Source: The Conversation – in French – By Elisabeth Lafleur, Doctorante en psychologie, profil recherche-intervention, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Pourquoi certains parents vivent-ils davantage de difficultés sexuelles après l’arrivée d’un bébé ? L’existence de traumas vécus dans le passé joue un rôle important pour amplifier les divers facteurs qui interviennent.
La naissance d’un enfant vient avec son lot de défis pour les couples. En plus des ajustements physiques, émotionnels et relationnels qui accompagnent la parentalité, les parents sont aussi confrontés à des changements dans leur vie sexuelle. Plusieurs rapportent notamment une baisse de leur satisfaction sexuelle et de la fréquence de leurs activités sexuelles. Bien que ces difficultés soient courantes chez les parents, elles peuvent être source de détresse.
Mais pourquoi certains parents vivent-ils davantage de difficultés sexuelles que d’autres après l’arrivée d’un bébé ? Pour répondre à cette question, nous avons étudié 437 couples de parents ayant repris une activité sexuelle depuis la naissance de leur enfant (baisers, caresses, relations avec pénétration). Nous voulions vérifier si les traumas vécus durant l’enfance, telles la négligence, les agressions ou l’intimidation, étaient liés à une moins grande satisfaction sexuelle, et si le fait de se sentir compris, accepté et soutenu par son partenaire pouvait contribuer à préserver cette satisfaction.
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Les modèles biopsychosociaux suggèrent que durant la période post-partum, le bien-être sexuel est influencé par une combinaison de facteurs biologiques (tels les changements hormonaux et l’allaitement), psychologiques (par exemple la dépression post-partum), et relationnels.
Toutefois, certaines expériences vécues bien avant l’arrivée d’un enfant peuvent également influencer l’adaptation à cette période. Les traumatismes interpersonnels vécus durant l’enfance peuvent rendre cette transition plus difficile, notamment en raison des répercussions psychologiques, relationnelles et sexuelles associées à ces expériences. Les études montrent d’ailleurs que les personnes ayant vécu de tels traumas rencontrent davantage de difficultés sexuelles à l’âge adulte, y compris une plus faible satisfaction sexuelle.
L’importance de la réceptivité perçue
Notre étude montre que ce lien s’observe également chez les couples après la naissance d’un enfant. Se sentir compris par son partenaire est l’un des ingrédients essentiels de l’intimité dans un couple.
Au-delà du simple fait d’être écouté, cela implique de sentir que notre partenaire connaît et saisit qui nous sommes, qu’il apprécie et respecte nos capacités, notre personnalité et nos opinions, et qu’il est attentif et disposé à répondre à nos besoins, par exemple en apportant un soutien dans les moments difficiles. Les chercheurs appellent ce sentiment la « réceptivité perçue ».
De nombreuses études indiquent que les personnes qui perçoivent davantage cette réceptivité chez leur partenaire rapportent une meilleure satisfaction dans leur relation et dans leur vie sexuelle, y compris durant la période post-partum.
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Cependant, nos observations suggèrent que l’expérience de traumas peut nuire à ce processus : les parents survivants rencontrent davantage de difficultés à se sentir compris et accepté par leur partenaire, ce qui, en retour, affecte négativement leur satisfaction sexuelle. Ces associations sont observées chez les deux partenaires, tant chez les mères que chez les pères.
Des traumas qui persistent
Prenons l’exemple d’Anya et Robin, qui ont accueilli leur bébé il y a quatre mois. Dans son enfance, Anya a été exposée à de la violence physique entre ses parents. Robin, quant à lui, a vécu de la négligence émotionnelle.
Ils ont recommencé à avoir des relations sexuelles dans les dernières semaines. Anya a toutefois l’impression que Robin souhaite retrouver rapidement leur intimité « comme avant » et qu’il n’est pas suffisamment attentif à son vécu et ses besoins pendant leurs rapports. Ayant grandi dans un climat de violence où elle ne se sentait ni en sécurité ni entendue, Anya est sensible aux situations où elle a l’impression que ses besoins ne sont pas pris en compte et qu’elle ressent de la pression. Elle en vient alors à apprécier de moins en moins ces moments d’intimité.
De son côté, Robin trouve difficile le changement de rôle et ressent que la relation de couple prend moins de place. Il craint que la relation se dégrade, mais ressent qu’Anya invalide parfois ses préoccupations, ce qui ravive des souvenirs d’enfance où il se sentait peu important et peu écouté. Pour lui, l’intimité représente une manière de se sentir connecté à Anya. Il se sent donc moins satisfait sexuellement.
Cet exemple illustre comment, durant la période post-partum, la réceptivité perçue entre partenaires est un élément essentiel pour reconnecter avec l’autre, mais qu’elle peut facilement être fragilisée, particulièrement chez les personnes ayant vécu des traumas. Ces parents peuvent éprouver plus de difficulté à exprimer leurs besoins et nécessiter une sensibilité accrue de la part de leur partenaire.
Attention et sensibilité à l’expérience de l’autre
Les expériences traumatiques surviennent dans des contextes relationnels où l’enfant n’a pas été protégé, ce qui peut mener à un sentiment d’avoir été rejeté, incompris ou invalidé. Avec le temps, ces expériences sont intériorisées et peuvent influencer la manière dont une personne interprète les comportements des autres dans ses relations intimes, incluant la réceptivité de l’autre.
Ainsi, les survivants de traumas peuvent être plus sensibles aux signes de rejet, aux interactions négatives dans le couple, et percevoir moins de réceptivité chez leur partenaire. Dans un contexte exigeant comme l’arrivée d’un enfant, ces éléments peuvent être accentués.
Nos résultats suggèrent que les conséquences des traumas ne se limitent pas à la personne qui les a vécus. À travers les interactions au sein du couple, leurs effets peuvent aussi se répercuter sur le partenaire et influencer la satisfaction sexuelle de l’autre. La manière dont chaque partenaire est réceptif à l’autre peut donc faire une différence dans le bien-être relationnel et sexuel du couple.
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Être réceptif à son partenaire ne signifie pas toujours avoir les bonnes réponses. Il s’agit plutôt d’être attentif et sensible à l’expérience de l’autre. Concrètement, cela peut passer par le fait d’écouter l’autre sans interrompre ni chercher immédiatement des solutions, vérifier sa compréhension (« si je comprends bien, tu as l’impression que… »), valider les émotions de l’autre même si elles sont différentes des nôtres, ainsi qu’exprimer ses propres besoins de manière ouverte et respectueuse.
Ces gestes peuvent renforcer le sentiment de sécurité dans la relation et soutenir l’intimité pour tous les parents, mais particulièrement chez ceux ayant vécu des traumas. Ils peuvent ainsi contribuer à favoriser et préserver un lien plus satisfaisant dans cette nouvelle réalité.
Lafleur, Elisabeth a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Fonds de recherche du Québec (FRQ).
Alison Paradis a reçu du financement de recherche des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et des Fonds de recherche du Québec (FRQ). Elle est directrice du Laboratoire d’étude sur le bien-être des familles et des couples (LÉFAC), membre du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles (CRIPCAS), de l’Équipe Violence Sexuelle et Santé (ÉVISSA) et de l’Institut universitaire Jeunes en difficulté (IUJD).
Natacha Godbout a reçu des financements octroyés pour la qualité des projets de recherche par compétition du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et des Fonds de recherche du Québec. Elle est membre de l’Ordre des psychologues du Québec, directrice de l’unité de recherche et d’intervention sur le trauma et le couple (TRACE), du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles (CRIPCAS) et des équipes de recherche EVISSA et SCOUP.
– ref. Difficultés sexuelles des nouveaux parents : l’impact des traumas d’enfance – https://theconversation.com/difficultes-sexuelles-des-nouveaux-parents-limpact-des-traumas-denfance-277134
