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Israël : la campagne électorale a déjà commencé

Israël : la campagne électorale a déjà commencé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Elizabeth Sheppard Sellam, Responsable du programme « Politiques et relations internationales » à la faculté de langues étrangères, Université de Tours

À l’approche des élections législatives israéliennes, dont la date définitive n’a pas encore été fixée, le paysage politique est en pleine recomposition. L’opposition tente de se structurer tandis que la coalition de Benyamin Nétanyahou est travaillée par divers désaccords. Plus qu’un simple choix de gouvernement, le scrutin à venir pourrait déterminer la manière dont le pays entend se reconstruire après la guerre.


À Haïfa, raconte le journaliste Lucas Menget dans un récent reportage de terrain, les terrasses se sont remplies après le cessez-le-feu avec l’Iran. Mais le soulagement a été de courte durée. Très vite, les conversations sont revenues vers d’autres sujets : Gaza, la conscription et l’avenir politique du pays.

À l’approche des prochaines élections législatives, les recompositions de l’opposition, les tensions au sein de la coalition et les débats autour du partage de l’effort de guerre révèlent des transformations profondes de la société israélienne.

Plus encore que l’identité du futur premier ministre, c’est la manière dont Israël entend se reconstruire après le 7-Octobre qui semble aujourd’hui en jeu.

La recomposition du jeu politique israélien

Si Benyamin Nétanyahou, premier ministre depuis décembre 2022 après avoir déjà occupé cette fonction de 1996 à 1999 puis de 2009 à 2021, demeure la figure centrale de la vie politique israélienne, son avenir alimente toujours le débat public. L’opposition lui reproche sa gestion des événements ayant conduit aux attaques du 7-Octobre, son refus d’assumer une responsabilité politique directe dans l’impréparation des forces de sécurité ainsi que sa réticence à mettre en place une commission d’enquête indépendante.

Malgré ces controverses, sa formation, le Likoud, reste l’un des principaux partis du pays (32 sièges actuellement sur les 120 que compte la Knesset, le Parlement israélien) et Nétanyahou conserve un socle électoral solide. Dans un système fondé sur les coalitions, sa principale force réside peut-être moins dans sa popularité que dans les difficultés de ses adversaires à construire une majorité alternative.

Les prochaines élections devraient se dérouler en octobre à moins qu’elles soient anticipées. Le 13 mai, Nétanyahou a demandé un vote de la Knesset sur sa propre dissolution, afin d’organiser les législatives au plus tôt pour éviter une implosion de sa majorité. En effet, les partis ultra-orthodoxes menaçaient de faire tomber le gouvernement en raison du dossier de la conscription. Le 2 juin, les députés en faveur de ce projet de loi de dissolution de la Knesset : ce texte doit de nouveau être débattu et voté à deux reprises au Parlement avant d’être définitivement adopté, ce qui mènera à l’organisation d’élections législatives dans un délai de 90 jours.

Quelle que soit la date des élections, elles prendront sans doute la forme d’un référendum pour ou contre Nétanyahou.

À l’approche du scrutin, le système partisan est en pleine recomposition : retour de figures politiques, nouvelles alliances et débats sur les futures coalitions témoignent d’équilibres encore incertains.

À la recherche d’une alternative à Nétanyahou

L’opposition israélienne partage un objectif : mettre fin à l’ère Nétanyahou. La véritable question est de savoir qui sera capable de réunir les 61 députés nécessaires à une majorité.

Le retour de Naftali Bennett constitue l’un des faits marquants de cette pré-campagne. Ancien premier ministre (2021-2022), historiquement classé très à droite sur l’échiquier politique avant de se recentrer, il apparaît aujourd’hui dans plusieurs sondages comme le principal concurrent de Nétanyahou.

Après avoir créé en 2025 un parti nommé simplement Bennett2026 en vue des prochaines législatives, il a annoncé, en avril dernier, la formation d’une liste commune rassemblant cette formation et le parti centriste Yesh Atid (24 sièges), dirigé par Yaïr Lapid, qui avait été premier ministre quelques mois durant en 2022, juste après Bennett. Cette liste commune, nommée Yachad (« Ensemble »), apparaît dans les récents sondages pratiquement au même niveau que le Likoud.

On retrouve également, au sein de l’opposition, des figures comme l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, aujourd’hui à la tête du parti Yashar ! formé en septembre 2025. Eisenkot défend une ligne centriste sécuritaire, alliant fermeté en matière de défense et pragmatisme politique. Il est aujourd’hui l’un des héritiers les plus visibles de Bleu et Blanc, la grande alliance centriste créée en 2019 autour de Benny Gantz pour concurrencer Nétanyahou, mais qui s’est ensuite fragmentée et recomposée. Les sondages accordent actuellement entre 10 et 15 sièges au parti d’Eisenkot, ce qui fait de lui l’une des figures montantes de l’opposition à Nétanyahou. Sa capacité à gouverner dépendra toutefois de sa faculté à s’inscrire dans une coalition plus large avec les autres partis du centre et du centre droit.

Par ailleurs, l’ancien numéro 2 de l’armée Yaïr Golan tente de relancer la gauche israélienne, affaiblie depuis plusieurs années. L’évolution démographique du pays, la seconde Intifada et plus récemment le 7-Octobre ont en effet progressivement déplacé le centre de gravité politique vers la droite. La fusion en 2024 du Parti travailliste et du Meretz pour créer Les Démocrates (4 sièges aujourd’hui) illustre cette volonté de réorganisation.

Aucun de ces acteurs ne semble toutefois en mesure de gouverner seul.

Les faiseurs de rois

Au sein de la coalition actuelle, plusieurs partenaires sont indispensables à Nétanyahou. Les partis ultra-orthodoxes Shas (11 sièges) et Judaïsme unifié de la Torah (UTJ, 7 sièges) continuent de peser sur les équilibres gouvernementaux, comme l’illustrent les tensions autour de la conscription.

À leurs côtés, Otzma Yehudit, d’Itamar Ben Gvir, (6 sièges) et le parti du Sionisme religieux, de Bezalel Smotrich, (7 sièges) restent influents au sein de la majorité. Mais les tensions entre les deux hommes, qui portent notamment sur la stratégie à adopter à Gaza, sur les équilibres au sein de la coalition et sur le positionnement de chacun en vue des prochaines élections, témoignent d’une concurrence croissante entre Ben Gvir et Smotrich pour le leadership du camp national-religieux et de l’extrême droite israélienne.

La participation de Ra’am (5 sièges) à la coalition Bennett-Lapid a démontré qu’une coopération avec un parti arabe était possible, même si elle demeure controversée. Certains responsables du centre et de la gauche estiment qu’il sera difficile de construire une majorité alternative sans un soutien direct ou indirect des partis arabes (outre Ra’am, est également représentée à la Knesset Hadash-Ta’al, alliance de deux partis arabes qui dispose de 5 sièges).

La création récente d’un parti politique druze illustre les débats qui traversent une communauté historiquement intégrée aux institutions de l’État, notamment sur les questions de représentation, de service militaire et de loyauté à l’État.

Au-delà des recompositions partisanes, les élections à venir portent aussi sur des transformations plus profondes de la société israélienne.

La crise de la conscription

La conscription illustre à elle seule les transformations en cours. La guerre a profondément modifié les termes du débat. Alors qu’une partie des étudiants des yeshivot (centres d’étude de la Torah) bénéficient historiquement d’exemptions au service militaire, les besoins de l’armée se sont accrus avec la prolongation du conflit et les décisions récentes de la Cour suprême ont fragilisé le cadre juridique qui permettait leur maintien.

Le chef d’état-major Eyal Zamir a ainsi insisté à plusieurs reprises sur les besoins croissants de l’armée en effectifs. Malgré les succès revendiqués par Israël, notamment au Liban, son message est resté constant : l’armée doit se préparer à une confrontation de longue durée et disposer de ressources humaines supplémentaires. La controverse concerne principalement les hommes haredim (ultra-orthodoxes) : environ 80 000 restent exemptés ou non incorporés, alors que Tsahal compte environ 170 000 soldats d’active et peut mobiliser jusqu’à 450 000 réservistes.

Le débat dépasse désormais le cadre religieux. Le thème de « l’égalité des charges » s’est imposé dans l’espace public, tandis qu’une partie du monde ultra-orthodoxe continue de défendre les exemptions, comme en témoignent les manifestations contre l’arrestation de réfractaires.

Cette crise possède également une dimension politique immédiate. Les partis représentant les haredim (principalement les deux formations ultra-orthodoxes de la coalition, Shas et UTJ, qui font de la préservation des exemptions militaires une priorité politique) ont à plusieurs reprises menacé de quitter la coalition gouvernementale si une législation satisfaisante sur la conscription n’était pas adoptée. Nétanyahou se retrouve ainsi confronté à un dilemme majeur entre cohésion de sa coalition et demandes croissantes de l’armée.

L’après 7-Octobre

La question de la conscription n’est toutefois qu’une partie des transformations en cours. Le 7-Octobre et la guerre qui a suivi ont déplacé le débat public vers des questions de gouvernance, de sécurité et de cohésion nationale.

Les débats portent désormais sur les défaillances ayant rendu possibles les attaques, sur l’opportunité d’une commission d’enquête nationale et sur la responsabilité des différents acteurs.

Les débats sur Gaza, le Liban et les relations avec les États-Unis s’inscrivent dans cette réflexion. Une majorité de la population continue de considérer le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran comme des menaces majeures et soutient l’idée d’une politique sécuritaire ferme. Pour une partie de l’opinion, ce soutien relève davantage d’une volonté de restaurer un sentiment de sécurité après les attaques de 2023 que d’un soutien personnel à Nétanyahou.

Ces évolutions traduisent un déplacement des clivages traditionnels. Les élections à venir pourraient ainsi moins opposer droite et gauche qu’incarner différentes visions de la reconstruction du pays depuis le début de la guerre.

La question du calendrier

Les prochaines élections israéliennes ne détermineront pas seulement l’avenir politique de Nétanyahou. Elles porteront aussi sur la manière dont Israël entend préserver sa sécurité, renforcer sa cohésion nationale et préparer l’après-guerre.

Une inconnue demeure : le calendrier. Si des élections anticipées apparaissent plausibles, la politique israélienne a souvent démontré sa capacité à déjouer les pronostics. Entre crises de coalition, évolutions du contexte sécuritaire et recompositions partisanes encore inachevées, une chose paraît néanmoins acquise : la campagne a déjà commencé.

Elizabeth Sheppard Sellam ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Israël : la campagne électorale a déjà commencé – https://theconversation.com/israel-la-campagne-electorale-a-deja-commence-284517

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