Source: The Conversation – in French – By Wycliffe W. Njororai Simiyu, Professor and Chair of Allied Health Studies, Stephen F. Austin State University
La Coupe du monde de football masculin de 2026 marque un tournant majeur dans le paysage footballistique mondial. La décision d’élargir la phase finale du tournoi de 32 à 48 équipes a considérablement profité à la Confédération africaine de football (CAF).
En 2018 et 2022, l’Afrique était représentée par cinq nations ; cette année, un nombre record de 10 équipes prendront part à la compétition. Il s’agit, par ordre de leur classement mondial de la FIFA : le Maroc (8e), le Sénégal (14e), l’Algérie (28e), l’Égypte (29e), la Côte d’Ivoire (34e), la Tunisie (44e), la République démocratique du Congo (46e), l’Afrique du Sud (60e), le Cap-Vert (69e) et le Ghana (74e).
En tant que spécialiste des sciences du sport, j’ai consacré des décennies à étudier le football africain, notamment les performances du continent lors de la Coupe du monde. Je considère cette expansion à la fois comme un avancée durable et une récompense méritée. Elle reflète le plaidoyer soutenu du continent, son activisme dans les instances dirigeantes et ses solides performances sur le terrain. Il ne s’agit pas seulement d’avoir plus d’équipes. C’est un changement structurel majeur.
Le discours autour du football africain a évolué depuis les prédictions formulées par la star brésilienne Pelé au XXe siècle.
Après avoir parcouru le continent en 1977 et constaté l’incroyable talent des joueurs ainsi que le vivier bien établi vers le football européen, il avait prédit qu’une nation africaine remporterait la Coupe du monde avant l’an 2000. Il a par la suite repoussé son échéance à 2010. En 2026, c’est une possibilité concrète grâce à la maturité tactique du football africain.
Je m’intéresse ici à cinq tendances et défis auxquels sont confrontées les 10 équipes africaines alors qu’elles se rendent aux États-Unis, au Canada et au Mexique pour participer à la compétition, et à la manière dont cet événement pourrait se dérouler pour elles.
1. L’importance des 10 équipes
Jusqu’à présent, le processus de qualification de l’Afrique pour le tournoi était sans doute le plus impitoyable du football mondial. Des équipes solides se voyaient souvent privées de cette vitrine mondiale en raison d’un système qui ne laissait aucune marge d’erreur. Le passage à neuf places garanties – plus une dixième obtenue par le Cap-Vert grâce aux barrages intercontinentaux – reflète enfin le véritable niveau de compétitivité du continent.
Cette expansion résout un « goulot d’étranglement géopolitique » de longue date. En doublant sa présence, la CAF permet à la Coupe du monde de mieux refléter toute la richesse du football africain.
Les supporters assisteront au retour de géants historiques comme l’Afrique du Sud et la RDC, aux côtés de prétendants de longue date comme l’Égypte et l’Algérie, et de favoris contemporains comme le Maroc et le Sénégal, créant ainsi une mosaïque tactique diversifiée.
2. L’« effet Maroc »
La Coupe du monde 2022 au Qatar a marqué un tournant. Le parcours du Maroc jusqu’en demi-finale a brisé le « plafond des quarts de finale » qui freinait les ambitions africaines depuis la campagne du Cameroun en 1990. Cette réussite a fondamentalement modifié les attentes en matière de performance des 10 équipes qui se rendront en Amérique du Nord.
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Les équipes africaines ne viennent plus à la Coupe du monde avec pour objectif principal d’éviter l’humiliation. Il règne un sentiment palpable de légitimité quant à leur présence dans les dernières phases du tournoi.
Le Maroc aborde le tournoi non pas comme un « petit poucet », mais comme l’une des têtes de série. Ce passage du statut de « participant » à celui de « prétendant » est l’évolution la plus importante du football africain au cours des quatre dernières années.
3. La vieille garde rencontre la nouvelle
La liste des participants pour 2026 est un mélange fascinant d’héritage et de nouveauté. Le retour de l’Afrique du Sud (Bafana Bafana) – après une absence de 16 ans – et de la RDC (les Léopards) – qui font leur première apparition depuis 1974 – confère un immense poids historique à cette cuvée. Ce sont des nations dotées d’une culture footballistique profondément ancrée qui ont passé des années dans le désert de la compétition.
À l’inverse, la toute première qualification du Cap-Vert (les Blue Sharks) incarne la « nouvelle garde ». Une nation comptant un peu plus de 500 000 habitants a surpassé les grandes puissances du continent. Son succès témoigne de l’efficacité du recrutement au sein de la diaspora lusophone et d’une identité tactique sophistiquée. Leur présence nous rappelle que, dans le football moderne, la stabilité organisationnelle et la clarté technique peuvent compenser le manque de moyens.
4. L’essor des tacticiens locaux
Une révolution silencieuse s’est également produite sur le banc de touche. Au cours des décennies précédentes, les fédérations africaines étaient critiquées pour leur approche consistant à « recruter un entraîneur européen à la dernière minute » – en recrutant des managers européens peu avant les grands tournois. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée.
Le succès de Walid Regragui (Maroc) et d’Emerse Faé (Côte d’Ivoire) a validé le modèle local. Huit des dix équipes africaines sont dirigées par des entraîneurs locaux ou des membres de la diaspora qui partagent un lien culturel et émotionnel avec leurs équipes.
Cette « décolonisation » technique a conduit à une meilleure gestion des joueurs et à une expression tactique plus authentique. Ces entraîneurs comprennent la dynamique transnationale des joueurs qui évoluent dans les ligues européennes d’élite mais qui reviennent avec des attentes différentes lorsqu’ils revêtent les couleurs de leur nation.
5. Naviguer dans l’immensité nord-américaine
Bien sûr, les défis sont nombreux. L’un des obstacles majeurs est d’ordre logistique. La Coupe du monde 2026 s’étend sur quatre fuseaux horaires et des climats très différents. Les distances considérables entre Vancouver, Mexico et Miami constitueront un test d’endurance. Les équipes africaines, dont l’administration et l’organisation ont toujours suscité des critiques pour leurs difficultés organisationnelles, devront se montrer à la hauteur.
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Il existe toutefois un avantage caché : la diaspora. L’Amérique du Nord abrite d’importantes communautés d’immigrants africains.
Dans des villes comme New York, Toronto, Houston et Atlanta, les équipes peuvent compter sur un soutien local important. Malgré les obstacles potentiels liés aux visas et aux déplacements pour les supporters venant directement du continent, la diaspora locale a le potentiel de transformer les stades en véritables centres animés de la culture du football africain.
Ce qu’il faut attendre des équipes
Le succès de la délégation africaine se mesurera dès le premier tour. Le tirage au sort offre à la fois des chocs à fort enjeu et de réelles opportunités.
L’Afrique du Sud devra faire face à un test difficile sur le plan psychologique dans le Groupe A, avec un match d’ouverture contre le co-organisateur, le Mexique, à Mexico – une rencontre qui exigera une immense force mentale. De même, le Sénégal et l’Algérie devront se mesurer très tôt à des poids lourds, respectivement la France et l’Argentine, des matchs qui serviront de premiers tests.
Mais le format à 48 équipes ouvre davantage de chemins vers les phases à élimination directe. L’Égypte, tirée au sort avec la Belgique, et le Maroc, qui affrontera le Brésil, disposent de la profondeur technique nécessaire pour se frayer un chemin dans leur groupe, même s’ils concèdent des points face aux favoris. Pour des débutants comme le Cap-Vert, un groupe comprenant l’Espagne et l’Uruguay représente une montagne à gravir, mais la possibilité de se qualifier parmi les meilleures troisièmes équipes permet de garder le rêve vivant.
Si ces 10 équipes parviennent à maintenir la discipline tactique dont elles ont fait preuve lors des qualifications, le tournoi de 2026 fera de l’Afrique un acteur majeur, prêt à bousculer l’ordre établi.
Wycliffe W. Njororai Simiyu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
– ref. Coupe du monde 2026 : une nouvelle ère pour le football africain – https://theconversation.com/coupe-du-monde-2026-une-nouvelle-ere-pour-le-football-africain-284093
