Source: United Nations – in French 2
Headline: Conseil de sécurité: la fermeture imminente de la MANUI ouvre une nouvelle phase dans la transition de l’Iraq, selon le Représentant spécial pour ce pays
À l’approche de la fin du mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI), le 31 décembre prochain, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq a salué, ce matin, devant le Conseil de sécurité, une « fermeture honorable et digne » après 22 années de présence, marquées par un engagement constant en faveur de la stabilité, du dialogue politique et de la consolidation démocratique d’un pays longtemps éprouvé par la dictature, les conflits armés et la terreur de Daech. Un « nouveau chapitre » s’ouvre dans la transition de l’Iraq, a estimé M. Mohammed Al Hassan.
Présentant au Conseil l’ultime rapport du Secrétaire général sur l’exécution du mandat de la MANUI, le haut fonctionnaire a tenu à saluer la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie depuis le début des opérations de la Mission, en particulier les 22 membres du personnel de l’ONU qui ont péri lors de l’attentat à la bombe contre le Canal Hotel de Bagdad en 2003, parmi lesquels le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Sérgio Vieira de Mello.
Le Représentant spécial, qui est également Chef de la MANUI, a souligné « la résilience et la ténacité de l’Iraq et de son peuple », à l’origine de l’adoption d’une nouvelle constitution et de 13 processus électoraux, qui ont culminé avec les élections législatives du 11 novembre dernier. Selon lui, la réussite de ce scrutin, qui figure parmi « les plus libres, ordonnés et crédibles » de l’histoire récente du pays, doit être mise au crédit des Iraquiens eux-mêmes, de la Haute Commission électorale indépendante et de la MANUI, dont l’aide a été constante au long de ce processus électoral.
Les délégations ont reconnu que ces élections, auxquelles près de 56% des électeurs inscrits ont participé, représentent un accomplissement significatif de la Mission et un jalon symbolique pour clore son mandat.
Malgré les progrès, des défis subsistent et nécessitent un accompagnement
Tout en saluant ces progrès, le haut fonctionnaire et les membres du Conseil ont rappelé les défis persistants auxquels l’Iraq devra faire face après le départ de la MANUI. M. Al Hassan a insisté sur l’ampleur des « besoins humanitaires graves et persistants », qui touchent encore près d’un million de déplacés, dont plus de 100 000 yézidis vivant dans des conditions précaires. Il a également dénoncé les attaques visant des infrastructures nationales, tandis que les délégations mettaient en avant l’urgence de renforcer l’état de droit, d’assurer la protection des minorités, des femmes et des jeunes, de garantir la liberté d’expression ou encore de lutter contre les mariages précoces.
Plusieurs représentants, notamment ceux de la France, de la Grèce et des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), ont encouragé l’Iraq à poursuivre ses réformes économiques, à faire reculer la corruption, à créer des emplois pour les jeunes et à favoriser l’égalité entre les sexes. Ils ont aussi plaidé pour la formation rapide d’un gouvernement fédéral et d’un gouvernement régional au Kurdistan iraquien, afin de consolider la relation Bagdad–Erbil. Sur le plan sécuritaire, le Pakistan et les A3+ ont rappelé que, malgré une amélioration réelle, Daech demeure une menace à travers ses attaques asymétriques dans plusieurs provinces du pays.
Les interventions des membres ont mis en lumière des points de convergence importants sur la transition post-MANUI. Tous ont reconnu que l’Iraq a atteint une maturité institutionnelle lui permettant d’assumer une part croissante de ses responsabilités, et que la fin de la Mission doit être interprétée non comme un retrait, mais comme une évolution naturelle vers un partenariat différent avec l’ONU. Nombre de délégations, notamment la Fédération de Russie, la Grèce et les A3+, ont salué le retrait progressif et coordonné de la MANUI, présenté comme un modèle de transition ordonnée. Faisant valoir qu’« aucune mission des Nations Unies ne doit être permanente », les États-Unis ont, pour leur part, estimé que la fermeture de la MANUI constitue « un pas en avant » pour l’Iraq.
En dépit de ce consensus général, certaines divergences demeurent quant au rôle du Conseil de sécurité dans la nouvelle phase. La plupart des membres du Conseil ont appelé à maintenir un accompagnement robuste, notamment dans la lutte contre le terrorisme, la stabilisation économique et la protection des droits humains, tandis que certains ont insisté sur le principe de souveraineté nationale et sur une allocation plus ciblée des ressources onusiennes. Tous se sont accordés néanmoins pour affirmer que l’ONU devra continuer à fournir expertise, soutien programmatique et accompagnement sectoriel dans les domaines de la croissance inclusive, de la résilience climatique, des droits humains, de la réintégration des rapatriés et de la participation effective des femmes, des jeunes et des minorités.
La normalisation des relations entre l’Iraq et le Koweït jugée cruciale
Un point particulier de convergence est apparu sur les relations entre l’Iraq et le Koweït, considérées par de nombreuses délégations comme essentielles pour la stabilité régionale. Le Représentant spécial a encouragé les deux pays à poursuivre leurs efforts concernant les personnes portées disparues et la restitution par l’Iraq des archives nationales koweïtiennes. À cet égard, le Koweït s’est félicité du transfert récent par l’Iraq de 400 caisses de livres et de documents, une évolution positive rendue possible grâce au suivi opéré par l’ONU.
Le Koweït a néanmoins rappelé la nécessité de renforcer la méthodologie de recherche des personnes portées disparues et de poursuivre le travail sur la délimitation des frontières maritimes au-delà du point 162, tout en rejetant les « erreurs historiques et juridiques » qu’il voit dans un récent arrêt de la Cour suprême fédérale d’Iraq. Plusieurs délégations, dont la France, la Slovénie et les A3+, ont souligné que la mise en œuvre de la résolution 2792 (2025) et la nomination d’un haut représentant doté d’une expertise technique seront déterminantes pour faire avancer ces dossiers sensibles.
Pour l’ensemble des membres, la poursuite de la normalisation entre l’Iraq et le Koweït est essentielle pour consolider les acquis diplomatiques, renforcer le bon voisinage et promouvoir une stabilité durable au Moyen-Orient.
Une nouvelle ère fondée sur l’autonomie et la confiance
Dans sa propre intervention, l’Iraq a affirmé que la fin du mandat de la MANUI signe l’entrée dans une nouvelle phase, où le pays assumera pleinement la consolidation de ses institutions, la gestion des dossiers politiques et sécuritaires, et la transition vers un développement durable aligné sur le Programme 2030. Le représentant a réitéré la détermination de son gouvernement à « protéger les intérêts du peuple iraquien », à renforcer ses partenariats avec l’ONU et à entrer dans une ère fondée sur « l’autonomie et la confiance ».
Assurant que l’Iraq est prêt à « assumer à ses obligations en tant que membre fier et dynamique de la famille des Nations Unies », il a indiqué qu’une cérémonie officielle marquera la fin du mandat de la MANUI, en présence du Premier Ministre iraquien et du Secrétaire général de l’ONU.
En conclusion de son exposé, le Représentant spécial s’est dit confiant dans la capacité de l’Iraq à relever tous les défis à venir. Il a exhorté ses dirigeants à promouvoir les intérêts communs avec tous les pays voisins et à redonner au pays son statut de « berceau de la civilisation ». À ses yeux, le départ de la MANUI ne marque pas la fin du partenariat avec l’ONU, « mais plutôt le début d’une nouvelle ère où l’Iraq prend les rênes de son avenir ».
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