Source: The Conversation – in French – By Sven Teske, Prof. Dr. | Research Director, Institute for Sustainable Futures, University of Technology Sydney
Les économies les plus développées du monde sont également celles qui ont brûlé le plus de pétrole et de charbon (combustibles fossiles) au fil des ans, causant ainsi les dommages les plus importants liés au changement climatique. Pour empêcher une aggravation du changement climatique, il faut que les combustibles fossiles soient progressivement éliminés à l’échelle mondiale d’ici 2050.
Les scientifiques spécialisés dans l’atténuation du changement climatique Sven Teske et Saori Miyake ont analysé le potentiel des énergies renouvelables dans chacun des pays du G20. Ils ont conclu que le G20 est en mesure de produire suffisamment d’énergie renouvelable pour approvisionner le monde entier. Pour que les pays africains puissent en bénéficier, ils doivent adopter des plans et des politiques à long terme en matière d’énergies renouvelables. Ils doivent aussi obtenir des financements des pays du G20 afin de mettre en place des systèmes d’énergie renouvelable.
En quoi le rôle du G20 est-il déterminant dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
Le groupe G20 représente 67 % de la population mondiale, 85 % du produit intérieur brut mondial et 75 % du commerce mondial. Les États membres sont les pays du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada), auxquels s’ajoutent l’Australie, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la République de Corée, la Russie, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud, le Mexique, le Brésil et l’Argentine.
Nous avons cherché à déterminer comment les États membres du G20 pourraient limiter le réchauffement climatique. Notre étude a examiné le potentiel solaire et éolien de chacun des pays membres du G20 (les terres disponibles et les conditions solaires et éoliennes). Nous avons ensuite comparé ces données avec les prévisions de la demande en électricité pour 2050. À notre connaissance, il s’agit de la première étude de ce type.
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Nous avons constaté que le potentiel des énergies renouvelables dans les pays du G20 est très élevé, suffisant pour répondre à la demande mondiale en électricité prévue pour 2050. Ils disposent de 33,6 millions de km² de terres sur lesquelles des projets d’énergie solaire pourraient être mis en place, ou de 31,1 millions de km² de terres sur lesquelles des projets d’énergie éolienne pourraient être mis en place.
Ce potentiel varie selon les régions géographiques. Tous les pays du G20 ne disposent pas des mêmes conditions pour produire de l’énergie solaire et éolienne. Mais collectivement**, mais collectivement, ils ont un potentiel suffisant en énergies renouvelables pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux.
Toutefois, pour limiter le réchauffement climatique, les pays du G20 doivent également cesser d’émettre des gaz à effet de serre. Des chiffres récents montrent que les pays du G20 étaient responsables de 87 % de toutes les émissions de dioxyde de carbone liées à l’énergie qui causent le réchauffement climatique.
En revanche, les pays de l’Union africaine (à l’exception de l’Afrique du Sud, qui est un grand émetteur de gaz à effet de serre) n’ont été responsables que de 1,2 % des émissions mondiales totales jusqu’en 2020.
Les pays du G20 qui ont le plus grand potentiel en matière d’énergies renouvelables (en particulier l’Australie et le Canada) sont de grands exportateurs de combustibles fossiles responsables du réchauffement climatique. À l’instar de tous les autres pays du monde, les nations du G20 devront mettre fin à leurs émissions de carbone d’origine humaine d’ici 2050 afin d’empêcher une aggravation du changement climatique.
Quelle est la place de l’Afrique dans ce tableau ?
Les pays africains ne peuvent pas construire de nouvelles centrales électriques fonctionnant aux combustibles fossiles, comme le charbon. S’ils le font, le monde ne pourra jamais mettre fin aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine d’ici 2050. Le continent doit produire de l’électricité pour les 600 millions d’Africains qui n’y ont actuellement pas accès. Mais il doit le faire en opérant une transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables.
Pour cela, l’Afrique aura besoin de financements. L’Union africaine accueille le sommet du G20 plus tard cette année. Cette réunion débutera juste après la conférence annuelle sur le changement climatique (qui en est à sa 30e édition et connue sous le nom de COP30). Ces deux sommets donneront à l’Afrique l’occasion de faire pression sur les pays riches pour qu’ils financent les énergies renouvelables.
L’Afrique dispose déjà des conditions nécessaires pour passer directement aux énergies renouvelables. Le continent pourrait produire une quantité d’énergie solaire et éolienne bien supérieure à ses besoins en électricité prévus d’ici 2050.
Nous avons lancé une analyse supplémentaire du potentiel solaire et éolien de l’ensemble du continent africain à Bonn, en Allemagne, le 19 juin 2025 lors d’une conférence des Nations unies. Cela montre que seuls 3 % du potentiel solaire et éolien de l’Afrique doivent être convertis en projets concrets pour répondre à la future demande en électricité du continent.
Cela signifie que l’Afrique dispose d’un énorme potentiel inexploité pour fournir l’énergie nécessaire à sa transition vers un continent à revenu intermédiaire, l’un des objectifs fixés par l’Union africaine dans son agenda 2063, son plan sur 5O ans.
Mais pour obtenir les financements nécessaires à la construction de systèmes d’énergie renouvelable, les pays africains ont besoin de politiques énergétiques à long terme. Celles-ci font actuellement défaut.
Que faut-il faire ?
Les pays qui ont signé le traité international sur le changement climatique de 2015 (l’Accord de Paris) se sont engagés à remplacer les énergies polluantes telles que le charbon, le bois de chauffage et le pétrole par des énergies renouvelables.
L’Afrique du Sud, par le biais de sa présidence du G20, doit encourager les pays du G20 à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables en Afrique.
Le financement de la transition énergétique mondiale figurant déjà parmi les priorités de la plupart des pays, l’Afrique du Sud devrait promouvoir des changements sur trois fronts : le financement, la mise en place de réglementations solides et le développement des capacités de production des technologies renouvelables. Ces obstacles sont parmi les principaux freins au développement des énergies renouvelables, en particulier en Afrique.
Financement : Le financement de la transition énergétique figure parmi les principales priorités de la COP30. La réunion de la COP30 sera donc l’occasion pour l’Union africaine de négocier le financement de ses besoins en infrastructures d’énergie renouvelable.
Pour cela, il est essentiel de disposer de budgets carbone équitables et justes. Un budget carbone définit la quantité de dioxyde de carbone qui peut encore être émise pour que la température mondiale n’augmente pas de plus de 2 °C par rapport à son niveau d’avant la révolution industrielle de 1760.
Un budget carbone mondial (la quantité d’émissions autorisée pour l’ensemble de la planète) a été calculé, mais il doit être réparti équitablement afin que les pays les plus polluants soient contraints de limiter leurs émissions.
Pour répartir équitablement le budget carbone mondial, il est urgent de définir des voies énergétiques qui tiennent compte :
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de l’évolution future de la population et de la croissance économique
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des systèmes actuels d’approvisionnement énergétique
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des délais de transition vers la décarbonisation
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des ressources locales en énergies renouvelables.
La plateforme du G20 devrait être utilisée pour faire pression en faveur de budgets carbone équitables et justes.
Une réglementation solide qui favorise la création de nouvelles usines : Les gouvernements doivent mettre en place des politiques pour soutenir les entreprises africaines du secteur solaire et éolien. Celles-ci sont nécessaires pour gagner la confiance des investisseurs et les inciter à investir dans une industrie qui va peser plusieurs milliards de dollars. Une réglementation transparente et à long terme est également nécessaire.
Cette réglementation devrait :
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préciser exactement comment les permis de construire pour les centrales solaires et éoliennes seront accordés
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donner la priorité au raccordement des centrales d’énergie renouvelable aux réseaux électriques nationaux
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publier des spécifications techniques standard pour les réseaux autonomes afin de garantir leur qualité uniforme.
Prendre dès maintenant des mesures pour accélérer le développement des grandes industries d’énergie renouvelable pourrait permettre aux pays africains de produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment. L’excédent pourrait être exporté, ce qui va augmenter les revenus financiers pour leurs économies.
Sven Teske bénéficie d’un financement de la Fondation européenne pour le climat et de Power Shift Africa (PSA).
Saori Miyake bénéficie d’un financement de la Fondation européenne pour le climat et de Power Shift Africa.
– ref. Les pays du G20 pourraient produire suffisamment d’énergie renouvelable pour le monde entier : ce qu’il faut faire – https://theconversation.com/les-pays-du-g20-pourraient-produire-suffisamment-denergie-renouvelable-pour-le-monde-entier-ce-quil-faut-faire-259606
