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Traiter des cancers auparavant incurables en rendant accessible la thérapie par cellules CAR-T

Traiter des cancers auparavant incurables en rendant accessible la thérapie par cellules CAR-T

Source: The Conversation – in French – By Nolan Maugourd, PhD Candidate in Chemical Engineering, Université Laval

Les thérapies CAR-T consistent à prélever des cellules du patient, à les modifier en dehors de l’organisme, puis à les lui réinjecter. (Pexels/Karola G)

De nouvelles options de traitement sont aujourd’hui disponibles pour divers cancers considérés auparavant comme incurables. Les thérapies par cellules CAR-T (lymphocytes T à récepteurs antigéniques chimériques) en font partie. Elles consistent à modifier les lymphocytes T, ces cellules essentielles au fonctionnement du système immunitaire.

Les lymphocytes T sont modifiés afin d’induire l’expression d’un récepteur capable de reconnaître et d’attaquer les cellules cancéreuses. Cette méthode permis d’obtenir des résultats positifs dans le traitement de formes de leucémie et de lymphome auparavant incurables.

Toutefois, leur mise en œuvre pose d’importants enjeux d’accessibilité au Canada, en raison de leur coût élevé et de leur complexité. Pour remédier à ce problème, des chercheurs universitaires et des institutions publiques canadiennes développent des thérapies CAR-T non commerciales qui devraient réduire les coûts des traitements, tout en offrant des résultats comparables.

À titre de doctorant de l’Université Laval, je travaille en collaboration avec le Conseil national de recherches du Canada et je m’intéresse à l’ingénierie cellulaire permettant de produire les vecteurs lentiviraux nécessaires aux thérapies CAR-T. Je souhaite contribuer à rendre cette thérapie plus accessible.




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Thérapies par lymphocytes CAR-T

Ces traitements personnalisés sont appelés « thérapies autologues ex vivo ». Ils consistent à prélever des cellules dans le sang du patient, à les modifier en dehors de l’organisme, puis à les réinjecter.

Pour réaliser une thérapie CAR-T, on prélève des lymphocytes T dans le sang du patient, puis on les expose à des virus porteurs du gène CAR, qui est alors intégré dans les cellules. Ces cellules, qui expriment désormais des récepteurs spécifiques, sont multipliées, puis réinjectées au patient afin qu’elles puissent reconnaître et détruire les cellules cancéreuses.
Institut national du cancer, CC BY

Le processus comprend plusieurs étapes. On commence par procéder à une aphérèse pour filtrer le sang du patient et en extraire les lymphocytes T. Une fois isolés, les lymphocytes sont exposés à un virus modifié porteur du gène CAR, ce qui les programme pour exprimer le récepteur CAR et cibler les cellules cancéreuses. Les cellules sont mises en culture jusqu’à ce qu’on en obtienne une quantité suffisante. Ensuite, on réinjecte les lymphocytes dans l’organisme du patient, ce qui permet d’offrir un traitement personnalisé.

Différents types de CAR peuvent être exprimés à la surface des lymphocytes T pour cibler différents types de cellules cancéreuses. À titre d’exemple, les CAR anti-CD19 et anti-CD22 sont utilisés pour traiter la leucémie et le lymphome, tandis que les CAR anti-BCMA servent au traitement du myélome.

Un modèle centralisé complexe et coûteux

Six traitements CAR-T sont actuellement disponibles au Canada. Des laboratoires pharmaceutiques assurent l’ensemble des étapes de production de ces thérapies pour plusieurs régions ou pays. Dans ce modèle centralisé, les cellules prélevées chez les patients sont envoyées à ces laboratoires, où elles sont modifiées, puis distribuées aux lieux de soins où on les réinjecte aux patients.




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Le processus nécessite de quatre à six semaines entre le prélèvement des cellules et leur réinjection. Ce délai peut s’avérer critique selon l’état du patient et requiert souvent un traitement temporaire, appelé « traitement d’attente », afin de stabiliser l’évolution de la maladie. Le délai est dû aux multiples étapes de préparation et à la complexité logistique d’une fabrication centralisée.

Le coût de la thérapie varie entre 440 000 et 630 000 dollars, ce qui représente une dépense importante pour les établissements publics et pèse lourdement sur les budgets provinciaux. Le coût limite l’accès au traitement en fonction de la province de résidence. Ainsi, Kymriah, une thérapie CAR-T anti-CD19, n’est remboursé que dans trois provinces : l’Alberta, l’Ontario et le Québec.

De plus, étant donné l’expertise et les infrastructures qu’ils nécessitent, ces traitements ne sont proposés que dans les grands hôpitaux, ce qui empêche des patients vivant dans des régions isolées d’avoir accès aux soins et entraîne des inégalités de soins.

Une production non commerciale

Des établissements publics, comme les instituts de recherche, les universités et les hôpitaux, peuvent mettre au point des traitement non commerciaux. Au Canada, trois thérapies CAR-T conçues en contexte de recherche sont actuellement en cours d’essai clinique contre certaines formes de lymphomes et de leucémies.

Deux de ces essais ciblent l’antigène CD19 (ACIT001/EXC002 et CLIC-1901), tandis qu’un autre cible l’antigène CD22 (CLIC-2201). Ces traitements sont au stade des essais cliniques et ne sont pas encore offerts commercialement, mais des données sont en cours de collecte.

Le traitement CLIC-1901 est unique en son genre, car il repose sur une collaboration entre plusieurs établissements canadiens : les composants des vecteurs viraux sont fabriqués à Vancouver, au BC Cancer ; les vecteurs viraux sont ensuite produits à Ottawa, à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa ; puis les cellules du patient sont transformées en cellules CAR-T au BC Cancer. Finalement, les réinjections sont effectuées dans les établissements cliniques où les cellules ont été initialement prélevées, c’est-à-dire à l’hôpital général de Vancouver ou à l’hôpital d’Ottawa.

Le traitement ACIT001/EXC002 fait appel à deux sites de production situés en Alberta pour approvisionner quatre centres de différentes villes de la province.

À terme, les essais cliniques CLIC visent à valider l’efficacité d’un traitement à base de cellules CAR-T fabriqué au Canada, ouvrant ainsi la voie à un accès pour d’autres centres au Canada.

Avantages pour le système de santé

Les thérapies en milieu de recherche présentent plusieurs avantages pour le système de santé canadien. Contrairement aux traitements commerciaux centralisés, cette approche permet de tirer parti d’une production interne, qui évite d’expédier les cellules des patients vers des sites de fabrication éloignés et réduit le délai entre le prélèvement et la réinjection.

Le délai médian de transfert de veine à veine n’est que de 15 jours pour les essais CLIC-1901 et ACIT001/EXC002. La rapidité d’administration élimine notamment le recours à un traitement d’attente.

Bien que le coût de CLIC-1901 n’ait pas encore été déterminé, les chercheurs s’attendent à ce qu’il soit nettement inférieur à celui des traitements commerciaux actuellement disponibles. Pour ACIT001/EXC002, le coût annoncé est inférieur à 100 000 dollars. À titre de comparaison, la production en contexte de recherche de la thérapie CAR-T à l’Hospital Clínic de Barcelone, en Espagne, a permis de réduire les coûts à environ 89 000 euros, soit l’équivalent de 145 000 dollars. Aucune estimation de coût n’est actuellement disponible pour CLIC-2201.


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Les traitements CAR-T en milieu de recherche répondent aux principes d’accessibilité énoncés à l’article 3 de la Loi canadienne sur la santé, qui garantit à tous les Canadiens l’accès aux services de santé, sans obstacles financiers ou autres. Grâce à ces trois essais cliniques, des patients de trois provinces bénéficient déjà de ces traitements. L’objectif est d’étendre la distribution des thérapies CLIC à six provinces : la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et l’Alberta.

Ce modèle décentralisé contribue à diminuer les inégalités d’accès, tant sur le plan géographique, grâce à la disponibilité des traitements dans un plus grand nombre de provinces, que sur le plan économique, grâce à leur coût réduit.

En outre, ces traitements se révèlent prometteurs sur le plan de l’efficacité. À ce jour, CLIC-1901 affiche des résultats cliniques équivalents, voire supérieurs, à ceux de certains traitements commerciaux. Les résultats préliminaires suggèrent également que CLIC-1901 pourrait présenter un taux de toxicité inférieur à celui des produits commerciaux. Toutefois, ces conclusions sont limitées par la taille de l’échantillon.

Concernant ACIT001/EXC002, les résultats en matière de sécurité et d’efficacité sont comparables à ceux des traitements actuellement disponibles sur le marché, tandis que les résultats pour CLIC-2201 ne sont pas encore connus.

Le succès de ces différentes phases cliniques ouvre la voie à des étapes plus avancées et au développement à grande échelle des thérapies CAR-T en milieu de recherche au Canada.

Nolan Maugourd travaille pour le Conseil national de recherches du Canada.

ref. Traiter des cancers auparavant incurables en rendant accessible la thérapie par cellules CAR-T – https://theconversation.com/traiter-des-cancers-auparavant-incurables-en-rendant-accessible-la-therapie-par-cellules-car-t-282339

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