Post

Les jardins urbains peuvent contenir du plomb : voici comment amenuiser les risques

Les jardins urbains peuvent contenir du plomb : voici comment amenuiser les risques

Source: The Conversation – in French – By Dr. Melody Lynch, Adjunct Professor, Geography, Planning and Environment, Concordia University

Vous évitez les pesticides, vous arrachez les mauvaises herbes à la main, vous optez pour des semences anciennes. En employant ces modes de culture biologiques, vous avez l’esprit tranquille, sachant que vos légumes sont cultivés sans recours excessif aux produits chimiques.

Mais ce que beaucoup de jardiniers consciencieux ignorent, c’est que leur potager peut présenter un danger que les pratiques biologiques seules ne suffisent pas à prévenir : la présence de plomb.

Le plomb ne présente aucun seuil d’exposition sûr et il est présent dans le sol de certains jardins urbains canadiens. D’où provient-il ? Des émissions d’essence au plomb liées à une utilisation passée, de la peinture au plomb qui se détériore et s’infiltre dans le sol autour des bâtiments anciens ainsi que des activités industrielles telles que l’exploitation minière.

Heureusement, il existe de nombreux moyens simples et abordables de réduire l’exposition au plomb et de rendre nos jardins plus sûrs.

Les effets du plomb varient d’une personne à l’autre

Le plomb ne remplit aucune fonction dans l’organisme humain et est nocif quelle que soit sa concentration.

Bien que les estimations varient, les adultes absorbent de 3 à 10 % environ du plomb qu’ils ingèrent, tandis que les personnes à jeun ou souffrant de malnutrition peuvent en absorber de 60 à 80 %. Ce chiffre est particulièrement élevé chez les enfants, le taux d’absorption pouvant atteindre 50 % – voire 100 % lorsqu’ils ont l’estomac vide.

Chez les adultes, le plomb s’accumule principalement dans les os et les dents à la suite d’une exposition répétée ou prolongée, avant d’être lentement libéré dans le reste de l’organisme. Chez les enfants, une grande proportion du plomb est absorbée dans les tissus mous, ce qui entraîne l’apparition précoce de graves problèmes de santé.

Au fil du temps, l’exposition peut entraîner des effets irréversibles à long terme sur la santé, notamment sur le cerveau, le système nerveux, les reins et le système cardiovasculaire.

À l’échelle mondiale, l’exposition au plomb entraîne chaque année 1,5 million de décès et de nombreux cas d’invalidité – une perte représentant au total plus de 33 millions d’années de vie en bonne santé.

Essence, peinture et histoire passée

Le plomb peut être présent à l’état naturel, mais la majeure partie de la pollution liée au plomb résulte de l’activité humaine, comme l’industrie manufacturière, ou de produits telle que les piles.

L’utilisation de l’essence au plomb a été abandonnée dans le monde entier, mais le plomb accumulé au fil du temps demeure dans l’environnement, car il ne se biodégrade pas.

Malheureusement, il n’existe aucune réglementation concernant la peinture au plomb dans de nombreux pays du monde, où elle reste largement disponible et utilisée. Ce phénomène contribue aux inégalités en matière de santé à l’échelle mondiale.

De plus, les communautés à faibles revenus et racisées peuvent être exposées de manière disproportionnée au plomb, ce qui constitue un exemple d’injustice environnementale.

Pourquoi ce risque en vaut la peine

Malgré les risques, les jardins peuvent constituer une source importante d’aliments sains, en particulier pour les communautés économiquement défavorisées. Ils présentent également de nombreux autres avantages.

Les études montrent que s’occuper d’un jardin a un effet mutuellement bénéfique sur le mieux-être individuel et communautaire. En effet, cette activité renforce notre système immunitaire, aide à réguler les réponses endocriniennes, favorise la stabilité émotionnelle et améliore les comportements psychosociaux, en particulier chez les enfants. Elle peut également favoriser l’empathie envers la nature et les autres.

Pour certains peuples autochtones et d’autres communautés ayant une longue tradition agricole, le jardinage contribue à la préservation du patrimoine culturel en perpétuant des pratiques basées sur les connaissances intergénérationnelles et la spiritualité.

Cela dit, il faut soupeser les risques et les avantages, et surtout, éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. En effet, les préoccupations en matière de sécurité alimentaire sont souvent évoquées pour stigmatiser les populations marginalisées qui n’ont guère d’autres options, ou pour étouffer le débat public au sujet des décisions d’aménagement du territoire, ce qui finit par entraîner la disparition des jardins communautaires.

Comment adopter de saines pratiques de jardinage

Le plomb peut contaminer vos cultures par l’air ou le sol. Chaque plante absorbe le plomb différemment, notamment en fonction de son espèce et des caractéristiques du sol. Les légumes-feuilles et les légumes racines sont généralement plus susceptibles d’absorber le plomb que d’autres légumes, par exemple.

Heureusement, il existe de nombreux moyens simples d’éviter que du plomb ne se retrouve dans les aliments issus de votre potager.

  1. Aménagez votre potager loin des routes très fréquentées, des aires de stationnement, des voies ferrées, des cours d’eau et des zones industrielles.

  2. Si vous pensez que le sol que vous utilisez pourrait contenir du plomb, vous pouvez envoyer un échantillon pour le faire analyser.

  3. Faites preuve de prudence si vous utilisez des engrais chimiques et des pesticides. Privilégiez des méthodes non chimiques dans la mesure possible ; sinon, respectez scrupuleusement les dosages recommandés.

  4. Utilisez des bacs surélevés ou des pots remplis de terreau frais si vous craignez que le sol soit pollué.

  5. Utilisez du compost. Bien qu’il n’élimine pas les métaux lourds, un compost de haute qualité peut empêcher le plomb de contaminer vos cultures en passant par le sol.

  6. Surveillez le pH du sol à l’aide d’un pH-mètre vendu dans les quincailleries. Assurez-vous que votre sol n’est pas trop acide afin d’empêcher le plomb de contaminer vos cultures.

  7. Vérifiez la texture du sol. Évitez les sols trop sableux, car ils favorisent la migration du plomb vers les plantes de votre jardin.

  8. Observez la couleur du sol. Les sols rouges et jaunes indiquent souvent la présence d’oxydes de fer, qui aident à empêcher le plomb de passer dans les cultures. Les sols d’un noir profond indiquent souvent une forte teneur en matière organique, ce qui renforce également cette protection.

  9. Utilisez du paillis, comme des copeaux de bois ou des feuilles en décomposition, pour empêcher le plomb de pénétrer dans vos sols par l’air.

  10. Évitez de brûler des déchets dans votre jardin ou à proximité de celui-ci, car cela pourrait entraîner la contamination de vos aliments par le plomb. Le brûlage à l’air libre des déchets constitue un problème de santé mondial pressant dans les régions où les infrastructures de collecte des déchets sont insuffisantes, notamment dans certaines communautés autochtones du Canada.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


  1. Empêchez les jeunes enfants de mettre de la terre dans leur bouche lorsqu’ils sont dans le jardin, car ils courent un risque accru de développer des problèmes de santé s’ils ingèrent du plomb.

  2. Lavez les fruits et légumes à l’eau claire avant de les consommer afin d’éliminer les résidus.

La démarche la plus importante que nous puissions entreprendre pour assainir nos jardins consiste sans doute à demander des comptes à nos gouvernements pour garantir la qualité de l’environnement dans nos communautés. Si la pollution vous préoccupe, communiquez avec votre représentant local ou ralliez-vous à une cause pour réclamer une réglementation plus stricte et de meilleures politiques en matière d’urbanisme.

Pour de nombreuses familles, le jardinage est bien plus qu’un simple passe-temps. C’est un moyen de se nourrir. Et malgré les progrès réalisés, l’exposition au plomb demeure un risque sanitaire méconnu au sein de la population canadienne. Nous pouvons y remédier en prenant les mesures adéquates.

Dr. Melody Lynch a bénéficié d’un financement pour cette recherche de la part du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de Mitacs.

ref. Les jardins urbains peuvent contenir du plomb : voici comment amenuiser les risques – https://theconversation.com/les-jardins-urbains-peuvent-contenir-du-plomb-voici-comment-amenuiser-les-risques-283329

MIL OSI – Global Reports