Source: United Nations – in French 2
Headline: Soudan : la guerre des drones étend le conflit et menace d’embraser la région
Au Soudan, les dernières semaines ont vu l’armée régulière reprendre du terrain dans le Kordofan, au centre du pays. Parallèlement, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ont répliqué par une campagne de drones à longue portée et les combats gagnent de nouveau les frontières du pays. Derrière ces mouvements se dessine moins la perspective d’une victoire que celle d’un conflit toujours plus fragmenté et difficile à contenir.
UN Photo/Loey Felipe Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, informe le Conseil de sécurité (archive).
Le bilan humain en donne la mesure. Treize millions de Soudanais ont dû quitter leur foyer depuis le début de la guerre civile, en avril 2023, dont 8,7 millions sont déplacés à l’intérieur du pays. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a documenté environ 1 400 civils tués au premier semestre 2026, dont près de 80 % par des frappes de drones. Le nombre réel de morts depuis le début du conflit reste impossible à établir, mais pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers, a averti lundi Rosemary DiCarlo, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, dans le cadre d’une réunion du Conseil de sécurité.
Cette guerre aérienne est devenue l’un des principaux marqueurs du conflit. Les deux camps utilisent des drones, qui ont frappé marchés, écoles, stations-service ou installations d’approvisionnement en eau. Le 12 août, après plusieurs mois d’accalmie relative, des appareils ont visé Khartoum, la capitale reprise par l’armée en 2025, ainsi qu’Atbara, plus au nord. A Bahri, dans l’agglomération de la capitale, un drone s’est écrasé dans la cour d’une mosquée. A El Obeid, huit frappes ont fait deux morts et plusieurs blessés, selon des sources médicales citées par la presse. Ni les FSR ni l’armée n’avaient revendiqué ces attaques.
© UNICEF / Mohamed Dawod Des abris temporaires accueillent des familles déplacées en provenance de la région du Kordofan.
El Obeid, nouveau verrou de la guerre
C’est désormais autour d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord, que se joue une partie décisive de la confrontation. Située entre le Darfour, largement dominé par les FSR, et les régions orientales contrôlées par l’armée, cette ville d’environ un demi-million d’habitants constitue un verrou stratégique. Fin juillet, les forces armées du général Abdel Fattah Al-Bourhane avaient réalisé une rare percée en reprenant plusieurs localités, dont Bara, sur l’axe reliant Khartoum à El Obeid, ouvrant une voie de ravitaillement vers la ville.
ONU Photos/Eskinder Debebe Tom Fletcher, coordinateur des secours d’urgence de l’ONU, au Conseil de sécurité (archive).
Les FSR ont depuis intensifié leur riposte. Marchés, stations-service et infrastructures électriques et hydrauliques ont été frappés à El Obeid, où 15 000 familles supplémentaires sont arrivées depuis la mi-juillet, selon Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU, qui participait à la réunion de lundi au Conseil. La crainte est de voir se reproduire le scénario d’El-Fasher, au Darfour du Nord, conquise par les paramilitaires en octobre 2025 après dix-huit mois de siège et théâtre d’atrocités à grande échelle.
Mais le Kordofan n’est plus le seul foyer d’escalade. Dans l’Etat du Nil Bleu, les FSR ont annoncé le 11 août s’être emparées de Geissan, près de la frontière éthiopienne, tandis que des combats ont repris autour de Kurmuk. Des milliers de personnes ont fui en deux semaines et certaines ont franchi la frontière vers l’Ethiopie. Plus à l’ouest, des frappes près de Tina, à la frontière tchadienne, ont touché des civils fuyant les combats et accentué la pression sur des communautés tchadiennes déjà confrontées à l’afflux de réfugiés.
Une guerre alimentée de l’extérieur
A cette extension géographique s’ajoute une fragmentation militaire croissante. Aux deux principaux belligérants s’agrègent désormais une multitude de mouvements armés et de milices locales poursuivant leurs propres intérêts territoriaux, politiques ou sécuritaires. Dans le même temps, selon Mme DiCarlo, la sophistication des armes utilisées continue de témoigner d’un soutien extérieur aux deux camps. Cette combinaison – internationalisation par le haut, morcellement par le bas – éloigne encore la perspective d’un cessez-le-feu.
La diplomatie, elle, peine à suivre. Les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, l’Egypte et les Emirats arabes unis tentent de négocier une trêve humanitaire, tandis qu’un autre format réunissant notamment l’ONU, l’Union africaine et des organisations régionales prépare de nouvelles consultations politiques en septembre à Addis-Abeba. L’envoyé personnel de l’ONU, Pekka Haavisto, a récemment rencontré le ministre soudanais des affaires étrangères et le chef des FSR, Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Mais les deux camps restent enfermés, selon Mme DiCarlo, dans une « logique militaire à somme nulle ».
Pendant ce temps, plus des deux tiers des Soudanais ont besoin d’une aide vitale. A peine plus de 40 % des 2,87 milliards de dollars réclamés pour financer la réponse humanitaire ont été reçus ; le plan régional destiné aux réfugiés n’est financé qu’à 17 %.Devant le Conseil de sécurité, lundi, Tom Fletcher a donc renoncé à répéter ses habituels appels au respect du droit humanitaire, au financement de l’aide et à la paix. « Le Soudan ne souffre pas d’un manque d’analyses. Il souffre d’un manque d’action », a-t-il lancé. « Le peuple soudanais a besoin de nourriture, d’eau et de médicaments. Pourtant, le monde envoie des drones, des armes et des mercenaires ».
Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :
Post
Soudan : la guerre des drones étend le conflit et menace d’embraser la région
