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Pourquoi Tupac reste vivant au Cap, 30 ans après sa mort

Pourquoi Tupac reste vivant au Cap, 30 ans après sa mort

Source: The Conversation – in French – By Dariusz Dziewanski, Honorary research affiliate, Centre of Criminology, University of Cape Town

Trente ans après que le rappeur américain de renommée mondiale Tupac Shakur a été abattu à l’âge de 25 ans, son héritage continue de marquer l’Afrique.

Au cours de mes nombreuses années de travail comme criminologue et chercheur, j’ai vu des jeunes, dans des pays aussi éloignés que la Guinée, le Soudan du Sud et le Zimbabwe, arpenter les rues vêtus de t-shirts à son effigie. J’ai également vu des fresques murales à sa mémoire peintes sur les murs de villages sierra-léonais et dans des townships sud-africains.

J’ai été tellement frappé par l’influence de Tupac en Afrique que la compréhension de ce phénomène s’est inscrite dans cinq années de recherche ethnographique pour un livre consacré à la culture de rue, aux pratiques violentes et à la sortie des gangs dans les communautés des Cape Flats, au Cap. Le travail de terrain a consisté en des centaines d’heures d’entretiens avec des personnes vivant dans des zones marquées par la pauvreté et l’insécurité, qui ont poussé environ 100 000 personnes à rejoindre quelque 130 gangs – qui s’affrontent quotidiennement dans une lutte pour l’identité et le contrôle du territoire.

Mon étude sur l’influence persistante de Tupac au Cap a été publiée dans un article de la revue Ethnography. Elle a révélé que pour les personnes marginalisées vivant dans les Cape Flats, Tupac Shakur est bien plus qu’un musicien : c’est un symbole dans lequel elles puisent dignité et courage pour faire face aux menaces physiques, à la précarité matérielle et à la marginalisation sociale et personnelle.

Ce sont les hommes – en particulier les jeunes hommes pauvres – qui, selon les stéréotypes, s’identifient le plus à la ferveur militante du gangsta rap de Tupac. Ils l’admirent en tant que hors-la-loi de la culture de rue qui acquiert pouvoir et richesse par le crime et la violence.

Mais la masculinité gangster n’est qu’une facette du tableau. Les femmes membres de gangs s’inspirent également de l’image de Shakur en tant que « soldat de la rue » et incarnent la culture de la rue pour bon nombre des mêmes raisons que les hommes – protection, revenus, statut social – ainsi qu’en raison des menaces de violence sexuelle auxquelles les femmes sont spécifiquement confrontées.

Pour celles qui résistent aux gangs, Tupac incarne un « prophète du ghetto » et un modèle de transformation positive. La juxtaposition du rap et de la religion est significative. Elle représente un autre aspect clé de sa propre mythologie ; on le qualifie souvent de « saint du ghetto » car il a donné une voix à la souffrance des communautés noires prises au piège de la pauvreté et de la violence.

La musique et la légende de Tupac offrent aux jeunes marginalisés des townships du Cap un langage symbolique commun pour résister à l’oppression et reprendre le contrôle de leur propre identité. Alors que sa musique résonne dans les haut-parleurs et les écouteurs à travers les Cape Flats, les fans de Tupac se reconnaissent dans ses paroles et imaginent une vie meilleure au-delà des frontières sociales qui les ont vus naître.

Les filles de gangs

Une fille de gang que j’ai interviewée, prénommée Kelly, a commencé à se faire appeler « Tupac » à l’âge de 14 ans, après avoir fui son père violent. Elle s’est coupé les cheveux, a commencé à porter un bandana et s’est fait percer le nez à la manière de son idole du rap – en provoquant des bagarres, en poignardant et en volant pour prouver qu’elle était une « badass bitch » et une « vraie west-sider » (terme désignant les rappeurs originaires de la Côte Ouest américaine comme Tupac). Elle a fini par se faire remarquer par le gang des 28s, qui régnait sur son quartier, et l’a rejoint.

L’héritage de Tupac en matière de genre est loin d’être univoque. Sa musique pouvait rendre hommage aux femmes dans un premier temps, avant de les rabaisser ensuite. Des chansons comme Keep Ya Head Up dénonçaient les mauvais traitements infligés aux femmes noires, tandis que Dear Mama rendait hommage à sa mère Afeni Shakur – une militante politique de premier plan et une figure de proue du Black Panther Party. Mais il utilisait également un langage péjoratif à l’égard des femmes et rabaissait ses ennemis en les présentant comme des femmes, en particulier ses rivaux rappeurs de la Côte Est.

Une autre femme, Meryl – qui n’a jamais rejoint de gang, mais a survécu à un père violent et alcoolique, puis à sa propre dépendance – m’a confié qu’elle voyait dans l’histoire de Shakur, marquée par les épreuves et la résilience, le reflet de sa propre histoire.

Sa musique fait écho à différentes périodes de ma vie, même aujourd’hui.

Sobre depuis plus d’une décennie et travaillant au sein de sa communauté en tant que conseillère, elle a expliqué que sa musique avait accompagné sa propre transformation, depuis Hit ‘Em Up durant ses années de fête jusqu’à Changes lorsqu’elle a retrouvé la sobriété et un sens plus profond à sa vie.

Le gospel du ghetto

Au début, Gavin pensait que Tupac était un personnage de dessin animé, après que son frère aîné lui a fait découvrir le clip animé de la chanson Do For Love. Ce frère faisait partie des gangs carcéraux « Mongrels » et « 28s » au Cap – deux groupes que Gavin finirait par rejoindre à son tour. Il se souvient :

Je voyais les grands gars, ils se déplaçaient toujours à la manière de Pac… Et moi, je n’étais qu’un petit enfoiré qui traînait avec mon frère et ses potes.

Alors qu’il purgeait une peine de 10 ans de prison pour un meurtre lié à un gang, Gavin s’est ensuite fait tatouer les mots « Life Goes On » – le titre d’une célèbre chanson de Tupac – pour se rappeler que « la vie devait continuer en prison ». Dans sa cellule, les gardiens ne lui autorisaient qu’un poster de Tupac et une bible.

Inspiré par le « ghetto gospel » de Tupac, Gavin a décidé de quitter les gangs pour se lancer dans une carrière de hip-hop :

C’était comme un prophète du ghetto… Je veux être le Pac des Cape Flats. Être une source d’inspiration comme Pac, pour un autre gamin comme moi, qui vient des bas-fonds.

Pour concrétiser cette vision, Gavin s’est tourné vers les aspects politiquement engagés de la discographie de Tupac et vers les chansons qui abordent des sujets tels que les grossesses précoces et le harcèlement policier au sein des communautés noires.

C’est cet aspect plus engagé de la musique de Tupac qui a contribué à consolider son statut de symbole du Black Power aux États-Unis, ainsi celui de vecteur des luttes panafricaines, au sens large.

Un héritage toujours vivant

L’héritage de Tupac revêt différentes significations selon les personnes et les époques. Il est à la fois gangster, prophète et révolutionnaire.

Mais le point commun est que, dans sa musique, les habitants des quartiers gangrenés par les gangs du Cap trouvent dans sa musique une expression commune de leur volonté de survivre et de leur fierté, faisant écho à leur propre défiance face au racisme, à la violence et à la pauvreté dans la voix de Tupac.




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Pour Kelly, Meryl, Gavin et d’autres, Tupac est la preuve qu’être jeune, marginalisé et noir ne signifie pas nécessairement être impuissant.

Tous les noms cités dans cet article ont été modifiés

Dariusz Dziewanski does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pourquoi Tupac reste vivant au Cap, 30 ans après sa mort – https://theconversation.com/pourquoi-tupac-reste-vivant-au-cap-30-ans-apres-sa-mort-291196

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