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Le racisme à la Coupe du monde de football est une triste réalité : comment en comprendre les origines

Le racisme à la Coupe du monde de football est une triste réalité : comment en comprendre les origines

Source: The Conversation – in French – By Christian Ungruhe, Research fellow, University of Passau

Aucune équipe africaine n’est allée au-delà des quarts de finale de la Coupe du monde de football masculin de 2026, mais leur jeu stratégique et tactique a durablement marqué les esprits.

Le succès des équipes africaines n’est pas le fruit du hasard, c’est le résultat d’un long processus. Il est donc surprenant que le football africain continue d’être sous-estimé et dévalorisé par les experts, souvent d’une manière qui révèle leur ignorance tant du football africain que de son histoire. Parfois, leurs commentaires revêtent une connotation raciste très problématique.

Ce fut le cas de l’ancienne star Bastian Schweinsteiger, aujourd’hui commentateur depuis plusieurs années pour une chaîne de télévision allemande. À la veille d’un match de phase de poules contre la Côte d’Ivoire, on lui a demandé à quoi l’équipe allemande pouvait s’attendre. Il a répondu :

Un peu de football africain, un peu atypique, un peu sauvage… peut-être aussi moins axé sur la tactique. Nous devons nous préparer à ce que ce soit imprévisible.

Même en faisant abstraction du fait que l’équipe allemande n’était pas supérieure – tant sur le plan tactique qu’en termes de style de jeu –, cette description est inappropriée et offensante. Elle repose sur une vision stéréotypée et colonialiste de l’Afrique.

D’une part, Schweinsteiger a été critiqué pour des propos jugés racistes.

Comme l’a déclaré le sélectionneur de la Côte d’Ivoire, Emerse Faé :

C’est bizarre d’avoir des propos de ce genre, qu’on peut qualifier, sans détour, de racistes… J’espère seulement qu’il s’agit d’une déclaration maladroite, plutôt que d’une véritable pensée.

D’un autre côté, nombreux sont ceux qui, sur les forums en ligne et les réseaux sociaux, se sont demandé pourquoi la déclaration de Schweinsteiger était considérée comme raciste. Cela a également été la position de sa chaîne, le diffuseur pblic allemand, l’ARD.

Schweinsteiger a répondu mollement à ces critiques :

Je parlais de football, pas des gens. Il s’agit d’une analyse footballistique – ni plus, ni moins.

J’entends souvent ce genre de minimisation lorsque le football en Afrique et les Africains sont subtilement dévalorisés. En tant qu’anthropologue, mes recherches portent sur la migration des footballeurs issus de diverses régions d’Afrique et sur les forces qui ont façonné l’évolution du football africain, en particulier le football moderne. L’un des axes principaux porte sur la racialisation, l’altérisation et le racisme subis par les joueurs.

Les recherches montrent que les footballeurs africains, et les joueurs noirs de manière plus générale, sont confrontés à différentes formes de racisme.

Sur les réseaux sociaux, ils sont fréquemment victimes d’attaues ouvertement hostiles, ainsi que d’insultes. Un exemple récent est la publication offensante de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla, après la défaite de son pays face à la France. Elle a décrit Kylian Mbappé comme :

un Camerounais colonisé, essayant désespérément de se faire passer pour un Français… rancunier, arrogant et laid.

Les joueurs africains sont également confrontés à des discriminations structurelles dans le monde du football. Cela se traduit par des contrats plus courts et des salaires plus bas, ainsi que par des postes de jeu moins valorisés sur le terrain. Ils sont moins pris en compte pour les fonctions d’entraîneurs et d’administrateurs, comme le montrent diverses études.

En outre, ils sont constamment confrontés à des formes plus subtiles de racisme au quotidien, qui se manifestent par la dévalorisation de leurs capacités et de leurs qualités. Ils sont souvent réduits à leur apparence physique, leur intelligence étant niée.

Le racisme quotidien s’exprime souvent de manière subtile et les personnes blanches comme Schweinsteiger ne sont souvent pas conscientes de sa connotation raciste. Par conséquent, la question de savoir si Bastian Schweinsteiger est raciste ou non n’est pas la question centrale (il ne l’est très probablement pas).

La question clé est plutôt de savoir pourquoi ces stéréotypes sont sans cesse répétés dans le football et pourquoi, pour beaucoup de gens, ils semblent refléter la réalité plutôt que d’apparaître comme problématiques. Pour comprendre cela, nous devons tenir compte de la diversité de l’Afrique et examiner de plus près l’histoire coloniale du continent.

Stéréotypes coloniaux

D’une part, des déclarations simplistes comme celles de Schweinsteiger dénigrent le football de tout un continent sans faire la moindre distinction.

Il n’existe pas plus de « style de football africain » qu’il n’y en a de « style européen ». Cela ne reflète pas la complexité de la réalité. Cette vision traduit une ignorance ou un manque d’intérêt.

Deuxièmement, décrire le football africain comme « peu orthodoxe », « sauvage » et « dépourvu de tactique » perpétue des stéréotypes datant de l’époque coloniale qui dépassent le cadre du sport. Mon étude sur les footballeurs africains en Allemagne montre à quel point ces joueurs sont exposés à des vulnérabilités structurelles qui dépassent largement le cadre du sport en Europe.

La manière dont sont perçus les footballeurs migrants africains repose sur une pensée coloniale. La colonisation européenne s’est légitimée en hiérarchisant les peuples. L’Européen éclairé, capable de réflexion, et l’Africain inculte, qu’il faut apprivoiser.

Dès les années 1920, les administrateurs coloniaux ont délibérément utilisé le football pour asservir les Africains. Le sport servait à inculquer l’esprit d’équipe et les règles à l’Africain prétendument naïf, brut et peut-être menaçant, afin d’en faire un sujet loyal envers la colonie.

Résister ouvertement était dangereux. Mais il est intéressant de noter que cette résistance s’est exprimée sur le terrain. Des études soulignent comment certains Africains ne cherchaient pas à respecter les règles. Ils tentaient des feintes, des dribbles et des figures – d’une part pour divertir leur propre public, mais aussi pour afficher leur défiance.

Pendant la lutte pour l’indépendance, le football a ensuite été utilisé par certains pays africains pour favoriser un sentiment d’unité nationale et panafricaine.

Par ailleurs, les frontières coloniales avaient été tracées de manière arbitraire. Les équipes nationales de football avaient leur importance, mais le style de jeu en avait tout autant : l’intégrité et la maîtrise technique offraient une alternative à l’image coloniale.

Au fil des ans, les styles de jeu nationaux ont évolué de diverses manières. Ils sont influencés par les valeurs culturelles, les liens transnationaux et la professionnalisation du football. Cependant, le stéréotypes associant des physiques puissants, des dribbles habiles et une approche prétendument enfantine et naïve – s’est ancré dans les esprits européens.

Un poison lent

À première vue, les remarques subtilement désobligeantes comme celles de Schweinsteiger peuvent ne pas sembler aussi racistes que les insultes ouvertes et les commentaires dégradants observés quotidiennement dans le football et la société. Mais elles sont blessantes. Et comme elles sont profondément ancrées dans les représentations des sociétés européennes et sont difficiles à faire disparaître.




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Il s’agit plutôt d’un poison insidieux qui, lorsqu’il est constamment reproduit, façonne la conscience collective d’une société. Comme mes recherches l’ont montré, de telles remarques ne se contentent pas de dénigrer le football en Afrique, mais façonnent également la perception d’un continent généralement présenté arriéré à tous les niveaux.

Pour lutter contre cette image tenace, héritée de l’époque coloniale, d’une infériorité africaine, il est important de prendre des mesures contre toutes les formes de dénigrement raciste dans le football et au-delà, qu’elles soient involontaires, subtiles ou explicites.

Christian Ungruhe bénéficie d’un financement de l’université de Passau.

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