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Le Bénin intensifie sa lutte contre les maladies tropicales négligées

Le Bénin intensifie sa lutte contre les maladies tropicales négligées

Source: African Press Organisation in French

Source: Africa Press Organisation – French


À six ans, Manassé vient d’avaler ses comprimés sous le regard rassuré de sa mère, enseignante dans son école. Une situation inhabituelle, les parents n’étant généralement pas présents lors de l’administration des traitements. Dans son école de Guinkomé, dans la commune de Lokossa, cette scène est devenue familière. Chaque année, des milliers d’enfants bénéficient d’un traitement préventif contre la bilharziose (schistosomiase) et les géo-helminthiases, deux maladies parasitaires qui compromettaient autrefois leur santé et leur scolarité.

« Avant, beaucoup de nos élèves manquaient les cours parce qu’ils souffraient de vers intestinaux. Certains étaient souvent fatigués et participaient moins aux activités scolaires », se souvient Bruno Kokou Azia, directeur de l’École primaire publique de Guinkomé-Lokossa. « Aujourd’hui, nous constatons que les enfants sont plus présents à l’école et plus impliqués dans les apprentissages. »
Depuis 2013, le Bénin organise chaque année une campagne nationale de traitement de masse contre ces maladies parasitaires, après une première expérience menée en 2009 dans le département du Mono. Les enfants âgés de 5 à 14 ans, scolarisés ou non, reçoivent gratuitement les médicaments nécessaires afin de réduire la transmission et les conséquences de ces infections.

Ces campagnes répétées ont contribué à faire reculer la prévalence de ces maladies. L’enquête d’impact réalisée en 2022 montre une baisse significative des taux d’infection. Pour la bilharziose, les taux observés se situent désormais entre 0 et 25 %, contre 10 à 50 % lors de l’enquête de référence réalisée en 2015. Les géo-helminthiases présentent une prévalence comprise entre 5 % et 9,84 %, alors qu’elles pouvaient atteindre jusqu’à 60 % dans certaines localités.

Ces avancées résultent d’une approche intégrée associant traitement préventif, mobilisation communautaire et renforcement du système de santé. Coordonnée par le Programme national de lutte contre les maladies transmissibles, cette stratégie repose sur l’implication conjointe du secteur de la santé, de l’éducation, des communautés et des partenaires techniques, dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Sur le terrain, la mise en œuvre des campagnes suit un processus bien structuré, reproduit et amélioré au fil des années. Avant chaque intervention, des activités de sensibilisation sont menées auprès des communautés afin d’expliquer les risques liés aux maladies et l’importance du traitement.

« Nous organisons toute une semaine de mobilisation sociale. Nous rencontrons les parents, les enseignants et les leaders communautaires pour favoriser l’adhésion », explique Carole Catharia Hounnouvi, chargée de la prévention et de la mobilisation sociale au Programme national de lutte contre les maladies transmissibles.

Dans les écoles, les enseignants jouent un rôle central dans l’administration des traitements. Avant toute distribution, les parents sont informés et leur consentement est recueilli. Le jour de la campagne, une attention particulière est portée à la préparation des élèves afin de limiter les effets indésirables.

« Nous veillons d’abord à ce que tous les enfants aient pris un repas suffisant avant le traitement. Ensuite, nous mesurons leur taille pour déterminer avec précision le nombre de comprimés à administrer à chacun. Ce n’est qu’après ces vérifications que nous leur donnons les médicaments, accompagnés d’une quantité suffisante d’eau », détaille Bruno Kokou Azia.

Chaque enfant est ainsi traité selon sa taille, ce qui permet d’adapter la dose de praziquantel et de garantir un traitement sûr et efficace.

Au-delà des établissements scolaires, les enfants non scolarisés sont également pris en charge grâce à des relais communautaires qui assurent la distribution des médicaments à domicile. Cette approche inclusive permet d’élargir la couverture et de toucher les populations les plus vulnérables.

Au niveau des communautés, ces progrès se traduisent par une amélioration tangible de la santé et du bien-être des enfants.
« Avant, les enfants se plaignaient souvent de maux de ventre et tombaient régulièrement malades. Aujourd’hui, ces problèmes sont beaucoup moins fréquents et les parents sont bien plus rassurés », se réjouit Rigobert Houngbé, président de l’association des parents d’élèves de l’EPP Guinkomé et grand-père de Philippe, élève en classe de CM2.

En réduisant la charge parasitaire, les campagnes contribuent également à lutter contre l’anémie, la fatigue et les retards de croissance. Elles permettent ainsi d’améliorer la capacité des enfants à apprendre et à participer pleinement aux activités scolaires.
« Les débarrasser de ces parasites les rend plus aptes à suivre les cours et favorise un meilleur rendement scolaire », souligne Carole Catharia Hounnouvi.

L’ampleur des interventions reflète l’engagement des autorités sanitaires à protéger les populations les plus vulnérables. Lors de la dernière campagne, organisée du 27 au 29 avril 2026, près de 950 000 enfants ont reçu un traitement contre la bilharziose et plus de 1 227 000 contre les géo-helminthiases, grâce à la mobilisation de plus de trois millions de comprimés distribués à travers le pays.

Pour Bella Tounou, mère du jeune Manassé, ces campagnes représentent avant tout une protection précieuse pour l’avenir de son enfant. « Je préfère savoir que mon enfant est à l’abri des maladies. Lorsque j’ai entendu parler de la campagne, je n’ai pas hésité un seul instant. Quand la maladie survient, il est souvent déjà trop tard et les dépenses peuvent être élevées. C’est pour cette raison que je le fais aussi vacciner », explique-t-elle.

L’OMS accompagne le Bénin tout au long de ce processus à travers un appui technique et stratégique. L’Organisation soutient notamment la planification des campagnes, la mobilisation des ressources, la formation des acteurs de terrain, la digitalisation de la collecte des données, ainsi que le renforcement des systèmes de suivi et d’évaluation.

« Les progrès réalisés démontrent qu’il est possible de réduire durablement la transmission des maladies tropicales négligées lorsque les interventions sont maintenues dans le temps et portées par l’ensemble des acteurs concernés », souligne le Dr Jean Kouamé Konan, représentant de l’OMS au Bénin. « Chaque enfant protégé représente une chance supplémentaire de grandir en bonne santé, d’apprendre et de développer pleinement son potentiel. »

À Guinkomé, les bénéfices de cet investissement de long terme se lisent désormais dans les salles de classe. Les enfants sont plus présents, plus actifs et davantage engagés dans leur apprentissage. Pour les enseignants comme pour les parents, ces progrès illustrent concrètement l’impact d’une intervention qui, année après année, contribue à offrir aux enfants de meilleures chances de grandir en bonne santé et de réussir leur parcours scolaire.

Distribué par APO Group pour World Health Organization (WHO), Benin.

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