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Soudan du Sud : le lourd tribut d’une paix toujours inachevée

Soudan du Sud : le lourd tribut d’une paix toujours inachevée

Source: United Nations – in French 2
Headline: Soudan du Sud : le lourd tribut d’une paix toujours inachevée
10 septembre 2026 Droits de l’homme

Le coût humain de la violence au Soudan du Sud « continue de s’alourdir », a alerté jeudi une commission d’enquête de l’ONU, qui s’inquiète de la détérioration de la situation sécuritaire et politique à l’approche des élections prévues en décembre.

À l’issue de sa quatorzième mission d’enquête dans le pays en dix ans, la Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud a dénoncé la persistance des violences, les tensions politiques, la réduction de l’espace civique, la corruption endémique et l’impunité.
Elle appelle les autorités sud-soudanaises à prendre des mesures urgentes pour protéger les civils, garantir l’accès de l’aide humanitaire aux populations dans le besoin et instaurer les conditions d’un dialogue politique véritablement inclusif avant le scrutin.
Durant cette mission de quatre jours, les enquêteurs indépendants ont rencontré des représentants du gouvernement, des responsables politiques et sécuritaires, des membres de la société civile ainsi que d’autres acteurs.
Des victimes toujours sans protection
La présidente de la Commission, Yasmin Sooka, s’est notamment rendue dans l’État de Jonglei, dans le nord du pays, où elle a rencontré des survivants des récents combats.
Leurs témoignages font état de violences sexuelles, de meurtres, de déplacements forcés et de séparations familiales. Certains survivants ont également expliqué être restés sans accès aux soins médicaux, au soutien psychosocial et à d’autres services essentiels, y compris dans des situations nécessitant une prise en charge urgente.
« Visite après visite, nous continuons d’entendre des personnes qui subissent les conséquences de la violence, des déplacements, de l’insécurité et de l’incapacité des responsables politiques et sécuritaires à prévenir et à remédier à ces préjudices », a déclaré Yasmin Sooka.
« La situation a peu évolué, alors que le coût humain continue de s’alourdir. Le peuple sud-soudanais mérite mieux que de voir sa vie façonnée par des cycles récurrents de violence et d’incertitude », a-t-elle ajouté.
Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, reste marqué par une guerre civile déclenchée en 2013 par une lutte de pouvoir entre le Président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar. Malgré l’accord de paix revitalisé signé en 2018, les violences et les tensions persistent.
© UNICEF/ Lou Nelson Le camp de Bentiu est le plus grand camp de personnes déplacées du Soudan du Sud.
L’aide humanitaire sous pression
La Commission s’est également alarmée de la multiplication des meurtres et des déplacements, des attaques visant les civils et des entraves aux opérations humanitaires, alors que l’insécurité menace de plus en plus les travailleurs humanitaires.
Dans un contexte de besoins humanitaires considérables et de financement insuffisant, elle souligne l’importance de préserver le soutien aux opérations humanitaires et à la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).
Les enquêteurs se sont notamment dits profondément préoccupés par l’attaque récente contre une patrouille de la MINUSS dans l’État de Jonglei, qui a tué deux Casques bleus et fait plusieurs blessés. Ils demandent qu’une enquête soit menée et que les responsables soient traduits en justice.
Des élections sous tension
La mission intervient alors que le pays se prépare aux élections prévues en décembre, qui doivent être les premières depuis l’indépendance.
La Commission avait déjà averti que des élections organisées sans les garanties nécessaires – notamment un dialogue politique inclusif – pourraient raviver le conflit et accroître le risque de nouvelles atrocités.
L’un des membres de la Commission, Barney Afako, a souligné que, malgré l’impasse dans laquelle se trouve la mise en œuvre de l’Accord revitalisé de 2018, celui-ci reste essentiel pour parvenir à un Soudan du Sud pacifique et démocratique.
« Alors même que le pays se dirige vers des élections, l’espace politique et civique s’est réduit, tandis que bon nombre des garanties et conditions nécessaires à des scrutins pacifiques et crédibles font encore défaut », a-t-il déclaré.
« Les Sud-Soudanais ont le droit de voter ; ce droit doit être protégé en garantissant qu’ils puissent participer librement, concourir dans des conditions équitables et résoudre tout contentieux électoral par le biais de mécanismes de règlement crédibles. Ce sont ces garanties qui empêcheront les élections de devenir un facteur de violence et de déstabilisation », a-t-il ajouté.
La Commission appelle donc à un dialogue politique « véritable et inclusif », associant notamment le Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition (SPLM-IO) de Riek Machar, les groupes réfractaires, la société civile, les femmes et les jeunes.
La corruption nourrit l’impunité
La corruption demeure par ailleurs un obstacle majeur à la paix et à la sécurité. La Commission constate peu de progrès depuis la publication de son rapport sur les conséquences de la corruption endémique, du détournement et de la mauvaise allocation des ressources publiques sur les droits humains.
« Au fil des années, la Commission a documenté de graves violations et identifié le même problème sous-jacent : l’impunité. Trop souvent, les auteurs de graves exactions n’ont pas eu à répondre de leurs actes, tandis que les institutions chargées de la justice restent faibles et manquent de ressources », a déclaré Carlos Castresana Fernández, autre membre de la Commission.
Pour la Commission, sans avancées concrètes en matière de justice, de protection des civils et de dialogue politique, le processus électoral risque ainsi de devenir davantage une source d’instabilité qu’une étape vers la paix.

MIL OSI