Source: United Nations – in French 2
Headline: Armes nucléaires : le chef de l’ONU dénonce une amnésie collective dangereuse
À l’ouverture de la onzième Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), lundi à New York, le Secrétaire général de l’ONU a lancé un avertissement solennel : le monde fait face à un retour inquiétant des menaces nucléaires, sur fond d’« amnésie collective ».
Rappelant que l’objectif d’élimination des armes nucléaires remonte à la toute première résolution de l’Assemblée générale en 1946, il a déploré l’érosion des normes et la montée de la méfiance.
« Les sabres nucléaires s’entrechoquent à nouveau », a mis en garde le chef de l’ONU, António Guterres, soulignant que, pour la première fois depuis des décennies, le nombre d’ogives nucléaires est en hausse, tandis que certains États envisagent ouvertement d’en acquérir.
Dans ce contexte, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2.700 milliards de dollars l’an dernier, soit treize fois le montant de l’aide au développement. « Avons-nous oublié qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ? », a-t-il interrogé.
Rôle central du TNP
Le chef de l’ONU a insisté sur le rôle central du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qualifié de « socle » des efforts de désarmement et de non-prolifération. Mais il a reconnu que le traité est fragilisé, faute de respect des engagements et d’une confiance suffisante entre États.
Face à ces défis, il a appelé les pays à honorer leurs obligations « sans conditions ni délais », notamment en renforçant les mécanismes de contrôle et en réaffirmant l’interdiction des essais nucléaires. Il a également plaidé pour une adaptation du traité aux nouvelles menaces, liées aux technologies émergentes comme l’intelligence artificielle et l’informatique quantique.
En marge de la conférence, une exposition organisée par des survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki rappelle le coût humain d’une guerre nucléaire. Ces hibakusha, récemment honorés par le prix Nobel de la paix, incarnent un message d’urgence.
« Le désarmement n’est pas la récompense de la paix, mais son fondement », a conclu le Secrétaire général, appelant à une action immédiate pour écarter le spectre d’une catastrophe nucléaire.
Un tabou qui s’effrite
Les mises en garde du Secrétaire général ont été relayées par le Président de la dernière Conférence d’examen du TNP, Do Hung Viet — Représentant permanent du Viet Nam —, qui a été élu lundi par acclamation.
M. Viet a salué le rôle important joué par le Traité dans la prévention de l’emploi d’armes nucléaires au cours des cinq dernières décennies, ainsi que celui des conférences d’examen.
« Un monde sans le TNP, a-t-il poursuivi, est un monde où le tabou entourant les armes nucléaires s’effrite davantage. Ce n’est pas une perspective que nous souhaitons, ni pour nous-mêmes, ni pour nos enfants ».
S’adressant aux journalistes à New York, M. Viet a averti que, si le Traité a contribué à prévenir la prolifération des armes nucléaires depuis 1970, sa pertinence et sa crédibilité sont aujourd’hui menacées.
« Il ne s’agit pas d’une conférence ordinaire », a-t-il déclaré. « Les enjeux sont considérables, car le danger d’une guerre nucléaire est perçu et ressenti de manière bien plus concrète de nos jours. Une course aux armements nucléaires se profile à l’horizon. »
Le diplomate vietnamien a rappelé que les deux précédentes Conférences d’examen (en 2022 et 2015) n’avaient pas réussi à dégager un consensus, et il a appelé les délégués à travailler de manière constructive afin de parvenir à un accord cette fois-ci.
Le conflit iranien jette une ombre
Avant même que la conférence ne puisse débuter, les diplomates ont entendu des objections concernant la candidature de l’Iran au poste de vice-président du Comité général.
Le délégué des États-Unis a qualifié cette initiative d’« affront au TNP » et a fait valoir que l’Iran avait violé le Traité par la manière dont il a fait progresser son programme nucléaire.
Les États-Unis ont contesté l’idée que Téhéran puisse être considéré comme un chef de file en matière de non-prolifération. Des objections ont également été soulevées par l’Australie, le Royaume-Uni (s’exprimant également au nom de la France et de l’Allemagne) et les Émirats arabes unis.
Toutefois, le représentant de la Russie a qualifié l’intervention américaine de tentative de politiser la conférence dès son ouverture et a invité les délégations ayant des critiques à formuler à les exprimer au cours du débat général.
Le délégué iranien a répondu à ces objections en les qualifiant de « dénuées de fondement et de toute crédibilité », et en y voyant une tentative de manipuler la conférence.
« Les États-Unis », a-t-il déclaré, « sont le seul État à avoir utilisé des armes nucléaires et continuent d’accroître leur arsenal en violation de leurs obligations au titre du TNP ».
M. Viet a expliqué, lors de son point de presse, que l’Iran avait été proposé pour ce poste par le bloc du Mouvement des non-alignés il y a plusieurs mois, et que les préoccupations n’avaient été soulevées qu’au cours des tout derniers jours.
Afin de préserver le consensus sur cette question, M. Viet a indiqué que les pays s’opposant à la candidature de l’Iran avaient accepté de se dissocier formellement de cette décision, plutôt que de demander un vote.
