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Comment nourrir les oiseaux de jardin sans propager les maladies ?

Comment nourrir les oiseaux de jardin sans propager les maladies ?

Source: The Conversation – in French – By Richard Gregory, Honorary Professor of Genetics, Evolution & Environment, UCL

Deux verdiers se nourrissant à une mangeoire pour oiseaux. (Erni/Shutterstock)

L’apparition d’une mystérieuse maladie mortelle chez les pinsons des jardins britanniques en 2005 a sonné l’alarme dans les milieux de la conservation. Dix ans plus tard, l’ampleur de la maladie chez les verdiers et les pinsons était désormais bien établie. Aujourd’hui, les ornithologues commencent à mieux comprendre les liens entre le nourrissage des oiseaux dans les jardins, leur santé et leur survie.


Dans de nouvelles recommandations sur l’alimentation des oiseaux, la plus grande association caritative britannique de protection de la nature, la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), encourage le public à adopter des pratiques de nourrissage saisonnières et sécuritaires.

Nourrir les oiseaux dans les jardins est utile, surtout en hiver, lorsque les ressources alimentaires se raréfient. En été, toutefois, il vaut mieux arrêter, puisque les oiseaux ont alors accès à une abondance de nourriture naturelle, comme les chenilles, les insectes et les mouches. Les bénéfices du nourrissage sont alors moins évidents, tandis que les risques de propagation des maladies augmentent lorsque de nombreux oiseaux se rassemblent autour des mangeoires et des points d’eau.

Les scientifiques savent désormais que la maladie détectée chez les pinsons dans les années 2000 est la trichomonose, causée par un parasite microscopique appelé Trichomonas gallinae. Elle infecte généralement la gorge de l’oiseau et affecte depuis longtemps les pigeons, les tourterelles, ainsi que rapaces. Les oiseaux peuvent être porteurs du parasite ou succomber à la maladie. On ne sait pas exactement comment celui-ci s’est propagé aux pinsons, mais la transmission se serait probablement faite par le partage de nourriture ou d’eau.




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Des études montrent que ce parasite peut survivre dans la nourriture humide pour oiseaux jusqu’à cinq jours et dans l’eau jusqu’à 30 heures, en particulier dans des conditions climatiques plus douces. La période de juillet à octobre correspond au pic des épidémies chez les pinsons.

Un pinson des arbres se nourrit de boules de graisse.
Ballygally View Images/Shutterstock

La maladie provoque des lésions dans la gorge qui empêchent l’oiseau d’avaler correctement. Les oiseaux infectés finissent par régurgiter leur nourriture et leur eau, ce qui entraîne généralement leur mort. Elle peut se transmettre lorsque les oiseaux se nourrissent entre eux pendant la parade nuptiale, lorsqu’ils nourrissent leurs oisillons ou par régurgitation à proximité des sources de nourriture ou d’eau dans les jardins. Les oiseaux malades apparaissent hirsutes et léthargiques. Certains présentent des plumes en désordre ou humides autour du bec et secouent souvent la tête en tentant d’avaler. La scène est saisissante.

La trichomonase a eu des conséquences dévastatrices sur les populations d’oiseaux à travers le Royaume-Uni et en Europe continentale. Les verdiers et les pinsons ont été les plus touchés. Le nombre de verdiers a baissé de 65 % et celui des pinsons de 36 % depuis 1995.

Les bouvreuils contractent également cette maladie et en meurent, et toute une série d’autres oiseaux peuvent la contracter – dont certains voient déjà leurs effectifs diminuer.

Sans une action urgente, la situation risque de s’aggraver pour ces oiseaux et d’autres espèces, sous l’effet de multiples pressions. Parmi celles-ci figurent la perte d’habitats naturels, la disponibilité limitée de nourriture, ainsi que l’accélération du changement climatique.

Les nouvelles recommandations de la RSPB s’appuient sur une étude détaillée des effets du nourrissage des oiseaux qui porte à la fois sur la survie des oiseaux d’une année à l’autre et sur leur succès de reproduction. L’analyse examine également les bénéfices de cette pratique pour les humains, tout en intégrant des travaux de terrain récents sur la maladie et les moyens d’en limiter la propagation. La plupart des recherches ont été menées en milieu naturel, notamment en forêt, plutôt que dans des environnements résidentiels, urbains ou suburbains. Les principales conclusions restent toutefois claires.

L’étude montre que le nourrissage peut contribuer à augmenter les populations d’oiseaux. Mais cette pratique soulève deux préoccupations importantes en matière de conservation. D’une part, elle favorise la transmission des maladies, comme la trichomonose et d’autres infections. D’autre part, si de nombreuses espèces ont bénéficié du nourrissage dans les jardins, cela pourrait s’être fait au détriment d’autres espèces.

Une étude de 2009 a révélé qu’environ 12,6 millions de foyers britanniques (48 %) fournissaient une alimentation complémentaire aux oiseaux, dont 7,4 millions utilisaient des mangeoires spécialement conçues. À mesure que la demande augmente, la gamme de nourrices et de mangeoires pour oiseaux s’élargit également.

Cette popularité présente des avantages et des inconvénients pour différents oiseaux, mais a probablement de grands bienfaits pour notre propre lien avec la nature, notre bien-être et notre santé.

Les oiseaux qui utilisent les mangeoires, comme le pic épeiche, le pigeon ramier, la tourterelle turque, la mésange charbonnière et la mésange bleue, ont tous connu une augmentation marquée de leurs populations à long terme. Toutefois, à mesure que leurs effectifs croissent, les spécialistes de la conservation s’inquiètent de plus en plus de leur impact sur des espèces plus vulnérables. Les mésanges bleues et charbonnières dominent souvent les sites de nidification et peuvent évincer la mésange boréale, une espèce menacée, de ses cavités, tandis que cette dernière peut elle-même être la proie des pics épeiches. Ces interactions complexes restent encore à mieux documenter.




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Comment aider

Deux changements simples peuvent permettre de nourrir les oiseaux de façon plus sûre et adaptée aux saisons.

En été et en automne, le risque de propagation des maladies est plus élevé. C’est aussi à cette période que les oiseaux disposent d’une abondance de nourriture naturelle. Il est donc conseillé d’arrêter de distribuer des graines et des cacahuètes entre le 1er mai et le 31 octobre. Vous pouvez toutefois continuer à proposer de petites quantités de vers de farine, de boules de graisse ou de suif, qui présentent un moindre risque de transmission. Pensez également à planter des espèces favorables aux oiseaux afin de leur offrir des sources de nourriture naturelles, comme les tournesols, les cardères et le lierre.

Entre le 1er novembre et le 30 avril, il est possible de nourrir les oiseaux avec une plus grande variété d’aliments, y compris des graines et des cacahuètes, mais avec modération, afin d’éviter que la nourriture ne se détériore et que de fortes concentrations d’oiseaux ne se forment au même endroit. Mieux vaut nourrir peu, mais régulièrement.

D’autres recommandations portent sur l’hygiène, essentielle pour limiter la propagation des maladies. Il est conseillé de nettoyer les mangeoires et les abreuvoirs au moins une fois par semaine, de renouveler l’eau quotidiennement et de déplacer régulièrement les points de nourrissage. Enfin, il vaut mieux privilégier les mangeoires suspendues plutôt que les plates-formes ouvertes (tables à oiseaux, mangeoires de fenêtre ou plateaux), qui favorisent davantage la transmission des infections.

Richard Gregory travaille pour la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB) à titre de responsable du suivi en science de la conservation.

ref. Comment nourrir les oiseaux de jardin sans propager les maladies ? – https://theconversation.com/comment-nourrir-les-oiseaux-de-jardin-sans-propager-les-maladies-281100

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