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Face aux turbulences que traverse le multilatéralisme, le Conseil de sécurité doit faire un aggiornamento à la hauteur des défis contemporains, selon les délégations

Face aux turbulences que traverse le multilatéralisme, le Conseil de sécurité doit faire un aggiornamento à la hauteur des défis contemporains, selon les délégations

Source: United Nations – in French 2

Headline: Face aux turbulences que traverse le multilatéralisme, le Conseil de sécurité doit faire un aggiornamento à la hauteur des défis contemporains, selon les délégations

À l’initiative de la Chine, qui préside ses travaux en mai, le Conseil de sécurité s’est réuni aujourd’hui pour un débat public sur la défense des buts et principes inscrits dans la Charte des Nations Unies et le renforcement du système international centré sur l’ONU.  Il est apparu que la crise du multilatéralisme est avant tout celle du Conseil lui-même, paralysé par le droit de veto de ses membres permanents et par une composition qui ne reflète pas les réalités toujours plus complexes du monde contemporain. 

« La Charte demeure le meilleur espoir de paix pour l’humanité » , a déclaré d’emblée le Secrétaire général de l’Organisation, M. António Guterres, qui s’est inquiété de la montée en puissance de la méfiance et les difficultés à parvenir à un consensus, particulièrement au sein du Conseil, pourtant chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, dans un contexte de prolifération et d’intensification des conflits. 

« Loi de la jungle », « deux poids deux mesures », « multilatéralisme à la carte », « sélectivité »: les mises en cause du comportement de certains pays ont fusé aujourd’hui.  Mettant en garde contre les « initiatives polémiques », le Ministre des affaires étrangères de la Chine a notamment appelé les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à améliorer leur coopération pour trouver des dénominateurs communs et protéger la crédibilité de l’organe dans lequel ils siègent.  Convaincu que la Charte des Nations Unies n’a rien d’obsolète, il a appelé à revenir à sa vision fondatrice et lui donner un nouveau souffle, les « grands pays » devant donner l’exemple et « s’abstenir de toute application sélective du droit ». 

Alors que le Secrétaire général s’est inquiété de la fourniture d’armes telles que des drones, « qui prennent désormais fréquemment pour cibles des civils et des biens de caractère civil », la Fédération de Russie a accusé « l’élite occidentale » de s’être engagée dans une « lutte ouverte » contre les États « qui dérangent » et d’être impliquée directement dans le conflit en Ukraine. 

La délégation a ainsi pointé la remilitarisation de l’Allemagne, et dans une moindre mesure celle du Japon, alertant que ces politiques sapent le système international avec l’ONU en son centre.  « La remilitarisation de l’Allemagne va-t-elle réellement garantir la prospérité de l’Europe? »  Une question que ne se sont pas posée le Danemark ou la Lettonie, dressés contre l’invasion de l’Ukraine par Moscou.  Revenant sur les propos de la Russie, le Ministre d’État pour l’Europe de l’Allemagne ne l’a pas entendu non plus de cette oreille, assurant que coexister en paix avec ses voisins est une priorité de Berlin.

Vers une réforme des institutions mondiales

Pour M. Guterres, comme pour de nombreux orateurs à sa suite, le droit international, y compris le droit international des droits humains et le droit international humanitaire, doit être systématiquement et intégralement respecté. Et en cas de violations, a-t-il ajouté, l’obligation de rendre des comptes doit s’ensuivre, et le Conseil doit donner l’exemple.  Il a cité la réforme des institutions mondiales, qui doivent refléter les réalités d’aujourd’hui —et non celles de 1945.  « Nulle part ailleurs cette urgence n’est plus manifeste qu’au sein de ce Conseil. » 

La Somalie a ainsi rappelé que l’Afrique demeure dépourvue de représentation permanente, bien qu’elle abrite plus d’un quart des États Membres de l’ONU.  Une injustice qu’il est temps de réparer, a-t-elle estimé, en accordant au continent « une représentation accrue, incluant deux sièges permanents ».  Réforme qui a été appuyée par la République démocratique du Congo, le Royaume-Uni, mais aussi le Ministre des affaires étrangères du Portugal. 

Un sentiment repris à son compte par la France, pour qui la composition du Conseil « doit correspondre aux réalités contemporaines », de même que par la Grèce et le Ministre des affaires étrangères de l’Uruguay. 

La délégation française a également recommandé de mettre fin à l’usage abusif du droit de veto; de recourir davantage aux instruments à la disposition du Conseil, y compris l’établissement d’opérations de paix là où les circonstances l’exigent; et de réinvestir la diplomatie préventive, la médiation et les bons offices. « Ce dont le monde a besoin, ce sont de grandes puissances prêtes à faire preuve de retenue, de respect et d’une capacité d’écoute », a estimé le Ministre des affaires étrangères de la Tchéquie. 

Les États-Unis ont appelé « ceux dont les actes minent la Charte, y compris des membres permanents du Conseil, à changer de cap immédiatement », tout en assurant qu’ils continueront à promouvoir les principes du texte fondateur des Nations Unies.  Mais plutôt que de miser sur des institutions transnationales qui diluent les souverainetés nationales, nous sommes axés sur des résultats et avons pris des mesures « décisives et significatives » pour que l’ONU revienne à sa mission de base, à savoir le maintien de la paix et de la sécurité internationales, a souligné le Secrétaire d’État adjoint pour le Pacifique et l’Asie orientale. 

Ce dernier s’est notamment enorgueilli de actions menées par Washington à Gaza, avec le Plan d’ensemble en 20 points entériné par la résolution 2803 (2025); dans la région du Golfe avec la résolution 2817 (2026), qui condamne les agissements de l’Iran; et en Haïti, avec un appui logistique à la Force de répression des gangs. 

Le Ministre des affaires étrangères de Cuba s’est inscrit en faux à ce sujet, estimant que les États-Unis violent le droit international vis-à-vis de Cuba.  À ce titre, l’ouverture de poursuites contre l’ancien dirigeant cubain, M. Raul Castro, est un acte infâme qui relève de l’arbitraire, avec pour objectif un changement de régime à Cuba ourdi par une « plutocratie corrompue et immorale », a-t-il tranché.

Le Secrétaire général – gardien de la Charte

C’est à un autre pilier des Nations Unies que son homologue du Libéria s’est intéressée.  Pour la Ministre libérienne, le rôle de gardien de la Charte que joue le Secrétaire général est aujourd’hui compromis par des « incitations structurelles ».  Selon elle, un Secrétaire général qui aspire à être reconduit dans ses fonctions a toutes les raisons d’éviter les décisions qu’exigerait une réforme authentique. 

« Nous posons donc ouvertement la question suivante: le prochain Secrétaire général ne devrait-il pas envisager de consentir l’ultime sacrifice institutionnel, en s’engageant pleinement dans la réforme dès son premier mandat, quitte à renoncer à un second? » 

Pour le Ministre des affaires étrangères, du commerce international et du culte de l’Argentine, pas de doute: il doit s’agir de son compatriote Rafael Mariano Grossi, l’actuel Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA): « L’Organisation a besoin d’un leadership doté d’une autorité technique, d’une solvabilité politique et d’une volonté d’obtenir des résultats, capable de redonner une âme et un prestige à une structure qui doit renouer avec la mémoire de son importance. »

MIL OSI