Source: Universities – Science Po in French
Après avoir étudié les acteurs de la gestion de la crise grecque puis les changements qu’elle a provoqués à la Commission, je m’intéresse maintenant à la manière dont l’UE, à travers les dispositifs du SG REFORM, intervient dans les réformes des États membres. Et mon attention se porte tout particulièrement sur un domaine d’action publique : les réformes des administrations publiques centrales.
Dans l’UE, ce domaine très symbolique et lié aux histoires politiques des États est régi par le principe d’autonomie. Il n’est donc réputé ni possible ni souhaitable d’imposer un modèle unique, que ce soit en matière de coordination interministérielle, de gestion des carrières des fonctionnaires, de recrutement des hauts fonctionnaires, et ainsi de suite.
Cependant, ce secteur s’est européanisé depuis quelques années. Cela a été le cas en Grèce, de manière verticale. La conditionnalité était stricte, dans le sens où les réformes à accomplir en échange des aides financières étaient très détaillées et non négociables. Aujourd’hui, si l’assistance technique concerne l’ensemble des États membres, elle prend différentes formes, notamment plus souples : il peut s’agir de recommandations, d’échanges de « bonnes pratiques » dans le cadre de conditionnalités aux objectifs élargis et flexibles, négociées entre la Commission et les États. C’est ce que certains appellent la conditionnalité coordinative — notamment dans le cas des plans de relance post-Covid. Au-delà de leur forme, ces interventions ont en partage le développement de tout un monde d’expertise pour les accompagner, depuis la formulation des mesures d’action publique à mener, jusqu’à leur mise en œuvre.
Dans mon nouveau projet, je reprends ma casquette de sociologue du politique pour, dans un premier temps, cartographier les acteurs de ce monde de l’expertise. Consultants, agences de développement, fonctionnaires nationaux, fonctionnaires européens, organisations internationales, universitaires sont impliqués à des degrés divers dans l’assistance aux réformes administratives. La question est de savoir dans quelles proportions. Par exemple, y a-t-il une mainmise des grands cabinets de conseil ? Ou encore, le marché est-il dominé par certains États, qui vont intervenir, par le biais de leurs fonctionnaires et agences de développement, dans d’autres États membres ? Pour répondre à ces questions, j’exploite actuellement les données de la transparence financière européenne, afin de recenser les acteurs qui remportent les contrats d’assistance technique depuis 2016.
Dans un second volet du projet, je poursuivrai l’enquête à partir d’un type d’acteurs particulier : les agences nationales de développement. Étant à Paris, c’est le cas français qui sera privilégié, pour renseigner les raisons, formes et étapes de l’investissement du champ européen par Expertise France. Car au-delà de l’aspect lucratif, les enjeux sont aussi politiques et symboliques : dans ce domaine, gagner des contrats, c’est se promouvoir comme « modèle » d’action publique à l’étranger, et nourrir des réseaux transnationaux d’expertise.
