Source: The Conversation – in French – By Benoit Barbeau, Associate professor, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Le bateau MV Hondius, foyer du hantavirus qui a causé la mort de trois passagers et en a infecté au moins cinq autres, a quitté le Cap-Vert mercredi et est attendu samedi à Tenerife, dans l’archipel espagnol des Canaries, d’où l’évacuation des passagers, dont des Canadiens, devrait débuter lundi.
C’est le virus des Andes qui est ici en cause, le seul du groupe des hantavirus transmissible entre humains, notamment par des gouttelettes de salive et par l’urine.
Il est peu probable que la première personne contaminée par ce hantavirus l’ait été à bord du MV Hondius ni au cours d’une escale. Le temps d’incubation pointe vers une contamination survenue avant le départ d’Ushuaïa, dans le sud de l’Argentine, au début du mois d’avril. Plusieurs des passagers de la croisière ont voyagé en Argentine et au Chili, où le virus est endémique.
Le risque présenté par ce hantavirus est « faible » pour « le reste du monde », a déclaré l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui balaie toute similitude avec la pandémie de Covid-19.
Mais que sait-on de ce hantavirus ? Nous avons joint le professeur Benoît Barbeau du département des sciences biologiques de l’UQAM, expert en virologie, dont les recherches portent sur les rétrovirus humains et les coronavirus.
The Conversation Canada : À quoi avons-nous affaire avec l’hantavirus andin ?
Dr Benoît Barbeau : Il fait partie d’un groupe de virus regroupé sous le genre orthohantavirus. Le type andin peut occasionnellement être transmis à l’humain par des rongeurs (par les particules d’excréments ou d’urines) et provoquer des syndromes pulmonaires et hémorragiques, potentiellement mortels.
Ce qu’on comprend, mais on n’en a pas la certitude pour l’instant, c’est qu’une personne aurait visité des endroits, en Argentine, où il y avait présence de souris sylvestres infectées. Après avoir été en contact avec des particules d’excréments ou d’urine, sans le savoir, elle aurait pu inhaler celles-ci ou tout autre type de matière similaire. C’est le scénario le plus probable. Cette personne serait arrivée sur le bateau en étant déjà infectée. La contamination d’autres passagers s’est poursuivie à partir de là.
Il faut savoir que l’hantavirus andin n’a pas une efficacité de transmission très forte entre humains. Ça se fait par les urines, la salive, les contacts répétés… Par exemple, sur un bateau, dans une même cabine, avec des contacts fréquents. Le virus n’est pas transmissible en aérosol, comme la grippe ou la Covid. C’est quand même rassurant.
TCC : Il n’est pas si aisément transmissible, mais beaucoup plus mortel…
B.B. : En effet. Ce virus provoque deux types de maladies : une fièvre hémorragique, qui fait penser à Ebola, et qui a un taux de mortalité important (NDLR Jusqu’à 40 %), ou un syndrome pulmonaire, tout aussi létal. À l’heure actuelle, on n’a pas de traitements antiviraux. On ne peut que soulager les symptômes.
TCC : C’est un virus moins efficace dans sa transmission, mais son incubation peut être longue…
B.B : En effet, l’incubation peut aller jusqu’à huit semaines, contre deux à trois jours pour la Covid. Ça complexifie évidemment la chaîne de transmission. Cela dit, la personne ne sera pas contagieuse pendant ces huit semaines, mais fort probablement davantage quand les symptômes vont apparaître.
TCC : Pourquoi l’Amérique du Sud est-elle plus touchée par cette forme d’hantavirus ?
B.B. : On ne sait pas trop. De manière générale, en fait, on en sait peu sur ce virus, qui a été identifié à la fin des années 70 seulement. C’est donc un virus relativement récent pour nous, même si on sait que dans l’histoire, certaines éclosions y seraient liées. Il est présent dans plusieurs endroits (dont au Canada), mais demeure très peu prévalent. Depuis 1989, on en a recensé une centaine de cas chez l’humain au Canada. Parmi eux, une vingtaine sont décédés. Cela dit, peut-être que d’autres personnes ont été infectées et non recensées.
Ce qu’on sait, c’est que la souris sylvestre est la principale souche d’infection. Elle peut être porteuse du virus, mais plus tolérante à l’infection, donc elle n’est pas malade, et les risques de contagion sont plus grands. Elle devient un réservoir. Un peu comme la chauve-souris pour plusieurs virus, comme Ebola, les coronavirus, et le virus de la rage.
TCC : Est-ce que la présente éclosion, très médiatisée, poussera à développer davantage la recherche ?
B.B. : Possiblement… On espère un éveil du côté des gouvernements. On aurait intérêt à mieux investiguer. Mais on finance davantage la recherche sur les virus qui ont le plus d’impact sur un pays et sur sa population. Et comme la majorité des hantavirus n’est pas transmissible d’humain à humain, il n’y a pas tant d’intérêt pour les gouvernements d’investir dans la recherche.
Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.
Mettre de l’énergie et de l’argent pour développer un vaccin ne serait pas très rentable non plus, car un vaccin efficace pour le type andin, par exemple, serait fort possiblement inefficace pour les autres hantavirus, et il y en a beaucoup. Ça ajoute à la complexité. Il vaut mieux investir dans les traitements, c’est plus efficace. On pourrait commencer par réutiliser ou tester d’autres antiviraux connus.
TCC : À quoi s’attendre pour la suite ?
B.B. : Tout dépend de ce qui va découler des analyses épidémiologiques… Il y a des passagers qui ont quitté le bateau de croisière avant qu’on sache qu’il y avait une éclosion. Il faut les retracer, eux et les gens avec qui ils ont été en contact. Le transfert des passagers toujours à bord du bateau doit se faire dans les prochains jours, à partir des îles Canaries. Les gens seront rapatriés dans leur pays respectif. Ils seront isolés et confinés avec des mesures qui seront certainement strictes, il n’y a donc pas de risque de transmission dans la population.
Je crois qu’on peut être confiant. Mais il faut rester très vigilant.
Benoit Barbeau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Trois morts sur un bateau de croisière : ce qu’on sait du hantavirus andin – https://theconversation.com/trois-morts-sur-un-bateau-de-croisiere-ce-quon-sait-du-hantavirus-andin-282320
