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Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ?

Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gemma Sharp, Researcher in Body Image, Eating and Weight Disorders, Monash University

En matière de comportements alimentaires, la limite entre normal et pathologique n’est pas toujours évidente. Piksel/Getty

Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire. Mais certaines d’entre elles – en particulier les régimes amaigrissants – peuvent parfois constituer des signes avant-coureurs.


Suivre un régime amaigrissant ou pratiquer une activité physique intensive est fréquent, voire encouragé, dans nos sociétés où le soin apporté à son apparence physique et la volonté de préserver au mieux sa santé figurent en bonne place. Par ailleurs, il n’est pas rare que certaines personnes limitent ou suppriment certains aliments en raison de besoins diététiques spécifiques, ou après avoir pris conscience de l’existence d’allergies alimentaires.

Si ces comportements ne sont pas forcément problématiques, dans certains cas, ils peuvent être le signe d’une relation malsaine à la nourriture. Toutefois, il est possible d’avoir des conduites alimentaires problématiques sans pour autant se voir diagnostiquer un trouble du comportement alimentaire.

Où se situe la frontière ? Et qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire à proprement parler ?

Alimentation perturbée : de quoi parle-t-on ?

Le concept d’alimentation perturbée recouvre un ensemble d’attitudes et de comportements négatifs vis-à-vis de la nourriture et de l’acte de manger, lesquels sont susceptibles d’engendrer un schéma alimentaire déséquilibré.

L’alimentation perturbée peut se traduire par :

  • le recours aux régimes amaigrissants ;

  • le fait de sauter des repas ;

  • l’éviction de certains groupes d’aliments ;

  • des épisodes d’hyperphagie (envie de manger beaucoup et vite, NDLR) boulimique ;

  • un usage détourné de laxatifs et de médicaments amaigrissants ;

  • des vomissements provoqués (parfois qualifiés de « purges ») ;

  • la pratique compulsive d’exercice physique.

On parle d’« alimentation perturbée » lorsque ces comportements ne sont pas suffisamment fréquents ou sévères pour correspondre aux critères diagnostiques d’un trouble des conduites alimentaire (ou troubles des comportements alimentaires, TCA).

Toutes les personnes qui adoptent ces conduites ne développeront pas nécessairement un TCA. Cependant, l’apparition d’un TCA est généralement précédée d’une alimentation perturbée – en particulier par la pratique de régimes amaigrissants.

Qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire ?

Les troubles des conduites alimentaires sont des pathologies psychiatriques complexes qui peuvent affecter le corps, le psychisme et la vie sociale d’un individu. Ils se caractérisent par des perturbations persistantes de la façon dont une personne pense, ressent et se comporte à l’égard de l’alimentation et de son propre corps.

Pour poser un diagnostic de TCA, les professionnels de santé s’appuient sur la combinaison d’un entretien clinique général et de questionnaires standardisés. Ces outils permettent d’évaluer la fréquence et la sévérité des comportements ainsi que leur retentissement sur le fonctionnement quotidien des personnes concernées.

Parmi les TCA figurent l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse, l’hyperphagie boulimique – aussi appelée « frénésie alimentaire ».

(Comme le souligne le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale, la classification internationale des maladies range les TCA dans la famille plus large des troubles de l’alimentation ou de la nutrition. Les autres troubles de cette famille, plus rares que les trois cités précédemment, comprennent le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif ou ARFID – les personnes concernées sont très sélectives vis-à-vis de leurs aliments ; le Pica, dans lequel la personne peut manger des substances non comestibles ; le trouble de rumination-régurgitation, dans lequel la personne régurgite et remâche les aliments, NDLR).

Troubles des conduites alimentaires, alimentation perturbée : quelle prévalence ?

Les chiffres de prévalence varient considérablement d’une étude à l’autre, en fonction de la façon dont sont définis les comportements et les attitudes à risque.

Selon les estimations, 8,4 % des femmes et 2,2 % des hommes développeront un TCA au cours de leur vie. Ce risque est particulièrement élevé à l’adolescence.

L’alimentation perturbée est également très répandue chez les jeunes : 30 % des filles et 17 % des garçons âgés de 6 ans à 18 ans déclarent adopter ce type de comportements.

Bien que les recherches sur ce point soient encore émergentes, il semble que l’alimentation perturbée et les TCA sont encore plus fréquents chez les personnes de genre non conforme (c’est-à-dire celles dont l’identité ou l’expression de genre diffère des normes de genre associées au sexe qui leur a été assigné à la naissance, NDLR).

Peut-on prévenir les troubles du comportement alimentaire ?

Certaines données indiquent que les programmes de prévention qui ciblent les facteurs de risque – tels que les régimes amaigrissants et les préoccupations liées à la silhouette et au poids – peuvent se montrer efficaces à court terme, dans une certaine mesure.

Le problème vient du fait que la plupart des travaux qui ont été menés sur le sujet n’ont été poursuivis que durant quelques mois. Il est donc impossible de déterminer si les participants ont développé ou non un trouble du comportement alimentaire à plus long terme.

Par ailleurs, la majorité de ces études ont été menées auprès des adolescentes qui terminaient leurs études secondaires ou de jeunes femmes fréquentant l’université. À ces âges, les troubles du comportement alimentaire se sont généralement déjà manifestés : ces travaux ne sont donc pas très éclairants quant à la prévention des TCA. Par ailleurs, ils négligent également une grande partie des personnes à risque.

L’orthorexie est-elle un trouble des conduites alimentaires ?

Le terme « orthorexie » (du grec ortho, « droit », « exact », et orexia, « appétit ») désigne une obsession pathologique de l’alimentation « saine », caractérisée par un régime alimentaire restrictif et l’éviction de tout aliment jugé « malsain » ou « impur ».

Le débat qui vise à déterminer de quel côté de la frontière entre troubles des conduites alimentaires et alimentation perturbée se situe l’orthorexie n’est pas encore clos, et ce comportement fait encore l’objet de controverses. Actuellement, l’orthorexie ne figure pas dans les manuels de diagnostics officiels. Ces conduites alimentaires perturbées doivent cependant être prises au sérieux, car elles peuvent entraîner une dénutrition, une dégradation des liens sociaux et une altération globale de la qualité de vie.

Par ailleurs, en raison de la popularité croissante de certains régimes alimentaires (cétogène, paléo, etc.), du jeûne intermittent ou de la volonté de supprimer certains constituants (comme le gluten, par exemple), il peut parfois s’avérer délicat de déterminer le moment à partir duquel les préoccupations liées à l’alimentation deviennent pathologiques.

On considère, par exemple, qu’environ 6 % de la population souffre d’une allergie alimentaire. Des données récentes suggèrent que ces personnes présenteraient un risque accru de développer des formes restrictives de troubles de l’alimentation ou de la nutrition, telles que l’anorexie ou le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif (ARFID).

Pour autant, adopter un régime alimentaire particulier, comme le véganisme, ou souffrir d’une allergie alimentaire ne conduit pas automatiquement à une alimentation perturbée ou à un TCA. Il importe de prendre en considération les motivations individuelles qui sous-tendent le choix de consommer ou d’éviter certains aliments. Ainsi, une personne végane peut restreindre certains groupes alimentaires en raison de ses convictions en matière de droits des animaux, et non en raison de symptômes relevant de l’alimentation perturbée.

Les signaux d’alerte

Si vous vous interrogez sur votre propre rapport à la nourriture, ou sur celui d’un proche, voici quelques signes auxquels prêter attention :

  • une préoccupation excessive pour la nourriture et sa préparation ;

  • la suppression de groupes alimentaires entiers ou le fait de sauter régulièrement des repas ;

  • une obsession pour le poids ou la silhouette ;

  • des fluctuations pondérales importantes ;

  • une pratique compulsive de l’exercice physique ;

  • des changements d’humeur et un repli sur soi.

En cas de doute, il est toujours préférable de demander de l’aide le plus tôt possible. Et surtout, il faut garder à l’esprit qu’il n’est jamais trop tard pour le faire…


Pour en savoir plus

La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom.

Gemma Sharp bénéficie d’une bourse de recherche du NHMRC. Elle est professeure, directrice fondatrice et membre du Consortium for Research in Eating Disorders, un organisme caritatif agréé.

ref. Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ? – https://theconversation.com/trouble-des-conduites-alimentaires-ou-alimentation-perturbee-ou-se-situe-la-difference-282027

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