avec de bonnes pensions et de nombreux loisirs. Si tel est le cas pour ceux qui ont accumulé des richesses ou qui en ont hérité, d’autres risquent toutefois de vivre dans la pauvreté et l’itinérance.
Environ 30 % des personnes fréquentant des refuges au Canada sont âgées de 50 ans ou plus. En outre, de nombreuses personnes dans cette catégorie d’âge sont sans abri ou sont en situation d’itinérance cachée.
Les gouvernements, qui disposent de ressources limitées, devront relever le défi de répondre aux besoins des Canadiens âgés, tout en veillant à ce que les jeunes puissent également bien vivre. Les jeunes sont confrontés à un marché du logement qui leur semble inaccessible et beaucoup d’entre eux reportent la décision de fonder une famille en raison du coût de la vie.
Cinquante-cinq pour cent des Canadiens âgés de 25 à 44 ans déclarent que la hausse des prix affecte grandement leur capacité d’assumer leurs dépenses quotidiennes. Pour trouver un équilibre entre les besoins des différentes générations, nous devrons adopter de nouvelles pratiques, réaliser des investissements stratégiques et opérer des changements culturels profonds.
Regarder devant
Cela signifie que, devant des décisions difficiles, les ressources devront être allouées aux personnes qui en ont le plus besoin. Ainsi, certains réclament qu’on améliore l’équité de la Sécurité de la vieillesse (SV), qui devrait coûter 96 milliards de dollars par an d’ici 2027, et qu’on abaisse les seuils de revenu pour y être admissible.
À la différence du Supplément de revenu garanti, qui est destiné aux Canadiens à faible revenu âgés de 65 ans et plus, la SV est également proposée aux ménages dont le revenu annuel est supérieur à 300 000 dollars.
De même, des chèques pourraient être émis pour aider les Canadiens à payer des frais tels que les soins de longue durée ou les services de soins à domicile. L’admissibilité à ce type de programmes devrait être évaluée en fonction du revenu et de la richesse, sachant que l’accès à la propriété constitue un facteur important pour quelqu’un souhaitant maintenir son niveau de vie à la retraite.
Pour garantir des résultats équitables, les décisions devraient être prises en considérant la participation significative de toutes les voix autour de la table, y compris celles des générations les plus âgées et les plus jeunes ainsi que des personnes aux expériences de vie diverses. Le dialogue intergénérationnel peut aider les différents groupes d’âge à comprendre les défis auxquels ils sont confrontés, à collaborer pour trouver des solutions et, en fin de compte, à œuvrer en faveur de la solidarité et à repenser ce que signifie le fait de vieillir.
Au moment où les Canadiens sont appelés aux urnes, nous devrions tous réfléchir à l’avenir que nous souhaitons pour nous-mêmes et pour nos communautés à mesure que nous vieillissons. En réalisant aujourd’hui des investissements stratégiques pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées, nous jetterons des bases solides pour les générations futures.
Sunil Johal est est vice-président, Politiques publiques, du Groupe CSA et dirige le Centre des politiques publiques de CSA.
– ref. La population canadienne vieillit : l’enjeu électoral dont on ne parle pas – https://theconversation.com/la-population-canadienne-vieillit-lenjeu-electoral-dont-on-ne-parle-pas-254148
