Source: The Conversation – France in French (2) – By Thomas Karbowiak, Professeur des universités, directeur du Laboratoire Procédés Alimentaires et Microbiologiques, Institut Agro Dijon; Université Bourgogne Europe; Inrae
L’ESSENTIEL
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Le mariage du vin et de l’oxygène, c’est pour le meilleur… et pour le pire.
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Au fil du temps, les bouchons sont devenus de véritables objets techniques.
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Avec la multiplication des types de bouchons, pas facile pour les vignerons de savoir lequel est le plus adapté pour bien faire vieillir un vin.
Les premières preuves de l’utilisation du liège pour sceller les amphores destinées au stockage et au transport du vin remontent à l’époque romaine. Aujourd’hui, 73,5 % de la production du liège est destinée à l’industrie vinicole, et plus de 12 milliards de bouteilles sont bouchées chaque année avec ce matériau.
Depuis leur essor commercial au tournant du XVIIe siècle, les bouchons en liège, qu’ils soient en liège naturel ou aggloméré, demeurent le système d’obturation privilégié, représentant près de 56 % du marché mondial des bouchons œnologiques.
Si le vin présente la particularité de pouvoir se conserver pendant de nombreuses années, son évolution au cours du temps est étroitement liée aux échanges d’oxygène avec son environnement. Pour les amateurs de vin, l’objectif est d’atteindre un optimum de vieillissement, correspondant à l’apogée sensorielle du vin, après une période pouvant aller de quelques mois à plusieurs années, au cours de laquelle ses arômes se développent progressivement. Cependant, si un apport contrôlé en oxygène peut favoriser le vieillissement du vin, une exposition excessive à l’oxygène peut conduire à une oxydation prématurée altérant ses propriétés gustatives.
Les obturateurs œnologiques jouent donc un rôle essentiel dans la régulation des échanges gazeux avec l’extérieur. Leur faible perméabilité à l’oxygène limite les transferts gazeux, parfois pendant des durées de stockage très longues. Au fil du temps, caché derrière une apparence banale, le bouchon est devenu un véritable objet technique, dont le rôle dans la conservation et l’évolution des vins soulève des questions scientifiques complexes.
D’où provient l’oxygène qui pénètre dans une bouteille de vin après le bouchage ?
Bien qu’il soit souvent considéré dans sa globalité, le transfert de l’oxygène dans une bouteille est la somme de plusieurs phénomènes. Une première contribution correspond à l’oxygène libéré par le bouchon lors de sa compression et de son insertion dans le goulot. Un second transfert correspond à l’entrée continue d’oxygène depuis l’environnement extérieur vers l’intérieur de la bouteille à travers le système d’obturation. Ce dernier peut avoir lieu non seulement au sein du bouchon, mais aussi à l’interface entre le bouchon et le goulot en verre.
Notre étude récente, publiée en juin 2026, montre comment les interactions entre les bouchons en liège et le vin influencent l’évolution du vin en bouteille, en mettant en évidence les différents mécanismes de transfert d’oxygène et les réactions qui leur sont associées au cours du temps.
Afin d’étudier ces interactions, nous avons développé un système de bouteilles miniaturisées, fermées par des bouchons en liège microagglomérés de différentes longueurs (de 6 à 42 millimètres) et remplies d’un vin modèle reproduisant les principales propriétés physico-chimiques du vin (acidité, teneur en éthanol). La variation de la longueur du bouchon constitue ici un levier expérimental permettant de dissocier les différents mécanismes et d’en permettre l’observation.
Au cours d’une expérimentation de dix-huit mois, nous avons ainsi pu identifier et distinguer des phénomènes qui se déroulent habituellement sur des échelles de temps beaucoup plus longues, pouvant atteindre plusieurs années. Lors du vieillissement du vin en bouteille, ces mêmes mécanismes se produisent à des vitesses qui dépendent notamment des caractéristiques du bouchon et de la capacité du vin à consommer l’oxygène.
Nos observations mettent en évidence plusieurs mécanismes qui se succèdent ou se superposent au cours du temps.
Le premier mécanisme correspond à une mise à l’équilibre rapide de l’oxygène entre le vin modèle et l’espace gazeux situé entre le vin et le bouchon, aussi appelé espace de tête. Cet équilibre est atteint en une quinzaine de jours seulement, ce qui conduit souvent à négliger ce mécanisme par rapport aux trois suivants.
Une fois cet équilibre établi, un second mécanisme devient prédominant : il correspond à la diffusion de l’oxygène initialement présent dans les cellules du liège constituant le bouchon vers l’intérieur de la mini-bouteille. Ce phénomène résulte de la différence de pression partielle en oxygène entre le bouchon et l’espace de tête. Cette étape se traduit par une augmentation progressive de la teneur en oxygène dans la bouteille, selon une cinétique relativement lente s’étendant sur plusieurs mois.
Après cette phase initiale, l’évolution de la teneur en oxygène dépend de la longueur du bouchon. Pour les bouchons les plus courts, la teneur en oxygène augmente petit à petit. À l’inverse, pour les bouchons les plus longs, la teneur en oxygène diminue progressivement jusqu’à devenir presque nulle après 12 mois de stockage. Cette diminution est attribuée à l’extraction des composés phénoliques du liège et à leur réaction avec l’oxygène dissous dans le vin modèle.
En effet, les composés phénoliques sont des constituants naturellement présents dans le liège. Lors du contact entre le vin et le bouchon, ils peuvent être extraits des parois cellulaires du liège puis migrer vers le vin. Leurs propriétés antioxydantes leur permettent alors de réagir avec l’oxygène, entraînant ainsi une diminution graduelle de sa concentration dans le vin.
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À plus long terme, une perméation de l’oxygène depuis l’environnement extérieur vers l’intérieur de la mini-bouteille est finalement observée. Ce phénomène résulte de la contribution combinée du transfert d’oxygène à travers le bouchon lui-même et de celui qui s’effectue au niveau de l’interface entre le verre et le bouchon. Il se traduit par une augmentation lente de l’oxygène, qui se poursuit sur plusieurs mois, voire plusieurs années.
Un équilibre subtil
Nous avons vu que plusieurs phénomènes se succèdent ou se superposent lors du vieillissement du vin. La diffusion de l’oxygène initialement contenu dans le bouchon, sa consommation par les composés phénoliques extraits du liège et, à plus long terme, la perméation lente et continue de l’oxygène depuis l’environnement extérieur à travers le système d’obturation déterminent ensemble l’évolution de la teneur en oxygène du vin au cours de sa conservation en bouteille.
Le vieillissement du « couple vin-bouchon » offre encore de nombreuses perspectives d’étude. Bien que les principaux phénomènes impliqués aient été identifiés, leurs importances selon les types de bouchons et les conditions de vieillissement restent encore à approfondir.
En effet, le liège étant un matériau biologique, ses propriétés évoluent avec le vieillissement, notamment en fonction des conditions de stockage. La température et l’humidité, connues pour leur rôle dans la conservation des vins, peuvent aussi influencer les propriétés du bouchon, et modifier la vitesse respective des phénomènes de diffusion, de perméation et d’oxydation au cours du temps.
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Quid du goût de bouchon ?
Le défaut dit de « goût de bouchon » se caractérise notamment par des odeurs de « moisi » ou de « carton mouillé ».
Il est principalement associé au 2,4,6-trichloroanisole (TCA), un composé de la famille des haloanisoles, perceptible à de très faibles concentrations (quelques nanogrammes par litres).
Contrairement à ce que l’expression « goût de bouchon » laisse penser, le TCA n’est pas un constituant du liège. Il peut s’y former sous l’action de microorganismes, mais aussi provenir de l’environnement, directement ou par l’intermédiaire de molécules précurseurs présentes à différentes étapes de la production du liège ou dans l’environnement du chai. Volatils, les haloanisoles peuvent contaminer le liège à distance par voie aérienne. Une fois présents dans le bouchon, ils peuvent ensuite migrer vers le vin.
La filière du liège a considérablement progressé dans la maîtrise de ce risque, grâce à la prévention des contaminations, au développement de procédés d’extraction et à l’amélioration des méthodes de détection et de tri. Mais comprendre comment ces molécules se forment et se transfèrent jusqu’au vin est une autre question…
Thomas Karbowiak a reçu des financements de Diam Bouchage.
Julie Chanut a reçu des financements de Diam Bouchage.
– ref. Comment les bouchons en liège influencent-ils le vieillissement du vin en bouteille ? – https://theconversation.com/comment-les-bouchons-en-liege-influencent-ils-le-vieillissement-du-vin-en-bouteille-291474
