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Une tortue de mer peut porter en elle l’équivalent de 10 balles de ping-pong en plastique

Une tortue de mer peut porter en elle l’équivalent de 10 balles de ping-pong en plastique

Source: The Conversation – in French – By Xia (Alice) Zhu, Banting Postdoctoral Fellow, Ocean Sciences, Memorial University of Newfoundland

Les tortues de mer peuvent ingérer des quantités dangereuses de plastique. (Shutterstock)

Chaque année, des milliers, voire des millions de tonnes de plastique se retrouvent dans les océans, sans que l’on connaisse leur destination finale.

Les scientifiques s’efforcent depuis des années d’analyser la situation, en estimant notamment la taille du réservoir de plastique à la surface, dans la colonne d’eau et dans les profondeurs des océans. Cependant, on oublie souvent de prendre en compte les animaux marins.

Tous les animaux peuvent être des réservoirs de pollution, mais pour mieux saisir la quantité de pollution plastique stockée dans la vie océanique, nous avons réalisé une étude de cas pour les tortues de mer.

Les tortues de mer avalent des débris de plastique de formes et de tailles diverses, notamment des granulés de préproduction, de la mousse, des sacs, des feuilles, du matériel de pêche et des emballages alimentaires. L’ingestion de plastique peut avoir différents impacts, tels que sous-alimentation, émaciation et lésions de la muqueuse intestinale. Les tortues de mer peuvent également s’empêtrer dans des filets et des cordages.

Reportage de Scripps News sur les impacts de la pollution plastique sur les tortues de mer.

Espèces vulnérables

Nous nous sommes concentrés sur les tortues de mer, car nous savons qu’elles sont affectées par les déchets plastiques et qu’elles sont sensibles à l’évolution de l’océan. Six des sept espèces de tortues de mer sont classées comme vulnérables, en danger ou en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Pour estimer la quantité de plastique présente dans les tortues de mer, nous avons créé un modèle à partir de données sur leur ingestion de plastique et de facteurs que nous pensons pouvoir prédire celle-ci. Il s’agit de facteurs géographiques, socio-économiques et écologiques.

Nous avons estimé la taille du réservoir mondial pour les tortues vertes femelles, car c’est le groupe pour lequel nous disposions du plus grand nombre de données.

Nous évaluons qu’environ six tonnes de débris plastiques se trouvent à tout moment dans la population de tortues vertes femelles. Cela équivaut approximativement à la pollution plastique contenue dans un camion à ordures.

Sur la base de nos résultats, nous avons également prédit qu’une tortue verte porte en elle jusqu’à 26,4 grammes de plastique en moyenne, soit la masse de dix balles de ping-pong.


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Prédire l’ingestion

L’endroit où vit une tortue est important. Nous avons constaté que les tortues de mer qui sont près de l’équateur sont plus à risque d’accumuler des débris plastiques. Celles qui s’alimentent près de pays dont le statut socio-économique est faible risquent de manger plus de plastique, la gestion des déchets étant influencée par ce statut.

Nous avons également observé que les caractéristiques d’une espèce, notamment sa taille et sa stratégie de recherche de nourriture – où et comment elle trouve de la nourriture – jouaient un rôle.

Les tortues caouannes s’alimentent en haute mer pendant les sept à quinze premières années de leur vie.
(Shutterstock)

Les tortues caouannes, par exemple, sont carnivores et s’alimentent en haute mer pendant les sept à quinze premières années de leur vie, avant de migrer vers les zones côtières proches du rivage.

En revanche, les tortues luths passent la majeure partie de leur vie en haute mer et se nourrissent de proies à corps mous, telles que les méduses et les salpes. Elles peuvent ainsi confondre des ballons avec de la nourriture.

Les tortues vertes, quant à elles, mangent principalement des algues et des herbiers marins et ne vivent que trois à cinq ans en haute mer avant de rejoindre des zones côtières peu profondes où elles restent jusqu’à la fin de leur vie.

Les différents comportements et la taille des tortues marines influencent leur exposition aux débris de plastique ainsi que la quantité de plastique que leur estomac peut contenir à tout moment.

Il est important de comprendre les facteurs qui influencent l’ingestion de plastique afin de déterminer les espèces les plus menacées. Nous avons observé que les tortues luths sont les plus à risque d’en avaler.

La suite des choses

Les tortues de mer subissent les effets de l’évolution des océans, pour laquelle nos déchets plastiques jouent un rôle. La présence constante de plastique dans leur organisme incite à réfléchir aux risques auxquels elles sont exposées.

Chaque année, des milliers, voire des millions de tonnes de plastique finissent dans les océans.
(Shutterstock)

Dans la poursuite de nos recherches, nous étudierons comment la quantité de plastique stockée varie d’une espèce à l’autre et quelle est la quantité totale stockée dans les animaux marins du monde entier.

Nous tenterons également de savoir si les tortues de mer et les animaux marins en général transportent des débris de plastique en se déplaçant, devenant en quelque sorte des convoyeurs dans l’océan.

Appel à l’action

Pour répondre à ces questions, nous devons recueillir davantage de données sur les tortues de mer et d’autres espèces. Nous appelons à une surveillance accrue de ces animaux afin d’améliorer les efforts de modélisation futurs et de documenter les risques. Nous recommandons aussi une surveillance plus poussée des autres espèces et des pratiques normalisées d’établissement de rapports, ainsi qu’une plus grande transparence des données.

Nous espérons que nos résultats démontrent l’importance de l’observation pour combler les lacunes dans les connaissances liées au cycle du plastique dans l’environnement. Ces connaissances pourraient contribuer à l’élaboration d’un traité mondial contre la pollution plastique.

Nous souhaitons également que notre travail serve de base à des actions directes visant à protéger les tortues de mer des effets du plastique et à réduire la quantité de plastique qui pénètre dans les océans.

Xia (Alice) Zhu bénéficie d’une bourse postdoctorale Banting.

Chelsea Rochman bénéficie d’un financement du CRSNG, du ECCC et du MPO.

Matthew Mazloff bénéficie d’un financement de la NASA, de la NOAA, de la NSF et de l’UCSD.

ref. Une tortue de mer peut porter en elle l’équivalent de 10 balles de ping-pong en plastique – https://theconversation.com/une-tortue-de-mer-peut-porter-en-elle-lequivalent-de-10-balles-de-ping-pong-en-plastique-259238

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