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Un administrateur de la Banque africaine de développement appelle à un « nouveau pacte de développement » lors du Forum Afrique-Caraïbes sur les…

Un administrateur de la Banque africaine de développement appelle à un « nouveau pacte de développement » lors du Forum Afrique-Caraïbes sur les…

Source: African Development Bank Group in French

Rufus N. Darkortey, administrateur du Groupe de la Banque africaine de développement, a lancé un puissant appel à l’action aux pays d’Afrique et des Caraïbes pour qu’ils « réinventent la croissance économique » grâce à des solutions locales audacieuses et innovantes, lors d’un discours liminaire prononcé le mois dernier au Forum Afrique-Caraïbes sur les infrastructures.

S’exprimant lors de cette réunion de haut niveau organisée en marge des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, le 25 avril à Washington DC, M. Darkortey a présenté une vision pour un « nouveau pacte de développement » axé sur la mobilisation des ressources nationales et le développement du secteur privé afin d’accélérer leur transition du statut de pays à faible revenu à celui de pays à revenu intermédiaire.

« Si nous ne modifions pas le modèle actuel de financement du développement, les pays d’Afrique et des Caraïbes pourraient rester prisonniers du statut de pays à faible revenu pendant cent ans encore », a déclaré M. Darkortey aux participants réunis au Ronald Reagan Building. Sa circonscription à la Banque couvre le Liberia, le Ghana, la Sierra Leone, la Gambie et le Soudan. « Mais grâce à des réformes intelligentes et courageuses et à un regain d’intérêt pour les solutions locales, nous pouvons accélérer cette transformation en seulement 30 à 50 ans, comme l’ont fait les Tigres asiatiques », a-t-il ajouté.

Le forum, co-organisé par SmartDev et Africa Canada Trade and Investment Venture (ACTIV), a réuni des décideurs politiques de haut niveau, des responsables du financement du développement et des acteurs du secteur privé, dont le ministre haïtien des Finances, Alfred Fils Metellus, afin d’élaborer un nouveau programme pour le financement des infrastructures et la croissance inclusive.

Pour M. Darkortey, la croissance durable passe par la mise en place d’économies nationales solides, portées par la mobilisation des ressources locales et le développement du secteur privé. « Nous devons élargir la marge de manœuvre budgétaire, moderniser la gestion des finances publiques et renforcer les acteurs du secteur privé national, en particulier les PME, qui représentent plus de 90 % des entreprises en Afrique », a-t-il expliqué.

Stimuler les recettes intérieures et soutenir les entreprises locales peut libérer des capitaux internes pour le développement dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures, tout en améliorant la viabilité de la dette souveraine, selon M. Darkortey : « Cette approche est essentielle pour transformer les pays à faible revenu en économies à revenu intermédiaire et élevé, briser le cycle de la pauvreté et autonomiser les jeunes, les femmes et les communautés fragiles. »

L’administrateur de la Banque africaine de développement a présenté des statistiques illustrant les écarts de développement : malgré l’ajout de 1,9 million de kilomètres de routes depuis 1995, seulement 30 % des routes africaines sont asphaltées, contre 92 % en Asie de l’Est. L’accès à l’électricité reste limité à 58 % en Afrique et à 82 % dans les Caraïbes.

Les modèles d’investissement reflètent ces défis. L’Afrique n’investit que 3,1 % de son PIB dans les infrastructures, dont 12 % proviennent de sources privées, tandis que les Caraïbes y consacrent 2,5 %, avec seulement 5 % de financement privé. En comparaison, les pays asiatiques investissent 8 % de leur PIB, dont 42 % proviennent de partenaires du secteur privé.

M. Darkortey a identifié trois obstacles structurels au développement : la faiblesse des secteurs privés nationaux, la domination étrangère des industries clés et la faiblesse du recouvrement des recettes fiscales. Il a proposé plusieurs approches de partenariat public-privé (PPP) pour combler les déficits de financement : une aide basée sur les résultats et liée aux résultats obtenus, des accords de construction-exploitation-transfert d’infrastructures, des mécanismes de financement mixte combinant capitaux publics et privés, des zones économiques spéciales avec des incitations à l’investissement ciblées et des programmes de remboursement progressif garantis par l’État pour les PME.

« Il ne s’agit pas de modèles empruntés, mais d’outils qui fonctionnent déjà dans le monde entier », a-t-il assuré.

M. Darkortey a appelé les pays d’Afrique et des Caraïbes à s’inspirer des modèles de développement réussis du Vietnam, du Bangladesh, de l’Éthiopie et de la République dominicaine pour comprendre que la transformation est possible. Les exportations annuelles du Vietnam s’élèvent aujourd’hui à 370 milliards de dollars. Le Bangladesh a développé une industrie textile de 42 milliards de dollars et sorti 25 millions de personnes de la pauvreté. L’Éthiopie a multiplié ses exportations par six et étendu son réseau routier de 8 % à 65 %. La République dominicaine a fait passer son PIB par habitant de 1 500 dollars à plus de 11 000 dollars.

« Que ce siècle ne soit pas marqué par la dépendance à l’aide, mais par la mobilisation des capitaux nationaux, l’innovation portée par les PME et le développement économique et infrastructurel souverain », a-t-il appelé.

M. Darkortey a également mis en avant des projets financés par la Banque africaine de développement, dont le projet « Desert to Power », qui vise à fournir de l’énergie renouvelable à 250 millions de personnes dans le Sahel, et le soutien de la Banque à la transformation de l’Éthiopie en exportateur net de blé, ainsi que les stratégies de financement qui stimulent la transformation et le développement de l’Afrique.

Le forum a réuni un panel d’experts éminents, dont le vice-président de la Banque de développement des Caraïbes, Isaac Solomon, l’ambassadeur de la Zambie aux États-Unis, Chibamba Kanyama, et des représentants de haut rang de la Fondation Gates et du Groupe de la Banque mondiale.

La table ronde, animée par Carline Noailles, cofondatrice et associée directrice de JESCA Solutions, a offert des perspectives approfondies sur la mobilisation des capitaux privés et le développement des PPP. Dans l’ensemble, le forum a brossé un tableau riche des possibilités qui s’offrent lorsque les politiques publiques et les entreprises privées s’alignent pour poursuivre des objectifs communs.

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