Source: United Nations – in French 2
Headline: Somalie : les coupes budgétaires mettent en péril l’aide aux enfants vulnérables
21 août 2026 Aide humanitaire
Les coupes de l’aide publique au développement entraînent la fermeture des services de santé et de nutrition en Somalie, rendant l’accès à l’eau, à l’éducation et aux services de protection toujours plus difficile, a mis en garde vendredi une agence des Nations Unies.
Dans le contexte de coupes sans précédent dans l’aide humanitaire, 205 centres de santé et de nutrition ont déjà fermé. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), les conséquences pour les enfants ont été immédiates.
Entre janvier et juin 2026, la Somalie a enregistré une hausse de 32 % du nombre d’enfants admis dans des centres de stabilisation pour y être pris en charge pour une malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications, par rapport à la même période l’année dernière.
« Moins de centres de santé implique des trajets plus longs pour les mères et leurs bébés ; des trajets plus longs impliquent des traitements plus tardifs ; des traitements plus tardifs entraînent des maladies plus graves et un risque accru de décès qui pourraient être évités », a déclaré lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève, James Elder, porte-parole de l’UNICEF.
©UNICEF/UN0591078/Taxta Un enfant est tenu par sa mère alors qu’il se nourrit d’un sachet d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi en Somalie.
Des services essentiels menacés dans tous les secteurs
Les coupes de financement ont déjà entraîné la réduction de 30 % de la couverture des services de santé et de nutrition. Et l’ampleur potentielle de nouvelles perturbations est alarmante. Dans les scénarios de financement les plus défavorables, jusqu’à 618 centres de santé pourraient fermer à l’échelle nationale.
Selon l’agence onusienne, ces déficits de financement interviennent dans un contexte particulièrement alarmant en Somalie. Cette année, près de 1,9 million d’enfants devraient être touchés par la malnutrition, dont près d’un demi-million souffriront de malnutrition aiguë sévère, la forme la plus meurtrière.
James Elder a indiqué avoir rencontré, la semaine dernière, des dizaines d’enfants souffrant de malnutrition dans des centres de stabilisation. Ils étaient arrivés à l’hôpital dans un état très grave, car les centres de santé de proximité avaient fermé. Des familles qui ont perdu leurs récoltes et leur bétail cherchent désormais de l’aide pour leurs enfants souffrant de malnutrition.
Le prix de l’eau quadruple en zones rurales et pastorales
À cette urgence nutritionnelle s’ajoute désormais une crise de l’eau, elle aussi exacerbée par le recul des financements humanitaires. Plus de 1,6 million de personnes ont besoin d’un accès à l’eau potable, tandis que plus de 800.000 personnes risquent de perdre l’accès aux produits essentiels d’hygiène.
Parallèlement, le prix de l’eau dans les zones rurales et pastorales a quadruplé : un bidon de 200 litres qui coûtait environ 2 dollars coûte désormais 8 dollars. Malgré cela, l’UNICEF a fourni des services d’approvisionnement en eau d’urgence et durables à plus d’un million de personnes. Mais sans financements durables, ces avancées sont elles aussi menacées.
Au-delà de l’accès à l’eau et à la nutrition, les coupes budgétaires fragilisent également des acquis essentiels dans l’éducation et la protection de l’enfance.
Le secteur de l’éducation a ainsi perdu 30 millions de dollars en 2025, tandis que les principaux donateurs devraient réduire leurs contributions de plus de moitié cette année. Plus de 78.000 élèves ont déjà quitté l’école et 660.000 autres sont menacés de décrochage. Lors de la sécheresse de 2022, le soutien de l’UNICEF avait pourtant permis à plus de 130.000 enfants de rester scolarisés.
© UNICEF/Said Fadhaye Des familles vivant dans un village près de Baidoa en Somalie ont été déplacées de leurs foyers par la sécheresse et les conflits et tentent de reconstruire leur vie (archives).
« Ce n’est pas le moment de se désengager de la Somalie »
En matière de protection, des milliers d’enfants associés à des groupes armés ou exposés au recrutement ont également bénéficié, en 2024 et 2025, d’un accompagnement vers la réintégration. Des avancées aujourd’hui menacées par le manque de financements.
Les ressources nécessaires pour protéger les enfants vulnérables sont réduites précisément au moment où les pressions qui plongent les enfants somaliens dans la crise s’intensifient.
« C’est une contradiction brutale : les ressources nécessaires pour protéger les enfants vulnérables sont réduites précisément au moment où les pressions qui plongent les enfants somaliens dans la crise s’intensifient », a regretté M. Elder.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les crises qui frappent la Somalie ne montrent aucun signe d’apaisement. Ce pays de la Corne de l’Afrique fait face à une crise climatique croissante, à une grave sécheresse dans le nord, aux conflits et aux déplacements de population, tandis que la guerre en Iran contribue à renchérir le carburant et les engrais.
Un épisode El Niño d’une intensité record pourrait encore aggraver la situation, avec de graves inondations attendues dans les prochains mois. Pour l’UNICEF, ce n’est donc pas le moment de se désengager. « Protéger les enfants n’est pas une dépense facultative », a conclu son porte-parole, avertissant que réduire une aide efficace aujourd’hui risque d’entraîner demain un coût bien plus lourd, en vies humaines, en sécurité et en ressources.
