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Ce que les chats peuvent nous apprendre sur les cancers humains

Ce que les chats peuvent nous apprendre sur les cancers humains

Source: The Conversation – in French – By Geoffrey Wood, Professor, Co-Director, Institute for Comparative Cancer Investigation, University of Guelph

Les chats ont un taux de cancers similaire à celui des humains et développent souvent les mêmes types de cancer. (Unsplash/Andy Quezada)

Les chats vivent dans nos maisons, boivent notre eau et dorment même dans nos lits. Ils sont des membres à part entière de nombreux foyers et partagent notre vie.

Ils présentent également de nombreuses similitudes biologiques avec nous. Les chats ont un taux de cancers similaire à celui des humains et développent souvent les mêmes types de cancer. Comme pour les humains, l’amélioration des soins de santé et de l’alimentation leur permet de vivre plus longtemps, ce qui augmente leur risque de souffrir d’un cancer au cours de leur vie.

Les chats sont des membres à part entière de nombreux foyers et partagent notre vie. Ils présentent également de multiples similitudes biologiques avec les humains.
(Geoff Wood)

Avec mes collègues, nous nous sommes demandé si les cancers félins ressemblaient aux cancers humains sur le plan génétique ? Nous avons mené la plus grande étude jamais réalisée sur le séquençage de l’ADN des tumeurs des chats. Nos recherches ont révélé des similitudes frappantes entre les cancers félins et humains, et les résultats laissent entrevoir des retombées positives tant pour les chats que pour nous.

Notre collaboration internationale a permis de publier récemment une étude portant sur les tumeurs de 500 chats et couvrant 13 types de tumeurs. Nous avons isolé l’ADN de ces tumeurs et cartographié la séquence de 1 000 gènes qui présentent souvent des mutations dans les cancers humains.

Cancers félins et humains

Dans l’ensemble, le gène qui a le plus souvent muté est le gène TP5, un gène de protection contre le cancer, qui est également le plus fréquemment muté dans les cancers humains. Un autre exemple est le gène PIK3CA, qui comporte une mutation dans environ 40 % des cancers du sein chez l’être humain et dont on a constaté qu’il était altéré dans environ 50 % des cancers mammaires chez le chat.

Il existe des médicaments spécialement conçus pour les cancers humains présentant certaines mutations, comme celles du gène PIK3CA. Maintenant que nous connaissons les mutations courantes dans les cancers félins, il est possible de tester ces médicaments sur les chats.

Comment étudions-nous le cancer chez les chats ? Depuis 2009, la biobanque vétérinaire du Collège vétérinaire de l’Ontario, qui fait partie de l’Institut de recherche comparative sur le cancer de l’Université de Guelph, conserve des échantillons de tumeurs provenant de chats traités au Centre de cancer animal.

Avec le consentement du propriétaire, une partie de la tumeur prélevée lors de l’intervention chirurgicale est préservée et congelée en vue d’études futures. De plus, des échantillons sanguins sont conservés afin de servir de ressource pour mettre au point des tests de dépistage moins invasifs, en utilisant des molécules associées à la maladie présentes dans le sang.

Récemment, la biobanque vétérinaire s’est jointe au consortium Biobanques Ontario afin de faciliter les études sur le cancer entre espèces. Des essais cliniques sur le cancer sont également menés chez des chats et des chiens, dans le but d’utiliser les résultats de la recherche pour concevoir de meilleurs traitements pour les animaux de compagnie, mais aussi pour nous permettre de mieux comprendre les cancers humains.

Les chats peuvent nous en apprendre beaucoup sur les cancers humains. Il existe plusieurs cancers ou sous-types de cancer qui sont courants chez les chats, mais rares chez nous. Le cancer mammaire « triple négatif » — caractérisé par l’absence de récepteurs d’œstrogènes et de progestérone, et du récepteur du facteur de croissance HER2 — est de loin le sous-type le plus courant chez les chats. Il ne représente toutefois que 15 % des cancers du sein chez l’humain.

Ce sous-type touche principalement les femmes jeunes, les femmes noires et celles présentant une prédisposition génétique héréditaire (mutation du gène BRCA1). Il est particulièrement agressif et difficile à traiter.

Le cancer du pancréas est un autre exemple. Le sous-type acineux, le plus fréquent chez les chats, est relativement rare chez l’être humain. Il est donc plus facile de mener des études sur ce type de cancer chez les chats.

Notre étude sur le séquençage génomique chez le chat a également révélé quelques différences dans les profils de mutation entre les cancers humains et félins. Environ 25 % des cancers humains présentent des mutations des gènes RAS, alors que ces mutations sont rares chez les chats. L’étude de ces cancers chez le chat pourrait nous aider à mieux comprendre le rôle de ces gènes dans le développement de la maladie.

Génomes de souris et de chats

Les associations caritatives de lutte contre le cancer et les organismes qui octroient des subventions pour la recherche en santé humaine soutiennent régulièrement des études utilisant des modèles de cancer humain chez les rongeurs, mais l’étude du cancer chez d’autres espèces animales est plus difficile à faire accepter.

Les rongeurs servant de modèles sont génétiquement modifiés pour développer un cancer ou pour présenter un système immunitaire gravement déficient, de manière à pouvoir héberger des cellules cancéreuses humaines.

Ces modèles sont très efficaces pour étudier les mécanismes moléculaires du cancer, mais leur bilan en matière de médicaments anticancéreux est médiocre. En effet, plus de 90 % des nouveaux traitements anticancéreux mis au point à partir de ces modèles échouent lors des essais cliniques humains et ne sont jamais autorisés à des fins thérapeutiques.


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En revanche, le cancer se développe souvent spontanément chez le chat dans le même environnement que chez les humains. Ces animaux présentent également de nombreux troubles sous-jacents ou concomitants similaires aux nôtres, tels qu’obésité, maladies auto-immunes, maladies rénales, diabète et divers autres troubles endocriniens.

Le génome des chats ressemble davantage à celui des humains que le génome des souris, et l’organisation du génome félin (l’ordre des gènes sur les chromosomes) est plus proche de celle de l’être humain que ne l’est celle du chien.

L’Atlas du génome du cancer est une immense base de données en libre accès qui répertorie les mutations observées dans différents types de cancer chez les humains. Aucune ressource de ce type n’existe pour les chats.

Les données issues de notre récente publication sont désormais disponibles via le Wellcome Sanger Institute. Elles constitueront une ressource fondamentale et gratuite pour les chercheurs qui étudient le cancer chez les chats et les humains, au bénéfice des deux espèces.

Geoffrey Wood bénéficie d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du Pet Trust et de l’Institut ontarien de recherche sur le cancer.

ref. Ce que les chats peuvent nous apprendre sur les cancers humains – https://theconversation.com/ce-que-les-chats-peuvent-nous-apprendre-sur-les-cancers-humains-277929

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