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Le développement industriel provoque le morcellement de la forêt boréale canadienne. Une réflexion s’impose

Le développement industriel provoque le morcellement de la forêt boréale canadienne. Une réflexion s’impose

Source: The Conversation – in French – By Maria Strack, Professor, Department of Geography and Environmental Management, University of Waterloo

Profil sismique dans le nord-est de la Colombie-Britannique, près de la ville de Fort Nelson. (Maria Strack), CC BY-NC-SA

Ces derniers temps, on parle beaucoup de grands projets d’infrastructure au Canada, le gouvernement fédéral ayant prévu d’accélérer l’exploitation des ressources à l’échelle du pays.

Cette initiative n’est pas surprenante. En 2024, le secteur des ressources naturelles représentait 16 % du PIB du pays et fournissait 1,8 million d’emplois.

Ces avantages économiques s’accompagnent toutefois de compromis environnementaux dont les conséquences restent à déterminer. Avant d’accélérer le développement en réduisant la surveillance environnementale, il faut prendre en compte ces éventuelles répercussions.

Les exemples de conséquences environnementales imprévues ne manquent pas au Canada. Si l’on vous parle d’un réseau à haute densité de corridors, souvent espacés de moins de 100 mètres, vous penseriez peut-être à des routes urbaines ou à des sentiers dans un parc.

En fait, un réseau de clairières linéaires, ou « profils sismiques », s’étend à travers la forêt boréale canadienne. On estime que ces clairières totalisent plus de 1,8 million de kilomètres rien qu’en Alberta.

Créées à des fins d’exploration géophysique, elles permettent au personnel et à l’équipement de se déplacer à travers le territoire et de cartographier les ressources souterraines telles que le pétrole et le gaz. En Alberta, les premières traces de ce type d’exploration remontent à la fin des années 1920, et l’activité s’est considérablement intensifiée à partir des années 1960.


Cet article fait partie de notre série Forêt boréale : mille secrets, mille dangers

La Conversation vous propose une promenade au cœur de la forêt boréale. Nos experts se penchent sur les enjeux d’aménagement et de développement durable, les perturbations naturelles, l’écologie de la faune terrestre et des écosystèmes aquatiques, l’agriculture nordique et l’importance culturelle et économique de la forêt boréale pour les peuples autochtones. Nous vous souhaitons une agréable — et instructive — balade en forêt !


Les programmes d’exploration ont pris de plus en plus de l’ampleur, sans que les gouvernements n’exigent des entreprises qu’elles remettent les terres dans leur état initial. On partait du principe que les arbres repousseraient tout simplement sur les étroites clairières, rétablissant ainsi le couvert forestier. Cependant, de nombreux profils sismiques sont restés dépourvus de couvert forestier pendant des décennies, en particulier ceux qui traversent des zones humides boisées.

Même si les progrès de la technologie géophysique et la compréhension des conséquences environnementales ont permis de mettre au point des méthodes moins néfastes, cet héritage de l’activité humaine persiste sous la forme d’un réseau qui endommage les forêts.

Des forêts fragmentées

Profil sismique près de Cold Lake, en Alberta.
(Maria Strack), CC BY-NC-SA

Les profils sismiques fragmentent les forêts et réduisent leur capacité à servir d’habitats et à contribuer à l’atténuation des changements climatiques. La fragmentation modifie la façon dont les animaux utilisent le territoire et a été associée à un déclin marqué des populations de caribous.

Ces couloirs ouverts permettent aux prédateurs de se déplacer plus rapidement et de voir plus loin, ce qui facilite la chasse au caribou. Ils améliorent par ailleurs l’accès à la forêt, normalement dense, à d’autres herbivores, comme les chevreuils et les orignaux, ce qui accroît la concurrence pour la nourriture.

Les profils sismiques nuisent aussi à la capacité des tourbières de contribuer à la régulation du climat. Ces dernières stockent d’énormes quantités de carbone. Les restes de plantes qui s’accumulent dans le sol des tourbières sont protégés de la décomposition par des conditions humides, fraîches et acides.

Ces conditions humides favorisent également la production de méthane, un gaz à effet de serre. Cependant, une grande partie du méthane est consommée par les micro-organismes vivant dans les couches supérieures du sol et n’est donc jamais rejetée dans l’atmosphère.

Les micro-organismes qui consomment du méthane ont besoin d’un milieu oxygéné, condition assurée par une couche de mousse aérée à la surface qui facilite un bon drainage. Dans ces conditions non perturbées, le stockage du carbone dans les tourbières compense largement les émissions de méthane, ce qui permet aux tourbières d’apporter un bénéfice climatique net.

La perturbation du sol des tourbières causée par l’utilisation d’équipements lourds lors des levés géophysiques comprime la couche superficielle, rendant les conditions plus humides. C’est une des raisons pour lesquelles les arbres mettent du temps à repousser, et cela entraîne également une hausse des émissions de méthane. Ces changements peuvent modifier le bilan des gaz à effet de serre dans les tourbières et contribuer ainsi au réchauffement climatique.

Ce n’est qu’après des décennies de recherche dans la forêt boréale que ces effets imprévus ont pu être compris. Les nouvelles connaissances permettent d’élaborer des programmes de restauration visant à reconstituer le couvert forestier et à favoriser le rétablissement des populations de caribous.

Ces programmes apportent des avantages environnementaux, mais ils entraînent également des coûts financiers imprévus. Ce cas met en lumière la nécessité d’une surveillance environnementale permettant de prévenir des problèmes et de réaliser des économies à long terme.

D’autres types d’impacts

Le cas des profils sismiques n’est pas isolé. Les impacts imprévus pourraient bien être la norme plutôt que l’exception. L’exploitation minière, par exemple, génère toutes sortes de déchets qui ont des répercussions sur la qualité de l’eau.

Les routes d’accès aux ressources agissent comme des barrages dans les milieux humides, modifiant le débit de l’eau, provoquant des inondations et entraînant la mort des arbres en amont.

Les activités humaines dans les régions sauvages peuvent accroître les risques d’incendies de forêt et augmenter ainsi les superficies brûlées. Les règlements en vigueur doivent être régulièrement révisés et mis à jour pour garantir la protection de l’environnement, ainsi que la santé et le bien-être des humains, à mesure que les projets progressent.

Les répercussions environnementales sont évaluées à l’aide des meilleures connaissances disponibles avant l’approbation des projets.


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Cependant, il est difficile de déterminer l’impact combiné de toutes les activités sur le territoire. Ces effets cumulatifs ne sont pas évidents à prévoir. Les perturbations peuvent en effet interagir de manière imprévisible, entraînant parfois une incidence plus importante que celle envisagée sur la base de la somme des zones touchées.

La compréhension des méthodes d’évaluation et de gestion des impacts est un domaine de recherche en constante évolution. À mesure que nos connaissances progressent, il est essentiel de mieux prendre en compte les effets cumulatifs dans les processus décisionnels relatifs au développement futur.

La forêt boréale canadienne est l’une des mieux préservées de la planète. Sa protection pose toutefois des défis, et il serait encore plus difficile de la restaurer si elle venait à disparaître. Alors que des projets d’envergure continuent d’être proposés et approuvés, il est important de poursuivre les efforts pour protéger le territoire sur lequel le Canada est bâti.

Maria Strack bénéficie d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, d’Environnement et Changement climatique Canada, de Parcs Canada, du gouvernement de l’Alberta, de l’Association canadienne de la tourbe de sphaigne, de Canards Illimités Canada, d’Imperial Oil Ltd., d’Alberta Pacific Forest Industries Inc., de Cenovus Energy, de Canadian Natural Resources Limited, de ConocoPhillips Canada, de Ressources naturelles Canada et de l’Institut de surveillance de la biodiversité de l’Alberta. Dans le cadre du projet Can-Peat, Maria Strack collabore avec un réseau de partenaires à travers le Canada, notamment des administrations provinciales, territoriales et municipales, des organisations autochtones ainsi que des groupes privés et à but non lucratif.

ref. Le développement industriel provoque le morcellement de la forêt boréale canadienne. Une réflexion s’impose – https://theconversation.com/le-developpement-industriel-provoque-le-morcellement-de-la-foret-boreale-canadienne-une-reflexion-simpose-288052

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