Source: United Nations – in French 2
Headline: Au Venezuela, après les séismes, la menace d’une catastrophe sanitaire
30 juin 2026 Aide humanitaire
Six jours après les deux violents séismes qui ont frappé le nord du Venezuela, les opérations de sauvetage se poursuivent, tandis qu’une autre urgence passe au premier plan : empêcher qu’une catastrophe sanitaire ne succède au désastre. Les Nations Unies alertent sur l’effondrement des services essentiels, la saturation des hôpitaux et le risque croissant de propagation de maladies infectieuses.
À cette crise s’ajoutent désormais de fortes pluies liées au passage d’une onde tropicale, qui compliquent les opérations de secours et augmentent le risque de nouveaux effondrements de bâtiments ainsi que de glissements de terrain dans les zones déjà dévastées.
Le bilan humain continue de s’alourdir. Lundi, les autorités vénézuéliennes faisaient état de plus de 1 700 morts et 5 000 blessés, auxquels s’ajoutent près de 16 000 personnes touchées ou déplacées. Mais derrière ces chiffres, c’est désormais la survie des rescapés qui préoccupe les agences humanitaires. Plus d’une cinquantaine d’équipes internationales de recherche et de sauvetage, regroupant quelque 2 300 intervenants, travaillent désormais aux côtés des autorités vénézuéliennes. Mais à mesure que les chances de retrouver des survivants s’amenuisent, les agences humanitaires réorientent progressivement leurs efforts vers les soins médicaux, les abris d’urgence, l’accès à l’eau potable et l’assainissement.
« Hier, j’ai rencontré un homme qui tenait dans ses bras ses trois jeunes fils, âgés de deux, quatre et cinq ans », a raconté mardi, depuis La Guaira, la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) au Venezuela, Stephanie Hochstetter. « Ils n’avaient ni abri, ni nourriture, ni eau. Leur mère avait été transportée dans un hôpital de Caracas. Ils avaient perdu des membres de leur famille et des voisins. C’est déchirant de voir un tel désespoir ».
Pour la responsable du PAM, qui s’exprimait par visioconférence lors du point de presse quotidien de l’ONU à New York, la réponse humanitaire entre désormais dans une nouvelle phase. « Les opérations passent déjà progressivement des recherches et des sauvetages à une réponse humanitaire de plus long terme », a-t-elle souligné. « Les besoins en nourriture, en eau potable, en abris et en services essentiels sont immédiats et considérables ».
Dans l’État côtier de La Guaira, le plus durement touché, les pénuries alimentaires sont généralisées, a averti mardi le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
« Les services essentiels se sont effondrés et les communications sont largement interrompues », a indiqué une porte-parole de l’agence, Carlotta Wolf. Dans le même temps, les tensions s’exacerbent à mesure que l’accès à l’aide reste limité. « La panique est palpable. Les habitants veulent accéder à l’aide le plus rapidement possible ».
Une évaluation rapide menée par le HCR dans les États de La Guaira, de Miranda, d’Aragua, de Carabobo, ainsi que dans la capitale Caracas et ses alentours, montre l’ampleur des besoins. Environ la moitié des personnes interrogées ont trouvé refuge chez des proches ou des voisins. Près de 40 % d’entre elles vivent toutefois dans la rue, dans des espaces publics, des églises, des écoles ou des abris improvisés.
Ces installations « ne répondent pas aux normes minimales de protection », a souligné la porte-parole, évoquant l’absence d’espaces sûrs, d’intimité et de conditions d’hygiène satisfaisantes. Le HCR s’inquiète également de la présence d’enfants non accompagnés ou séparés de leur famille parmi les sinistrés.
© UNICEF/ Leonel Garcia Des personnes déplacées par les séismes du 24 juin dans l’État de La Guaira, au Venezuela, vivent désormais dans des tentes.
Des hôpitaux au bord de la rupture
À mesure que les opérations de sauvetage se poursuivent, les établissements de santé peinent à absorber l’afflux de blessés, d’après les observations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« Les services de santé sont aujourd’hui soumis à une pression extrême », a déclaré mardi Christian Lindmeier, un porte-parole de l’agence sanitaire.
Sur les 21 établissements de santé évalués à Caracas ainsi que dans les États de La Guaira, Miranda et Falcón, trois sont désormais considérés comme étant dans un état critique et six autres ont subi des dommages structurels ou ne fonctionnent que partiellement. Les autres restent ouverts, mais au prix d’une surcharge permanente.
Le porte-parole de l’OMS décrit un fonctionnement devenu « chaotique », marqué par des hôpitaux saturés, des interventions chirurgicales sans cesse reportées, des protocoles de biosécurité de plus en plus difficiles à appliquer et des soignants épuisés.
À ces difficultés s’ajoutent de graves défaillances des services médico-légaux et des morgues, ainsi que des lacunes dans l’enregistrement des victimes et le recensement des personnes disparues.
© CNES Des images satellites montrent des immeubles à Caraballeda, dans l’État de La Guaira, au nord du Venezuela, avant (à gauche) et après les tremblements de terre qui ont frappé la zone le 24 juin.
Une menace sanitaire grandissante
Au-delà des traumatismes provoqués par le séisme, les autorités sanitaires redoutent désormais l’apparition d’épidémies.
« Le risque de flambées de maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole, la diphtérie ou la coqueluche, est désormais plus élevé, tout comme celui de la fièvre jaune et d’autres maladies transmises par les moustiques ou par l’eau, notamment la dengue, le chikungunya, le virus Zika, la fièvre d’Oropouche et le paludisme », a averti M. Lindmeier.
Selon l’OMS, cette menace est renforcée par une couverture vaccinale déjà insuffisante avant les séismes et par les difficultés actuelles d’accès aux vaccins.
L’organisation s’inquiète également de la disparition de plusieurs professionnels de santé à La Guaira, notamment des équipes chargées de l’ensemble de la prise en charge des femmes enceintes dans la région. Leur absence crée une rupture critique dans les soins obstétricaux au moment même où les besoins augmentent.
Face à cette situation, les renforts internationaux continuent d’arriver. Mardi, un avion affrété par l’UNICEF a livré 47 tonnes de fournitures humanitaires destinées aux enfants et aux familles sinistrés. La cargaison comprend notamment des kits médicaux d’urgence, du matériel pour les accouchements et les soins aux nouveau-nés, des équipements de purification et de stockage de l’eau potable, des tentes destinées à accueillir des espaces adaptés aux enfants, ainsi que des fauteuils roulants et du matériel éducatif permettant aux plus jeunes de retrouver un semblant de normalité. Cette livraison, qui s’ajoute à une première cargaison acheminée depuis le Panama le 28 juin, doit permettre de venir en aide à plus de 100 000 enfants et membres de leurs familles au cours des trois prochains mois.
Le HCR renforce également son dispositif. L’agence aide les autorités à recueillir et gérer les informations sur les personnes touchées, tout en acheminant des fournitures d’urgence depuis son entrepôt de Táchira vers La Guaira. Elle se dit en mesure de mobiliser rapidement plus de 20 tonnes supplémentaires de matériel humanitaire depuis ses stocks régionaux au Panama afin de soutenir les opérations de secours.
De son côté, le PAM indique avoir déjà distribué une aide alimentaire d’urgence à plus de 1 200 personnes en quelques jours et prévoit d’assister jusqu’à un demi-million de sinistrés au cours des trois prochains mois. L’agence estime toutefois que les moyens actuellement mobilisés ne suffiront pas à couvrir l’ensemble des besoins et lance un appel de fonds de 50 millions de dollars pour financer cette première phase de la réponse.
L’UNICEF estime toutefois que près de 680 000 enfants ont aujourd’hui besoin d’une assistance humanitaire et lance un appel de fonds de 52 millions de dollars pour financer la poursuite de ses opérations.
« L’expérience montre que lorsque les projecteurs s’éteignent, les besoins, eux, ne disparaissent pas », a rappelé Stephanie Hochstetter. « C’est pourquoi nous demandons dès aujourd’hui un soutien durable afin que les familles ne restent pas piégées dans un cycle prolongé d’insécurité alimentaire ».
