Source: The Conversation – in French – By Gabrielle Bardall, Professeure adjointe et candidate à la Chaire de recherche du Canada sur les femmes, la démocratie et le pouvoir dans la Francophonie, Université Sainte-Anne
Le 28 avril, cent trois femmes ont été élues à la Chambre des communes, représentant le tiers des députés, en légère baisse depuis 2021 (-0,9 %). Mais le nombre de femmes élues sous la bannière du partu au pouvoir, les libéraux, a cependant augmenté de 5 %, représentant presque 40 % de leur députation.
Dans le contexte d’une élection mouvementée, la représentation des femmes au Parlement canadien reflète une certaine stabilité, sans pour autant afficher une progression positive vers la parité.
Il y a eu moins de candidates que lors de la dernière élection. Par ailleurs, il y a des différences importantes entre les comportements des différents partis et dans les régions du pays en matière de représentation des femmes.
Ces chiffres font écho à des dynamiques que j’observe depuis deux décennies. Professeure adjointe à l’Université Sainte-Anne, je travaille depuis 20 ans sur la participation politique des femmes dans plus de 60 pays avec diverses organisations internationales. Cette expérience m’amène à replacer les données canadiennes dans un contexte global, où les avancées sont souvent fragiles et inégalement réparties.
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Malgré un nombre record de femmes élues, le Canada est loin de la parité
Baisse de six points en un cycle électoral
Les élections fédérales canadiennes se sont déroulées dans une atmosphère délétère, marquée par une politique états-unienne oppressive. L’enjeu du genre, au cœur du programme de Trump, est resté marginal lors de la campagne.
D’après nos calculs et ceux de la Bibliothèque du Parlement, en 2025, les femmes et les personnes non-binaires n’étaient plus que 32 % des candidats (contre 38 % en 2021 — une baisse de 6 points en seulement un cycle électoral, ce qui est de mauvais augure pour les observateurs.
Trois des principaux partis ont enregistré une baisse significative du nombre de femmes sur leurs listes électorales (-8 % pour les libéraux, -11 % pour les conservateurs, et -8 % pour le Bloc québécois). Malgré cela, les grands partis comptaient encore 36 % de candidates, contre 23 % pour les petits partis. Les candidates indépendantes non affiliées à un parti politique représentaient 15 % des candidatures globales, mais 29 % du mouvement de protestation dans la circonscription de Carleton.
Plus de candidates pour le Bloc, mais moins de chances d’être élues
La baisse des résultats globaux s’explique par trois facteurs.
D’abord, les conservateurs ont nommé proportionnellement moins de candidates (22 %), ce qui a conduit à un résultat pratiquement inévitable, à savoir la plus faible proportion de femmes élues par un parti fédéral (18 % des députés conservateurs).
Puis, les partis progressistes tels que le NPD et les Verts ont subi des pertes importantes, les électeurs se tournant vers les libéraux, jugés plus aptes à contrer Trump. Ils ont emporté avec eux leurs listes de candidats soigneusement élaborées en faveur de l’égalité des sexes (51 % pour le NPD, 38 % pour les Verts).
Enfin, et c’est peut-être le plus révélateur : le Bloc Québécois a présenté plus de femmes candidates que tout autre grand parti (40 %), à l’exception du NPD, mais n’a élu que 22 % de femmes au total (soit 5 des 23 députés élus). Cela représente une baisse de 14,6 % par rapport à 2021.
Comment expliquer que les libéraux aient élu une plus grande proportion de femmes, alors que les femmes bloquistes ont si peu percé ? Nous attribuons cela à plusieurs facteurs : d’abord, les libéraux ont présenté plus de femmes candidates qui avaient déjà un siège ou dans des circonscriptions où le parti était déjà au pouvoir. Presque la moitié des candidates libérales bénéficiaient de cet avantage contrairement à un tiers chez le Bloc.
Ces femmes ont également obtenu de meilleurs résultats : 91 % des femmes libérales avec cet avantage ont gagné, contre seulement 45 % au Bloc. Deuxièmement, bien que le pourcentage de femmes candidates demeure élevé, celles-ci se retrouvaient souvent dans des circonscriptions où la probabilité de victoire était moins probable. Soixante-cinq pour cent des candidates du Bloc se présentaient comme challenger dans les circonscriptions qui n’étaient pas détenues par le Bloc. Aucune d’entre elles n’a gagné.
Des divergences géographiques
Les principaux partis ont proposé la plus grande proportion de candidates en Ontario (41 %), à l’Île-du-Prince-Édouard (38 %), en Nouvelle-Écosse (37 %) et au Québec (37 %), et le moins au Nouveau-Brunswick (25 %), en Alberta (31 %) et en Colombie-Britannique (32 %).
Deux provinces maritimes ont connu des revers importants. Le Nouveau-Brunswick a envoyé neuf hommes sur dix députés à Ottawa. L’Île-du-Prince-Édouard détient toujours la triste distinction d’être la seule province à ne compter que des hommes dans sa délégation parlementaire, malgré la proportion relativement élevée de femmes candidates. Ce qui signifie qu’il s’est écoulé plus d’une décennie depuis qu’une femme a été envoyée à Ottawa.
Un engagement en faveur de l’égalité entre les sexes qui reste fort, malgré des progrès fragiles
Alors, faut-il s’inquiéter de la stagnation du progrès vers la parité lors des élections d’avril ? Je ne le pense pas. Le vote anti-Trump, qui a marqué cette élection historique, constitue un rejet clair de l’agenda MAGA sous toutes ses formes — y compris sa misogynie violente, son homophobie et sa transphobie. En affirmant son identité nationale en contraste de ces valeurs, le Canada renforce son engagement envers les droits humains.
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En effet, le Canada est désormais bien placé pour renforcer son leadership mondial de défense des droits de la personne à un moment où les États-Unis se désengagent.
Le Canada dispose d’une base puissante pour assumer un rôle de chef de file dans ce domaine. Il s’est récemment engagé en faveur du Programme d’action Beijing+30, une initiative qui marque le 30e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, adoptés par 189 pays en 1995 pour faire progresser les droits des femmes dans des domaines clés comme le pouvoir et la prise de décision.
Dans le même esprit, le pays a lancé son troisième Plan d’action national pour les femmes, la paix et la sécurité, couvrant la période 2023–2029, qui vise à renforcer la participation des femmes dans les processus de paix et de gouvernance, ici et à l’étranger. Le Canada réaffirme ainsi son engagement envers l’égalité des genres, tant sur la scène nationale qu’internationale.
Cela dit, des défis importants persistent. Le Canada ne dépasse que légèrement la moyenne mondiale de représentation féminine (27,2 %) et reste en deçà du rythme global de progression. Depuis 2000, la représentation des femmes au Parlement canadien a connu un recul à plusieurs reprises, illustrant une avancée inégale. Les disparités entre les partis et les régions demeurent préoccupantes. Enfin, au rythme actuel, il faudrait encore plus de deux siècles pour atteindre la parité — une absurdité flagrante.
L’engagement en faveur de l’égalité politique entre les sexes reste fort au Canada, bien que les progrès soient lents et fragiles. À la suite de ses élections, le Canada est bien placé pour les défendre dans un contexte politique mondial incertain.
Matéo Schmitt a contribué à cet article en tant que coauteur. Étudiant français à l’Université Sainte-Anne, ses recherches portent sur l’inclusion dans l’éducation et l’égalité des sexes.
Gabrielle Bardall a reçu une subvention interne en sciences humaines de l’Université Sainte-Anne, soutenue par une subvention institutionnelle du CRSH.
– ref. Lendemains d’élections fédérales : des reculs et des avancées pour la parité – https://theconversation.com/lendemains-delections-federales-des-reculs-et-des-avancees-pour-la-parite-255676
