Source: The Conversation – in French – By Alimuddin Zumla, Professor of Infectious Diseases and International Health, UCL
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment qualifié l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo d’« urgence de santé publique de portée internationale », après la confirmation de cas dans l’Ouganda voisin. Voici ce qu’il faut savoir.
Qu’est-ce qu’Ebola ?
Ebola est une maladie infectieuse grave et potentiellement mortelle. Elle provoque de la fièvre, des lésions vasculaires et, dans les cas graves, des hémorragies, une défaillance des organes et la mort. Elle a été identifiée pour la première fois en 1976 en Afrique centrale et la plupart des épidémies se sont produites dans cette région depuis.
En quoi le virus Bundibugyo diffère-t-il d’Ebola « classique »
Ebola est en réalité un groupe de virus apparentés. Le plus connu et le plus mortel est la souche Zaïre, à l’origine des plus importantes épidémies recensées jusqu’à présent. Bundibugyo est une autre souche, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007.
Le virus Bundibugyo tue environ 30 à 50 % des personnes infectées — un taux élevé, mais légèrement inférieur à celui de certaines épidémies de la souche Zaïre.
À titre de comparaison, la grippe saisonnière tue moins d’une personne sur 1000. Au début de la pandémie, la Covid-19 a tué environ une à deux personnes sur 100. Ebola est donc nettement plus mortelle que la plupart des maladies infectieuses.
Les chances de survie dépendent notamment de la rapidité des soins, de la qualité du système de santé et de l’état général du patient
Les vaccins existants contre Ebola ont été conçus pour la souche Zaïre et pourraient ne pas protéger contre la souche Bundibugyo.
Comment Ebola se transmet-il d’une personne à l’autre ?
Ebola se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée, tels que le sang, les vomissures, les selles, la sueur ou le sperme. La transmission survient le plus souvent lors des soins prodigués à des patients malades, lors des rites funéraires ou après un contact avec des animaux infectés. Le virus Ebola ne se transmet pas par voie aérienne, comme la grippe ou la Covid-19, et les personnes infectées ne sont pas contagieuses avant l’apparition des symptômes.
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Pourquoi cette épidémie s’est-elle déclarée en Ouganda, et pourrait-elle se propager à l’échelle internationale ?
L’Ouganda partage une frontière avec la République démocratique du Congo, où des épidémies d’Ebola surviennent régulièrement. Les déplacements fréquents de personnes, d’animaux et de marchandises entre les deux pays peuvent permettre au virus de franchir la frontière avant d’être détecté.
Une propagation internationale par transport aérien demeure possible, mais il est peu probable qu’elle entraîne une épidémie mondiale majeure. Ebola nécessite un contact physique étroit pour se transmettre, et les systèmes de surveillance et de dépistage dans les aéroports permettent généralement de détecter rapidement les cas.
Une « urgence de santé publique de portée internationale », c’est quoi ?
Il s’agit du niveau d’alerte sanitaire mondial le plus élevé de l’Organisation mondiale de la Santé. Cette désignation indique qu’une épidémie présente un risque international potentiel et qu’une réponse coordonnée entre les pays est nécessaire.
Elle permet notamment de débloquer des fonds, d’obtenir un soutien technique et d’accélérer la coopération internationale. Cela ne signifie pas qu’une pandémie mondiale est inévitable, mais vise plutôt à mobiliser une réponse rapide et concertée.
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Quels sont les symptômes de la maladie à virus Bundibugyo ?
Les premiers symptômes ressemblent à ceux de la grippe ou du paludisme : fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires et maux de gorge. Lorsque la maladie s’aggrave, les patients peuvent souffrir de vomissements, de diarrhée, de douleurs abdominales, d’éruptions cutanées, de confusion mentale et d’un état de choc.
Certains patients présentent également des saignements, bien que ce ne soit pas systématique. Comme les premiers symptômes ressemblent à ceux de nombreuses maladies courantes, des tests de laboratoire sont nécessaires pour confirmer le diagnostic.
Pourquoi des épidémies d’Ebola continuent-elles de se produire en RDC ?
Ebola est probablement présente à l’état naturel chez certaines chauves-souris frugivores. Les épidémies surviennent généralement lorsque des humains sont exposés à des animaux infectés, par exemple lors de la chasse ou de la manipulation de viande de brousse.
La République démocratique du Congo est particulièrement touchée en raison de la densité de ses forêts, des contacts fréquents entre humains et faune sauvage, de la fragilité du système de santé, des conflits, de la pauvreté et de l’accès limité aux soins. Le changement climatique et la déforestation pourraient encore accroître ce risque.
En l’absence de vaccin, quels sont les traitements disponibles ?
Il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ni traitement ciblé contre le virus Bundibugyo. Les patients reçoivent des soins de soutien, c’est-à-dire des traitements visant à maintenir les fonctions vitales de l’organisme pendant que le corps combat l’infection. Cela inclut l’administration de liquides, l’oxygène, un soutien nutritionnel et la prise en charge des complications.
Ces soins peuvent améliorer de façon importante les chances de survie. Les chercheurs étudient par ailleurs des médicaments antiviraux et des thérapies à base d’anticorps susceptibles d’agir contre plusieurs souches d’Ebola.
Que fait-on pour enrayer l’épidémie ?
Les autorités sanitaires, appuyées par l’OMS et des partenaires internationaux, cherchent à détecter rapidement les cas, isoler les patients, identifier les personnes ayant pu être exposées et sensibiliser les communautés. Des pratiques d’inhumation sécurisées sont également essentielles.
La capacité mondiale à répondre à Ebola s’est nettement améliorée au cours de la dernière décennie, grâce à de meilleurs tests de laboratoire, à un partage plus rapide de l’information et à une coordination régionale renforcée.
Existe-t-il un vaccin contre Ebola ? Des avancées sont-elles en cours ?
Il existe deux vaccins contre la souche Zaïre d’Ebola, qui se sont révélés très efficaces. Toutefois, aucun n’est approuvé contre le virus Bundibugyo.
Les scientifiques travaillent actuellement au développement de vaccins capables de protéger contre plusieurs souches d’Ebola. De nouveaux traitements par anticorps, susceptibles d’agir de manière plus large, sont également en cours de développement et montrent des résultats prometteurs aux premiers stades de recherche.
Cette épidémie rappelle l’importance d’investir dans des outils plus polyvalents avant la prochaine crise.
Alimuddin Zumla ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Ebola déclaré urgence de santé publique mondiale : ce qu’il faut savoir – https://theconversation.com/ebola-declare-urgence-de-sante-publique-mondiale-ce-quil-faut-savoir-283357
