Source: The Conversation – in French – By Ahmed Elbediwy, Senior Lecturer in Cancer Biology & Clinical Biochemistry, Kingston University
Vaporiser un peu de parfum sur son cou est une étape familière avant de quitter la maison. Mais la publication virale sur Instagram d’un cancérologue a désigné le cou comme une zone « qui invite à la prudence », car elle se trouve à proximité de la glande thyroïde.
La légende précise qu’il n’existe aucune preuve que le fait de vaporiser du parfum sur le cou endommage la thyroïde. Pourtant, les références aux perturbations hormonales et à l’exposition à vie à des substances chimiques à travers une peau fine pourraient suggérer un lien possible avec des maladies thyroïdiennes ou le cancer. Une petite vaporisation pourrait-elle vraiment présenter un risque particulier?
Les données actuelles ne montrent pas que l’application de parfum sur la peau au niveau de la thyroïde fasse parvenir de manière sélective les composés chimiques du parfum à la glande ou l’expose à une dose plus élevée que si l’on vaporisait ailleurs. Les recherches sur l’absorption cutanée et l’anatomie du cou ne corroborent pas l’idée d’une voie d’accès directe et sélective vers la glande thyroïde.
La thyroïde est une glande en forme de papillon située dans la partie inférieure avant du cou. Elle produit et libère des hormones qui aident à réguler la façon dont le corps utilise son énergie. Elle se trouve sous la peau, ainsi que sous plusieurs couches de tissu conjonctif et de muscles.
Que se passe-t-il lorsque le parfum entre en contact avec la peau?
La peau agit comme une barrière. Un ingrédient peut s’évaporer, rester à la surface, pénétrer dans les couches cutanées ou passer dans la circulation sanguine. L’absorption dépend de la substance chimique, de sa composition, de l’état et de l’emplacement de la peau, de la dose et de la durée de contact.
L’emplacement sur le corps peut influencer l’absorption. Une fois qu’une substance chimique atteint les vaisseaux sanguins situés dans les couches profondes de la peau, elle peut circuler plus largement. L’application d’une substance près d’un organe ne cible pas automatiquement cet organe.
Les évaluations de sécurité des produits cosmétiques en aérosol tiennent également compte de l’inhalation. Cette voie d’exposition n’entraîne pas d’exposition particulière de la thyroïde lors d’une application au cou.
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Qu’en est-il des phtalates et des hormones?
Les préoccupations portent en grande partie sur les phtalates, une famille de substances chimiques dont les usages et les effets sur la santé varient. Le phtalate de diéthyle, ou DEP, a été utilisé comme solvant et fixateur dans les parfums. D’autres phtalates ont principalement servi à assouplir les plastiques. Les données concernant un membre de cette famille ne peuvent pas simplement être appliquées à tous les autres.
Une revue systématique publiée en ligne en 2024 a rassemblé 17 études portant sur 5 616 enfants et adolescents. Elle a fait état d’associations entre l’exposition aux phtalates et les taux de certaines hormones thyroïdiennes, tandis que les résultats concernant d’autres hormones étaient incohérents. Les études ont examiné l’exposition provenant de multiples sources. Elles n’ont pas porté sur l’application de parfum sur le cou ni sur le développement de maladies thyroïdiennes, et ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet.
Le parfum peut contribuer à l’exposition au DEP. Dans une étude portant sur 337 femmes, les utilisatrices de parfum présentaient des concentrations urinaires plus élevées de phtalate de monoéthyle, un produit de dégradation du DEP. Cela confirme que le parfum est une source d’exposition au DEP. L’étude n’a pas porté sur les atteintes à la thyroïde ni sur le site d’application.
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Un « perturbateur endocrinien » est une substance exogène qui modifie le système hormonal et provoque un effet nocif. Le risque dépend du produit chimique, de la dose, de la voie d’exposition, du moment et de la durée de l’exposition. Un effet hormonal observé lors d’une expérience en laboratoire ne permet pas d’établir le risque lié à un produit parfumé fini utilisé dans des conditions quotidiennes.
Une utilisation répétée implique une exposition répétée, même si cela ne signifie pas nécessairement une accumulation. Les phtalates sont transformés en produits de dégradation qui sont rapidement éliminés par l’urine, tandis qu’une utilisation fréquente peut renouveler l’exposition à plusieurs reprises.
En Grande-Bretagne et en Irlande du Nord, les produits cosmétiques doivent faire l’objet d’une évaluation de leur sécurité avant leur mise en marché, bien que les systèmes de réglementation diffèrent. Les évaluateurs tiennent compte des ingrédients, des concentrations, de l’usage prévu et de l’exposition probable. Les mélanges de parfums peuvent être désignés sous le nom de « parfum », tandis que les allergènes spécifiés doivent être nommés lorsqu’ils dépassent les concentrations prescrites en Grande-Bretagne et en Irlande du Nord.
Les effets cutanés les mieux établis
En ce qui concerne les parfums appliqués directement sur la peau, le risque le plus clairement établi est celui de la dermatite de contact allergique, une éruption cutanée accompagnée de démangeaisons et d’inflammation causée par le contact avec un ingrédient. Une étude a estimé que l’allergie de contact aux parfums touche de 0,7 % à 2,6 % de la population générale.
Une réaction allergique peut se manifester après une sensibilisation, c’est-à-dire lorsque le système immunitaire a appris à réagir à un ingrédient. Un contact ultérieur peut alors provoquer des démangeaisons et une éruption cutanée rouge semblable à de l’eczéma. Un parfum peut également irriter la peau sans provoquer d’allergie. Si une éruption cutanée persiste ou réapparaît, un test épicutané peut aider à en identifier la cause.
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Certains ingrédients des parfums peuvent provoquer une réaction phototoxique, c’est-à-dire une réaction semblable à un coup de soleil lorsqu’un composé chimique présent sur la peau est exposé à la lumière. Une étude menée chez l’humain sur des parfums modèles a révélé que l’huile de bergamote, qui contient un composé chimique réactif à la lumière, pouvait provoquer une telle réaction après une exposition aux rayonnements ultraviolets A (UVA). Le risque dépendait de la concentration et de la dose d’UV; cela ne s’applique donc pas à tous les parfums.
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L’exposition prolongée au soleil est considérée comme l’un des principaux facteurs contribuant à la poïkilodermie de Civatte, qui se caractérise par une peau amincie, de couleur brun-rougeâtre, avec de petits vaisseaux sanguins visibles sur les côtés du cou. Une petite étude portant sur 32 patients a suggéré que l’allergie aux parfums pourrait jouer un rôle chez certaines personnes, mais n’a pas pu démontrer que les parfums étaient à l’origine de cette affection.
L’odeur des parfums peut également affecter les personnes souffrant de migraine. Dans une étude menée en clinique, les personnes souffrant de migraine ont fréquemment cité le parfum comme une odeur qui, selon elles, avait déclenché leurs crises. L’étude s’appuyait sur des souvenirs; elle ne peut donc pas fournir d’estimation démographique ni prouver un lien de causalité. Elle n’apporte aucune preuve de lésions thyroïdiennes.
Alors, faut-il éviter de vaporiser du parfum sur le cou?
Pour la plupart des gens, les données scientifiques actuelles ne fournissent aucune raison liée à la thyroïde d’éviter spécifiquement le cou. Cancer Research UK indique qu’il n’existe aucune preuve que l’utilisation de parfum cause le cancer.
Si le parfum provoque une sensation de brûlure ou une éruption cutanée accompagnée de démangeaisons, cessez de l’appliquer sur la peau et consultez professionnel de la santé si la réaction persiste. Les parfums « naturels » ne sont pas automatiquement plus doux, car les huiles essentielles peuvent également causer une dermatite de contact allergique. Une étiquette « sans phtalates » ne garantit pas en soi qu’un parfum est plus sécuritaire, car les phtalates varient et les produits de remplacement ne sont pas automatiquement plus sécuritaires.
Des recherches supplémentaires pourraient clarifier les effets d’une exposition répétée à des mélanges de parfums. Les données actuelles ne démontrent pas que le fait de vaporiser le cou permette aux composés chimiques du parfum d’atteindre plus facilement la thyroïde.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Est-ce que vaporiser du parfum sur son cou est mauvais pour la santé ? – https://theconversation.com/est-ce-que-vaporiser-du-parfum-sur-son-cou-est-mauvais-pour-la-sante-290109
