Source: United Nations – in French 2
Headline: Afghanistan : le silence ne vaut pas consentement au mariage des enfants, fustige un comité de l’ONU
Des experts indépendants des Nations Unies ont condamné, lundi, les autorités de facto de l’Afghanistan, déplorant l’adoption d’un nouveau décret qui légitime le mariage des enfants et assimile le silence d’une fille à un consentement, qualifiant cette mesure de violation grave et systématique du droit international relatif aux droits de l’homme.
Dans sa recommandation générale conjointe avec le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU note que le mariage d’enfants, dans lequel au moins l’une des parties est âgée de moins de 18 ans, constitue « une pratique néfaste et une forme de mariage forcé », étant donné que les enfants n’ont pas, par nature, « la capacité de donner leur consentement plein, libre et éclairé au mariage ».
Selon les enquêteurs onusiens, tout cadre juridique qui normalise ou facilite le mariage des enfants viole leurs droits, porte atteinte à leur dignité inhérente et les prive de leur autonomie et de leur avenir.
La puberté ne fait pas l’adulte
Le décret n° 18 (2026), publié par les autorités de facto de l’Afghanistan, s’appuie sur la distinction entre les filles ayant atteint la puberté et celles qui sont mariées, plutôt que sur un âge minimum légal, ce qui revient à légitimer le mariage des filles dès la puberté. Le décret prévoit en outre que le silence d’une fille lorsqu’elle atteint la puberté peut être interprété comme un consentement au mariage.
Mais pour le Comité, le mariage des enfants ne constitue pas seulement une pratique néfaste, mais une violation fondamentale des droits. Il expose les filles à des risques accrus de violence, d’exploitation, de grossesse précoce et forcée, d’interruption de leur scolarité, ainsi qu’à des séquelles physiques et psychologiques à long terme.
« La puberté ne peut être considérée comme un critère d’âge adulte ou de capacité juridique à se marier », insistent les experts, qualifiant cette disposition d’entièrement incompatible avec la Convention relative aux droits de l’enfant.
Kaboul multiplie les mesures discriminatoires contre les filles
Le Comité, composé de 18 experts indépendants spécialisés dans les droits de l’enfant, a en outre exprimé sa profonde préoccupation quant au fait que ce décret s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures discriminatoires prises par Kaboul, notamment l’interdiction de l’enseignement secondaire et supérieur pour les filles.
« Ces mesures ont privé des millions de filles afghanes de leurs droits fondamentaux, ont affaibli leur future participation économique et sociale, et ont aggravé la pauvreté et les inégalités dans tout le pays », ont fait valoir les experts.
Le Comité a donc appelé les autorités de facto de l’Afghanistan à abroger immédiatement toutes les mesures qui violent les droits des enfants, à interdire sans équivoque le mariage des enfants. Il s’agit également de rétablir les droits de toutes les filles à l’éducation, à la protection, à l’égalité et à la pleine participation à la société, conformément aux obligations de ce d’Asie centrale en vertu du droit international des droits de l’homme et de la Convention relative aux droits de l’enfant et de ses protocoles facultatifs.
