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Incendies en Espagne : un siècle de transformations qui explique la situation actuelle

Incendies en Espagne : un siècle de transformations qui explique la situation actuelle

Source: The Conversation – in French – By Eduardo Rojas Briales, Profesor permanente laboral; ciencia e ingeniería forestal (selvicultura, repoblaciones, infraestructuras verdes, gobernanza, cooperación, recursos forestales globales, incendios). ETSIAMN, Universitat Politècnica de València

Un habitant de Los Gallardos (Almería) tente d’éteindre les flammes d’un incendie, le 11 juillet 2026. Ataurrahmanstudio/Shutterstock


L’ESSENTIEL

  • En Espagne, les surfaces forestières ont fortement augmenté depuis un siècle.

  • Les politiques de lutte contre les incendies ont permis de réduire de moitié leur nombre et les surfaces brûlées en trente ans..

  • Mais la stratégie reposant essentiellement sur l’extinction des feux atteint aujourd’hui ses limites.


En Espagne, les incendies de cet été, tant par leur intensité que par les zones habitées qu’ils ont touchées, ont suscité une vive inquiétude dans la société et entraîné une recherche immédiate de responsables et de solutions rapides. Pourtant, il s’agit d’un défi extrêmement complexe, notamment en raison de son ampleur spatiale exceptionnelle.

L’Espagne, pays fortement déboisé au début du XXe siècle – en 1930, elle ne comptait que huit millions d’hectares de forêts (16 % du territoire espagnol) – compte aujourd’hui 19,1 millions d’hectares boisés (38 %).

La couverture forestière actuelle de l’Espagne dépasse largement celle de l’Italie (31 %), de la France (32 %) ou de l’Allemagne (33 %). Il faut souligner que cette progression de la forêt ne s’explique pas uniquement par les reboisements, mais résulte principalement de la régénération spontanée des forêts brûlées ainsi que de leur expansion naturelle, notamment en montagne.

Les incendies ne sont pas un phénomène nouveau. Dès 1968, le ministère de l’Agriculture a créé le Service de lutte contre les incendies de forêt, qui s’est notamment doté de statistiques complexes, alors uniques en Europe. Plusieurs décennies auparavant, entre 1920 et la guerre civile, le nombre d’incendies avait augmenté en raison de l’abandon des vignobles provoqué par le phylloxéra.

Déconnectés de la nature

Au début des années 1950, l’Espagne était encore un pays essentiellement rural et sous-développé. Vingt ans plus tard, elle était devenue un pays urbain relativement développé. Elle avait oublié ses racines et son vaste territoire rural, de plus en plus relégué au rôle de réservoir de main-d’œuvre, de source d’approvisionnement en eau, en énergie et en nourriture, et de lieu d’implantation des infrastructures reliant les agglomérations urbaines.

La perte du lien avec la nature, dans un environnement urbain très hostile pour une grande partie de la société, ainsi que les séries de Félix Rodríguez de la Fuente, ont fait naître une première aspiration à renouer avec la nature. Ce mouvement a coïncidé avec le premier sommet des Nations unies sur l’environnement, organisé à Stockholm, ainsi qu’avec le changement de nom de ce qui était encore la seule administration forestière espagnole, la Direction générale des forêts, devenue l’Institut national pour la conservation de la nature.

Avec la transition démocratique, comme dans d’autres pays du bassin méditerranéen sortant d’une dictature, les incendies se sont multipliés à mesure que l’autorité des forces de sécurité s’affaiblissait. La Galice et le littoral méditerranéen ont été les territoires les plus touchés, en particulier entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1990.

Une fois la démocratie et le système des communautés autonomes consolidés, les régions les plus touchées – notamment la Catalogne, l’Andalousie, la Galice, la région de Valence, la Castille-La Manche, la Castille-et-León et les Canaries – se sont dotées de moyens sophistiqués, notamment aériens, afin d’améliorer la rapidité d’intervention dans les premières minutes suivant un potentiel départ de feu. Dans le même temps, l’observation météorologique et l’analyse des causes des départs de feu ont été améliorées, notamment grâce à la localisation précise du point de départ des incendies.

Le problème des décharges sauvages et des lignes électriques, toutes deux à l’origine d’incendies, a également été pris en compte, notamment à la faveur de certaines décisions de justice particulièrement fermes en matière de responsabilité civile.

L’ensemble de ces mesures a permis de diviser par deux le nombre d’incendies et les superficies brûlées par rapport à il y a trente ans. Il faut rappeler que le nord-ouest du pays, qui ne représente que 15 % du territoire, concentrait à l’époque les deux tiers des incendies. Mais des progrès ont également été réalisés dans cette région. Ainsi, la Galice a réduit de 66,67 % le nombre de départs de feu depuis cette période.

Les conséquences d’une stratégie fondée uniquement sur l’extinction des incendies

À l’époque déjà, les spécialistes avaient averti qu’une stratégie reposant exclusivement sur l’extinction des incendies finirait par atteindre ses limites, comme cela s’était déjà produit aux États-Unis. Le projet de recherche européen FIREPARADOX s’est d’ailleurs penché sur cette question et a alerté sur le caractère temporaire du répit apporté par les investissements massifs dans les moyens de lutte contre les incendies.

En réduisant les surfaces brûlées sans intervenir sur l’état des forêts, les quelques incendies qui ne pourraient pas être maîtrisés dès leur départ finiraient par se transformer en mégafeux, annulant largement les progrès réalisés au cours des dix à quinze années précédentes. Depuis le début de cette décennie, c’est précisément à cette situation que nous sommes confrontés.

Les mesures nécessaires pour prévenir les incendies

Le changement climatique et l’importante quantité de combustible susceptible de brûler dans les espaces forestiers créent des conditions favorables aux incendies comme nous n’en avions pas connu depuis plusieurs siècles. Pour faire face au risque d’incendie, il est donc nécessaire d’atténuer le premier et de gérer le second.

Agir sur l’état du territoire est tout aussi indispensable. Les mesures nécessaires relèvent en grande partie de l’adaptation au changement climatique, voire de son atténuation si nous gérons les forêts de manière plus active. Rappelons que dans les pays secs – comme l’est une grande partie de l’Espagne –, la priorité est avant tout l’adaptation.

Un autre aspect essentiel consiste à rechercher des synergies permettant d’utiliser au mieux des ressources publiques limitées tout en répondant aux besoins des différents groupes sociaux.

Relancer l’agriculture et l’élevage extensif en montagne pour en faire des alliés dans la lutte contre les incendies est également essentiel pour lutter contre la dépopulation des zones rurales. Ces activités permettent en outre de produire des aliments plus diversifiés et de meilleure qualité nutritionnelle.

Par ailleurs, exploiter le bois, le liège, la résine et la biomasse produits par les forêts – dont nous n’utilisons actuellement que 60 % – permettrait de renforcer la bioéconomie et d’accélérer une transition énergétique plus diversifiée, plus flexible dans le temps et mieux répartie sur l’ensemble du territoire. Cela contribuerait également à renforcer les PME et à développer plus rapidement la construction en bois, essentielle pour réduire les émissions d’un secteur stratégique comme celui de la construction.

Eduardo Rojas Briales ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Incendies en Espagne : un siècle de transformations qui explique la situation actuelle – https://theconversation.com/incendies-en-espagne-un-siecle-de-transformations-qui-explique-la-situation-actuelle-291792

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