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Un quart de l’humanité est adolescent : un rapport présente les tendances en matière de santé et de bien-être

Un quart de l’humanité est adolescent : un rapport présente les tendances en matière de santé et de bien-être

Source: The Conversation – in French – By Alex Ezeh, Dornsife Endowed Professor of Global Health, Drexel University

La revue scientifique The Lancet a publié récemment son deuxième rapport mondial sur la santé et le bien-être des adolescents. Les adolescents y sont définis comme des personnes âgées de 10 à 24 ans. Le rapport s’appuie sur son prédécesseur, réalisé en 2016.

Ce nouveau rapport présente des recherches substantielles et originales qui étayent les mesures qu’il recommande de prendre dans tous les secteurs, au niveau mondial, régional, national et local. Les coprésidents de la Commission qui a rédigé ce rapport – Sarah Baird, Alex Ezeh et Russell Viner –, ainsi que la responsable des jeunes commissaires, Shakira Choonara, présentent pour The Conversation les conclusions de ce rapport.

Quelles sont les principales conclusions de votre rapport ?

Il note des améliorations significatives dans certains aspects de la santé et du bien-être des adolescents depuis le rapport de 2016. Il s’agit notamment de la réduction :

  • des maladies transmissibles, maternelles et nutritionnelles, en particulier chez les adolescentes;

  • du fardeau des maladies liées aux blessures;

  • de la consommation de substances, en particulier le tabac et l’alcool;

  • des grossesses chez les adolescentes.

Il constate également une augmentation de l’âge du premier mariage et du niveau d’éducation global, en particulier chez les jeunes femmes.

Malgré ces progrès notables, la santé et le bien-être des adolescents apparaissent à un tournant. La poursuite des progrès relevés est compromise par l’augmentation rapide du taux de maladies non transmissibles et de celui des troubles mentaux, dans un contexte de menaces globales aggravantes et interdépendantes. Il s’agit notamment du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, de l’influence croissante du commerce sur la santé, de la multiplication des conflits à travers le monde et des déplacements de population, de l’urbanisation rapide et des conséquences de la pandémie de COVID-19.

Or ces “mégatendances” dépassent les capacités de réaction des gouvernements nationaux et de la communauté internationale.

Qu’est-ce qui caractérise la cohorte d’adolescents d’aujourd’hui ?

Nés entre 2000 et 2014, ils constituent la première génération d’êtres humains qui vivront toute leur vie à une époque où la température mondiale moyenne annuelle sera constamment supérieure de 0,5 °C au moins à celle de l’ère préindustrielle.

Avec environ 2 milliards d’individus, ils constituent la plus grande cohorte d’adolescents de l’histoire de l’humanité. Et ce nombre ne sera pas dépassé, même dans les pays les plus pauvres, en raison du vieillissement de la population et de la baisse des taux de fécondité.

Ils constituent aussi la première génération de natifs numériques à l’échelle mondiale. Ils vivent dans un monde aux ressources et aux possibilités immenses, avec une connectivité sans précédent rendue possible par l’expansion rapide des technologies numériques. Cela vaut même pour les endroits les plus difficiles d’accès.

La participation croissante à l’enseignement secondaire et supérieur offre aux adolescents de tous les sexes de nouvelles opportunités économiques et des voies pour sortir de la pauvreté.

Cependant, la plupart des adolescents ne profitent pas de ces opportunités. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à grandir dans des environnements où les possibilités sont limitées. En outre, les investissements dans la santé et le bien-être des adolescents restent insuffisants par rapport à leur part dans la population ou à leur part dans la charge mondiale de morbidité.

Les investissements concernant les adolescents ne représentaient que 2,4 % de l’aide totale au développement pour la santé en 2016-2021. Et ce, bien qu’ils représentaient 25,2 % de la population mondiale au cours de cette période et 9,1 % de la charge mondiale de morbidité. Nous utilisons l’aide au développement comme indicateur car, si les gouvernements investissent également dans les adolescents, il est difficile de quantifier ces investissements. Par exemple, lorsqu’un gouvernement soutient un établissement de santé, celui-ci dessert l’ensemble de la population.

Néanmoins, le rapport montre bien que le retour sur investissement dans la santé et le bien-être des adolescents est très rentable et équivalent à celui des investissements menés pour les enfants.

Quelles sont les enseignements pour les adolescents en Afrique ?

Le rapport reconnaît la place particulière de l’Afrique dans l’avenir mondial des adolescents. Il note que d’ici la fin de ce siècle, près de la moitié des adolescents de la planète vivront en Afrique.

Or actuellement, les adolescents du continent africain sont plus touchés par les maladies transmissibles, maternelles et nutritionnelles, avec un taux deux fois plus élevé que la moyenne mondiale, tant chez les garçons que chez les filles. Ils présentent également une prévalence plus élevée de l’anémie, des grossesses précoces, des mariages précoces et de l’infection par le VIH. Par ailleurs, ils ont beaucoup moins de chances d’achever leurs 12 années de scolarité que les autres et sont davantage susceptibles de ne pas être scolarisés, employés ou formés.

Les adolescentes d’Afrique subsaharienne ont le taux de fécondité le plus élevé, avec 99,4 naissances pour 1 000 adolescentes âgées de 15 à 19 ans. A rapport à la moyenne mondiale, qui est de 41,8. Elles ont également connu la baisse la plus lente entre 2016 et 2022.

À l’échelle mondiale, des progrès ont été réalisés sur le plan de la réduction des mariages précoces entre 2016 et 2022. Cependant, en 2022, dans huit pays au moins une adolescente sur trois âgée de 15 à 19 ans était mariée. Tous ces pays, sauf un, se situaient en Afrique subsaharienne. Le Niger (50,2 %) et le Mali (40,6 %) affichaient les taux les plus élevés d’adolescentes mariées.

En revanche, la pratique du mariage des enfants est en recul en Asie du Sud et se concentre de plus en plus en Afrique subsaharienne. Comme le souligne le rapport :

Elle persiste en raison de normes culturelles, alimentées par les difficultés économiques, les insurrections, les conflits, l’ambiguïté des dispositions légales et le manque de volonté politique pour faire respecter ces dispositions.

Quels devraient être, selon vous, les domaines d’action prioritaires de l’Afrique ?

Au-delà des préoccupations liées à la santé sexuelle et reproductive des adolescents en Afrique subsaharienne, l’obésité connaît une augmentation rapide dans la région. Cela illustre la vulnérabilité des adolescents face au pouvoir des intérêts commerciaux.

Depuis 1990, la prévalence de l’obésité et du surpoids a augmenté de 89 % chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans en Afrique subsaharienne. Il s’agit de la plus forte augmentation régionale.

L’absence de données sur les adolescents est un vrai problème. Par exemple, les données sur la santé mentale des adolescents en Afrique subsaharienne sont pratiquement inexistantes.

Des systèmes de données plus solides sont nécessaires pour comprendre et suivre les progrès réalisés sur l’ensemble complexe de déterminants de la santé et du bien-être des adolescents.

Les inégalités massives au sein des pays, souvent liées au genre ou à la géographie, constituent un autre sujet de préoccupation. Alors que les adolescentes au Kenya connaissent une baisse substantielle de la charge du VIH et des infections sexuellement transmissibles, les adolescents sont de plus en plus touchés. En Afrique du Sud, les années de vie en bonne santé perdues en raison de troubles maternels varient de plus de dix fois entre la province du Cap-Occidental et celle du Nord-Ouest.

Là où un leadership politique fort a été exercé, des changements remarquables ont été observés. Prenons l’exemple de la République du Bénin. Le taux de fécondité des adolescentes dans le pays est passé de 26 % en 1996 à 20 % en 2018 et le mariage des enfants de 39 % à 31 % au cours de la même période. Un leadership politique fort a également permis de réduire considérablement les mutilations génitales féminines ou l’excision. Cette pratique est passée de 12 % des filles au Bénin en 2001 à 2 % en 2011-2012 parmi les filles âgées de 15 à 19 ans en République du Bénin. Le leadership politique a également facilité l’élargissement, par le parlement national en 2021, des motifs pour lesquels les femmes, les filles et leurs familles peuvent avoir accès à un avortement sûr et légal.

Mais chaque fois qu’un pays prend des mesures positives pour protéger la santé et le bien-être des adolescents, plusieurs autres reculent.

La dernière décennie a été marquée par une régression dans plusieurs pays. En 2024, la Gambie a tenté d’abroger une loi de 2015 criminalisant tous les actes de mutilation génitale féminine ou d’excision. En 2022, le gouvernement fédéral nigérian a ordonné le retrait de l’éducation sexuelle du programme d’enseignement fondamental.

Quelles sont les mesures recommandées dans votre rapport ?

Nous préconisons une approche multisectorielle impliquant plusieurs ministères et agences nationaux, y compris le bureau du chef de l’État, ainsi que le système des Nations unies.

Les mécanismes de coordination et de responsabilisation en matière de santé et de bien-être des adolescents doivent également être renforcés.

Des lois et des politiques sont nécessaires pour protéger la santé et les droits des adolescents, pour réduire l’impact des déterminants commerciaux de la santé et promouvoir une utilisation saine des espaces et des plateformes numériques et sociaux. Un leadership politique fort aux niveaux local, national et mondial est essentiel.

Le rapport appelle également à des investissements prioritaires, à la création d’environnements propices à la transformation de la santé et du bien-être des adolescents, et à l’élaboration d’approches innovantes pour faire face aux menaces sanitaires complexes et émergentes.

Il appelle à une participation significative des adolescents aux politiques, à la recherche, aux interventions et aux mécanismes de responsabilité qui les concernent.

Sans ces actions concertées, nous risquons de faillir à nos obligations envers nos jeunes et de perdre les investissements réalisés dans l’enfance à ce deuxième moment critique de leur développement.

Le climat actuel défavorable à l’aide internationale touche particulièrement les adolescents, car une grande partie de l’aide au développement est liée au genre et à la santé sexuelle et reproductive. Une action concertée pour améliorer la santé et le bien-être des adolescents est une nécessité urgente pour l’Afrique subsaharienne.

Alex Ezeh est chercheur associé au Stellenbosch Institute for Advanced Study (Stias).

Russell Viner and Sarah Baird do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Un quart de l’humanité est adolescent : un rapport présente les tendances en matière de santé et de bien-être – https://theconversation.com/un-quart-de-lhumanite-est-adolescent-un-rapport-presente-les-tendances-en-matiere-de-sante-et-de-bien-etre-259078

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