Source: United Nations – in French 2
Headline: Intelligence artificielle: « le destin de l’humanité ne peut pas être confié à un algorithme », souligne le Secrétaire général
On trouvera, ci-après, le texte de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée lors du débat public du Conseil de sécurité consacré à l’intelligence artificielle et à la paix et la sécurité internationales, à New York, aujourd’hui:
Je remercie la République de Corée d’avoir organisé ce débat public de haut niveau à un moment décisif pour la coopération mondiale dans le domaine de l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle n’est plus une perspective lointaine; elle est là, et elle transforme la vie quotidienne, l’espace de l’information et l’économie mondiale à une vitesse stupéfiante.
La question n’est pas de savoir si elle aura une influence sur la paix et la sécurité internationales, mais comment nous déterminerons cette influence.
Employée de manière responsable, l’intelligence artificielle peut renforcer la prévention et la protection, anticiper l’insécurité alimentaire et les déplacements de population, faciliter le déminage, aider à repérer de potentielles flambées de violence, et servir bien d’autres fins encore.
Mais, sans garde-fou, elle peut aussi devenir une arme.
Les conflits récents servent de terrains d’essai pour les systèmes de ciblage fondés sur l’intelligence artificielle et leur autonomie.
Les cyberattaques facilitées par l’intelligence artificielle peuvent déstabiliser ou détruire des infrastructures critiques en quelques minutes.
La capacité de fabriquer et de falsifier des documents audio et vidéo menace l’intégrité de l’information, alimente la polarisation et peut déclencher des crises diplomatiques.
Et les besoins massifs en énergie et en eau des grands modèles, associés à la concurrence pour les minéraux critiques, créent de nouveaux facteurs de tension géopolitique.
L’innovation doit être au service de l’humanité, pas lui nuire.
Le mois dernier, l’Assemblée générale a créé un Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle, et décidé qu’un Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle se tiendrait tous les ans.
Ces mesures témoignent du pouvoir fédérateur unique de l’ONU.
Ensemble, ces initiatives visent à établir un lien entre la science, les politiques et la pratique, à donner voix au chapitre à chaque pays et à réduire la fragmentation.
Ce sont des outils pratiques à l’aide desquels nous pouvons rendre l’intelligence artificielle plus sûre et plus inclusive, et son emploi plus responsable.
Je lancerai bientôt un appel à candidatures pour la nomination des membres du Groupe scientifique.
J’invite tous les États Membres à désigner des experts éminents aux profils divers, à donner au Groupe les compétences, l’indépendance et l’équilibre régional dont il a besoin, et à lui fournir les ressources nécessaires à la réalisation d’évaluations rapides fondées sur des données scientifiques.
J’invite également les gouvernements et les parties prenantes à participer pleinement au Dialogue mondial et à élaborer des normes mondiales inclusives et fondées sur les droits humains.
Aujourd’hui, je souhaite me concentrer sur quatre priorités.
Premièrement, nous devons veiller à ce que les humains gardent le contrôle sur l’emploi de la force.
Soyons clairs: le sort de l’humanité ne peut pas être laissé à un algorithme.
Il faut que les décisions de vie ou de mort restent toujours du ressort des humains.
Le Conseil et les États Membres doivent veiller à ce que l’utilisation militaire de l’intelligence artificielle reste pleinement conforme au droit international et à la Charte. Le contrôle et le jugement humains doivent être préservés dans tous les cas d’emploi de la force.
Je demande une nouvelle fois l’interdiction des systèmes d’armes létaux autonomes qui fonctionnent sans contrôle humain, dans l’espoir qu’un instrument juridiquement contraignant sera conclu d’ici l’année prochaine.
Et, tant que les armes nucléaires n’auront pas été éliminées, toute décision relative à leur utilisation devra être prise par des humains, pas par des machines.
Deuxièmement, nous devons établir des cadres réglementaires mondiaux cohérents.
De leur conception à leur déploiement puis à leur mise hors service, les systèmes d’intelligence artificielle doivent toujours respecter le droit international.
Les utilisations militaires doivent être rigoureusement encadrées par des contrôles juridiques et de solides garanties contre les usages abusifs, et soumises à une responsabilité humaine clairement définie.
Nous devons accroître la transparence, renforcer la confiance et intensifier la coopération pour réduire les risques, en particulier dans les zones de conflit.
L’intelligence artificielle ne doit jamais faciliter l’acquisition ou l’utilisation d’armes interdites ni compromettre les obligations en matière de désarmement.
Je salue l’initiative relative à l’intelligence artificielle responsable dans le domaine militaire et vous félicite du rôle moteur que vous jouez dans cette démarche.
En décembre dernier, l’Assemblée générale a adopté une résolution sur l’intelligence artificielle dans le domaine militaire et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales.
Sur cette base, je lui ai présenté un rapport recommandant aux États de prendre des mesures concrètes pour mettre en place un mécanisme dédié et inclusif permettant d’étudier la question.
J’engage tous les États Membres à avancer dans cette voie.
Troisièmement, nous devons protéger l’intégrité de l’information dans les situations de conflit et d’insécurité.
Les Principes mondiaux des Nations Unies pour l’intégrité de l’information constituent la base pour une action coordonnée.
Les gouvernements, les plateformes, les médias et la société civile doivent coopérer pour détecter et décourager les tromperies générées par l’IA, qu’il s’agisse de campagnes de désinformation ou de deepfakes visant les processus de paix, l’accès humanitaire ou encore les élections.
Nous avons besoin de transparence tout au long du cycle de vie de l’IA; d’une attribution rapide et vérifiée des sources d’information et de leur diffusion; et de garanties systémiques pour empêcher les systèmes d’IA de diffuser de la désinformation et d’attiser la violence.
Quatrièmement enfin, nous devons combler les écarts de capacités en matière d’intelligence artificielle.
La technologie peut être un moteur de développement durable, de stabilité et de paix.
Nous devons permettre à toutes les nations de contribuer à façonner l’avenir d’intelligence artificielle.
Cela demande d’investir dans le renforcement des capacités, de soutenir le développement des talents, de mettre en place des infrastructures publiques sûres et fiables, de promouvoir la diversité des données pour réduire les biais, et de garantir un accès équitable – aux outils d’intelligence artificielle, à la puissance de calcul et à la formation.
Le mois dernier, j’ai présenté un rapport proposant des options de financement volontaires et innovantes pour soutenir la montée en capacités d’IA dans les pays en développement.
Je vous exhorte à soutenir ces efforts.
Qu’il s’agisse du contrôle des armement nucléaires ou de la sécurité aérienne, la communauté internationale a su relever le défi des technologies susceptibles de déstabiliser nos sociétés – en établissant des règles, en créant des institutions et en plaçant la dignité humaine au premier plan.
La fenêtre d’opportunité pour façonner l’IA – au service de la paix, de la justice et de l’humanité – est en train de se refermer.
Nous devons agir sans tarder.
